Le quotidien est un théâtre et ses personnages des « héros ». Des acteurs d’une dramaturgie inconsciente. Avec ses passions et mystifications, ses représentations et jeux de rôle ou de pouvoir. Claire Simon leur permet de se mettre en scène dans des chroniques douce-amères ou plus acides. Elle choisit le huis clos d’une cour d’école (Récréations), accompagne le Docteur Bouvier, généraliste en fin de carrière lors de ses dernières visites (Les Patients), nous fait partager aléas et affres d’une petite entreprise niçoise de plats cuisinés (Coûte que coûte). Art du récit et distanciation. Plaisir de brouiller les cartes entre réel et fiction, « fiction du réel », permettant au spectateur de s’impliquer et (se) questionner plutôt que s’identifier. Stratégie et dispositifs que Claire Simon aventure plus loin encore dans ces deux derniers films, ici programmés.
Claire Simon, filmographie
D’abord monteuse, elle réalise des courts et longs métrages documentaires et de fiction depuis le mitan des années soixante-dix.
Madeleine (1976), Tandis que j’agonise (1979), Barres, barres et Mon cher Simon (1984), La Police (1988), Les Patients (1989), Récréations (1992), Histoires de Marie (1993), Coûte que Coûte (1994), Sinon oui (1997), Ça c’est vraiment toi (2000).
Une cinéaste qui s’engage
En tant que vice-présidente de la SRF (Société des réalisateurs français) elle écrit en février 2000 à propos de la situation du Cinéma en France et de la multiplication des multiplexes :
« … Il s’agit d’une colonisation en règle qui est le résultat d’une guerre commerciale. Les États-Unis croient que leur culture est une formidable arme de guerre, et ils n’ont en face d’eux aucune résistance : aucun des gouvernements européens n’a la même conviction quant à sa propre culture. Nous sommes des colonisés, fiers de l’être. Parce qu’il est à court terme plus jouissif, plus stimulant de s’identifier au combattant qui gagne, même si sous son sourire de modèle se cache la rage de celui qui vous fait payer à chaque seconde sa richesse et son pouvoir. Que le film que l’on regarde soit bon ou mauvais, cela n’intéresse que les amateurs, car l’essentiel c’est l’illusion merveilleuse de faire partie, pendant une heure et demie, de ceux qui dominent le monde. Cette séduction est très vive. Elle a eu lieu lors de toutes les colonisations et a fait de très lourds ravages… »
« … Un spectateur, c’est quelqu’un qui s’approprie ce qu’il voit, qui le juge, l’interprète, le re-fabrique en toute liberté créatrice. Un consommateur c’est quelqu’un qui préfère obéir à la valeur marchande. C’est quelqu’un qui n’a pas d’avis et qui est bien content qu’il existe cette échelle marchande pour savoir ce qui est bien ou mal, parce qu’il croit qu’il n’est pas assez malin pour faire son propre choix et qu’il se résigne à être choisi… »
In Cinémas 93, bulletin des salles de cinéma publiques de Seine-Saint Denis
Films
Ça c’est vraiment toi
Claire Simon | 2000 | 116'
Le film conte le voyage du jeune Antoine au Parlement européen de Strasbourg. Il vient de finir Sciences-Po et cherche du travail. Il se verrait bien aussi renouer avec son ancienne amoureuse Cléo qui depuis quelque temps travaille au service audiovisuel du Parlement. Seulement Cléo n’a pas un très bon souvenir de lui et les députés pensent plus à la guerre au Kosovo qui fait rage et aux élections européennes qui s’annoncent, qu’à se trouver un nouvel assistant. Pendant cette semaine de session parlementaire, le jeune homme découvre le théâtre de la démocratie et de l’amour, il mesure les angoisses de l’engagement, qu’il soit politique ou amoureux.
Sinon, oui
Claire Simon | 1997 | 119' | France
C’est une histoire qui arrive à une femme, par l’intermédiaire d’une question qu’on lui pose : est-ce qu’elle est enceinte ? Elle n’en sait rien, et sur le moment, ça l’arrange de laisser planer le doute. Ça tombe mal pour son mari qui comptait s’éloigner d’elle, tellement mal qu’il y croit tout de suite. Il a beau lui expliquer qu’il ne veut pas de l’enfant, elle ne fait rien pour avorter… puisqu’elle n’est pas enceinte tout compte fait. Seulement ça, elle n’arrive pas à lui dire. Elle laisse faire, remettant toujours au lendemain le moment de briser le charme qui retient son mari auprès d’elle, réconforte son propre père très malade, et réjouit son entourage. Jour après jour, la fiction s’installe et rien ne semble pouvoir l’arrêter.
Séances
mercredi 8 novembre 2000 à 18h30
Théâtre Paul Éluard, Choisy-le-Roi
- Ça c’est vraiment toi
Claire Simon | 2000 | 116’
mercredi 8 novembre 2000 à 20h30
Espace Jean Vilar
Rencontre avec Claire Simon
mercredi 8 novembre 2000 à 21h15
Théâtre Paul Éluard, Choisy-le-Roi
- Sinon, oui
Claire Simon | 1997 | 119’ | France
