Expérience documentaire Jeune public

Cette année encore le festival propose aux jeunes publics des écoles primaires, collèges, lycées et centres de loisirs, de découvrir le cinéma documentaire à travers plusieurs séances composées de films de patrimoine ou plus contemporains.
Le programme de courts-métrages que nous consacrions l’année dernière au sport débutait par une vue Lumière tournée en 1897 en Angleterre sur un terrain de football, premier film de l’Histoire du cinéma sur le sujet.
C’est une centaine de ces vues parmi les milliers tournées à travers le monde en un peu moins de dix ans par les frères Lumière et leurs opérateurs que présente le film écrit et commenté par Thierry Frémaux.
Si le bouleversement réside d’abord en cette capacité du cinématographe à pouvoir enregistrer la réalité, la pertinence du point de vue dès la fameuse sortie des usines Lumière n’en est pas moins saisissante et pose déjà les fondements d’un langage cinématographique toujours d’usage aujourd’hui.
De vues en vues (qui ne sont autres que les plans utilisés comme unité de temps dans tout montage), un portrait du monde des années 1900 se dessine à travers réunions familiales, évènements nationaux, métiers en action, scènes urbaines… et tout autant d’expérimentations du cadre pour les opérateurs qui inventent au fil de ces premières fois : anticipation des entrées de champs, travelling à bord de véhicules, développement des postures et du jeu devant la caméra, dès lors inhérents à la fiction comme au documentaire.
Cette grammaire en devenir du cinéma, que la voix de Frémaux suggère par pistes thématiques plus qu’elle ne l’affirme et la définit, constitue indéniablement pour les jeunes publics (comme pour tous les autres publics d’ailleurs) une large porte d’entrée dans la maison Cinéma.
Il y a un siècle naissait un autre pionnier, Jean Rouch, dont l’œuvre immense ne cesse d’alimenter la réflexion menée depuis dans le champ du cinéma documentaire.
Plus éloigné, en apparence, de l’approche anthropologique du cinéaste, Cocorico ! Monsieur Poulet, tourné en 1974, mêle habilement fiction et documentaire dans un road-movie entre amis (Damouré Zika, Lam Ibrahim Dia et Tallou Mouzourane accompagnèrent Rouch dans ses films et dans la vie) sur les routes du Niger. Mais la trame fictionnelle de ce voyage drôle et improbable en 2CV inépuisable n’est que le prétexte aux rencontres avec les habitants de la brousse nigérienne et leurs quotidiens.
Tourou et Bitti, les tambours d’avant (1971), présenté en introduction de séance, illustre toute la singularité et la beauté de l’ouvre rouchienne. Dans ce plan-séquence virtuose, la voix du cinéaste teinte le descriptif minutieux du rituel filmé d’un récit à la première personne. Témoin privilégié et ému de ce qui ne sera bientôt plus, Jean Rouch y affirme la subjectivité qui le place ainsi auprès de ceux qu’il filme.
Le programme de courts-métrages « le Je de cette famille » aborde lui, à partir de formes et de matériaux quelque peu détournés, la filiation. Les histoires, les secrets de famille, par le biais du journal intime, de l’enquête, ou de l’immersion sont un genre en soi au sein du cinéma documentaire. Ici, l’héritage des non-dits, la série télé brésilienne, et le faux documentaire animalier s’imbriquent avec archives photographiques et vidéographiques plus personnelles pour construire un parcours insolite dans l’univers familial.
Une autre histoire de familles est au cœur de Braguino ou la communauté impossible, le dernier film de Clément Cogitore que nous invitons dans le cadre de nos journées étudiantes. Deux familles en conflit, vivant face à face dans des terres reculées en Sibérie, et dont le quotidien s’apparente à l’attente d’un affrontement aussi inquiétant et étrange que ne l’est l’hostilité de leur environne-ment. Une guerre latente dont les enfants ne sont pas exclus et deviennent les protagonistes.
Dans le film de Julie Talon Laetitia, sorti en salle récemment (et que nous proposons à nouveau cette année aux classes de collège), s’affrontent au sein du corps d’une championne de boxe, le calibrage imposé par le sport de haut niveau et le désir de liberté dont Laetitia devra tôt ou tard s’affranchir. Le portrait fin, d’une jeune femme traversée par le doute.

Manuel Briot

Films


Braguino ou la communauté impossible

Braguino ou la communauté impossible

Clément Cogitore | 2017 | 49' | France

Les familles Braguine et Kiline vivent au milieu de la taïga sibérienne à 500 km du moindre village. Issues de la communauté des « Vieux croyants », confession orthodoxe remontant au temps des tsars refusant l’autorité de l’état, les deux familles se sont enfoncées dans la forêt pour vivre selon leurs règles et principes. Aucune route ne mène chez eux, seul un long voyage en bateau sur le fleuve Lenissei puis en hélicoptère permet de les rejoindre. Braguino est un petit village de maisons de bois entouré par la taïga à perte de vue, chaque année plus menacé par les incendies, qui s’intensifient avec le changement climatique. Au milieu du village : une barrière sépare les Braguine et les Kiline. Vivant recluses en autarcie au bout du monde, les deux familles se sont brouillées et refusent de se parler.


Cocorico ! Monsieur Poulet

Cocorico ! Monsieur Poulet

Jean Rouch | 1974 | 93' | France

Dans une 2CV bringuebalante baptisée Cocorico parce qu’elle reproduit le cri du coq quand elle arrive à démarrer, Lam, surnommé Monsieur Poulet, s’en va dans les villages de la brousse chercher les poulets qu’il vendra à Niamey. Il est accompagné par son apprenti Tallou. Un ami désœuvré, Damouré, se joint à eux, espérant faire des affaires juteuses. Mais le voyage est plein de péripéties, les poulets sont introuvables, le fleuve se met toujours en travers du chemin et une femme-diable ne cesse de leur jeter des sorts.

« Lam nous proposa de faire un film documentaire sur le petit commerce du poulet en brousse. Nous décidâmes d’en faire un sujet de fiction. C’est à ce moment aussi qu’est né un nouveau réalisateur, Dalarou, multinational et tricéphale : Damouré Zika Lam Ibrahim Dia, Jean Rouch. En fait, nous nous connaissons tous depuis plus de trente ans et notre société de “vieux cons” est devenue spécialiste d’histoires que nous racontons, assis sous l’arbre à palabres, en réinventant le jeu des cadavres exquis des Surréalistes. »


L’Instinct de conservation

L’Instinct de conservation

Pauline Horovitz | 2009 | 4' | France

Sur tous les objets qui devraient finir à la poubelle, mais que je garde, parce qu’ils sont devenus des reliques de personnes absentes : tickets de métro, lettres, vieux jouets, savons d’hôtels, etc.


Laetitia

Laetitia

Julie Talon | 2013 | 81' | France

À vingt-six ans, Laetitia était la plus forte. Elle a travaillé dur pour ça. Championne du monde de boxe thaï, elle n’a pas vu le vent tourner, et les autres la dépasser. Mauvaise élève surdouée, elle veut encore la gloire… mais sans les sacrifices. Laetitia désespère son entraineur, n’en fait qu’à sa tête. Mais de toute façon, elle sait qu’elle n’a pas le choix, elle n’existe que par la boxe. À l’entendre, sa vie n’est rien, sauf sur un ring. Difficile d’admettre qu’il faudra un jour raccrocher les gants, renoncer à ce qui vous a fait, à ce pour quoi on a été aimé. Le film commence alors qu’elle attend une date pour un grand combat. Avec douze kilos de trop.


Lumière ! L’Aventure commence

Lumière ! L’Aventure commence

Thierry Frémaux, Louis Lumière, Auguste Lumière | 2017 | 90' | France

En 1895, les frères Lumière inventent le Cinématographe et tournent parmi les tout-premiers films de l’histoire du cinéma. Mise en scène, travelling, trucage ou remake, ils inventent aussi l’art de filmer. Chefs-d’œuvre mondialement célèbres ou pépites méconnues, cette sélection de films restaurés offre un voyage aux origines du cinéma. Ces images inoubliables sont un regard unique sur la France et le Monde qui s’ouvrent au 20e siècle. Lumière, l’aventure du cinéma commence !


Retour à Genoa City

Retour à Genoa City

Benoit Grimalt | 2017 | 29' | France

Mémé et son frère Tonton Thomas regardent le même feuilleton, tous les jours à la même heure, depuis 1989. Vingt ans après mon départ de Nice, je reviens les voir pour qu’ils me racontent les 3827 épisodes que j’ai manqué.


La Sole, entre l’eau et le sable

La Sole, entre l’eau et le sable

Angèle Chiodo | 2011 | 15' | France

La sole est asymétrique. Une équipe de chercheurs a récemment tenté d’expliquer cette énigme de l’Évolution. Ce documentaire est le récit de leurs aventures.


Les Tambours d’avant (Tourou et Bitti)

Les Tambours d’avant (Tourou et Bitti)

Jean Rouch | 1971 | 9' | France

Une danse de possession se déroule dans la concession du Zima Dauda Sido, au Niger. Lors de cette fête, où les participants demandent au génie de la brousse de protéger les récoltes contre les sauterelles, les tambours archaïques Tourou et Bitti vont battre. Un essai de cinéma ethnographique à la première personne.


Séances

mercredi 8 novembre 2017 à 9h30

Médiathèque de Gentilly

Séance réservée au public scolaire

mercredi 8 novembre 2017 à 14h30

Médiathèque de Gentilly

Séance tous publics : Le Je de cette famille

jeudi 9 novembre 2017 à 13h30

Médiathèque de Gentilly

Séance réservée au public scolaire

  • Laetitia
    Julie Talon | 2013 | 81’ | France

mardi 14 novembre 2017 à 9h00

Médiathèque de Gentilly

Séance réservée au public scolaire

mercredi 15 novembre 2017 à 9h00

Médiathèque de Gentilly

Séance réservée au public scolaire