Le festival Les Écrans documentaires propose à chacune de leurs éditions une programmation thématique permettant aux participants d’approfondir un domaine (Les territoires du documentaire) ou comme cette année l’approche d’une cinématographie.
Notre second objectif est de permettre la confrontation d’expérience, la circulation d’informations, de réflexions théoriques et l’exposition des pratiques des Écoles, Ateliers ou Universités proposant une approche « pédagogique » de la démarche documentaire. Après les exposés et interventions illustrées de la Femis, de l’INA, des Ateliers Varan et de l’École Nationale Louis-Lumière en 1997, nous avons souhaité enrichir la formule cette année en proposant des « Fenêtres » d’exposition à quatre structures, deux belges et deux françaises : INSAS de Bruxelles, IAD de Louvain-La-Neuve, Cinédoc-Ev’art d’Annecy et ESAV de Toulouse.
Cinédoc-év’art
La formation à la réalisation de film documentaire sur support pellicule 16 mm mise en place depuis cinq ans par Cinédoc-év’art, propose à des techniciens, auteurs, ou déjà réalisateurs du cinéma ou de la télévision, un espace de liberté et de confrontation autour du rôle du réalisateur, auteur de son œuvre. Les points d’ancrage sont recherchés dans les capacités artistiques, imaginatives et émotionnelles de chacun. Le leitmotiv quotidien est la rencontre des idées opposées et des désirs contradictoires afin d’en dégager les germes de chaque personnalité, de chaque projet, de chaque film.
“La formation ne doit pas être considérée comme un investissement (…),ceux qui la rendent possible ne doivent pas attendre d’autre récompense que la satisfaction d’avoir offert copieusement et intelligemment. » 1
Deux réalisateurs se succèdent pour occuper la fonction centrale de tuteur de réalisation, ils écoutent, conseillent et accompagnent les stagiaires tout au long de leur travail.
Les problématiques soulevées et discutées avec le tuteur et collectivement, s’articulent autour de plusieurs points essentiels : la position du cinéaste vis à vis de la réalité qu’il aborde, la mise en place d’un dispositif technique et artistique approprié au sujet qu’il traite, la relation à l’autre dans le contexte du cinéma documentaire en opposition à la démarche journalistique, la pensée du film comme un récit s’adressant au spectateur.
Les deux axes de cette formation sont :
- La pratique individuelle : chaque stagiaire travaille sur un projet individuel développé durant la formation. Il est auteur, réalisateur et cadreur de son propre film et prend le son sur le film d’un autre stagiaire.
- L’évaluation permanente : les projets sont confrontés aux points de vue des stagiaires et des formateurs à l’occasion de points-rencontre réguliers. Ces retours se font à toutes les phases de l’écriture (préparation, tournage, montage).
C’est à partir de cette liberté « encadrée », basée sur une approche individuelle discutée en permanence que se construit le travail de création proposé par cette formation.
Autour de ce centre viennent se caler à différents niveaux des interventions techniques et artistiques (image, son, éclairage, montage).
- Propos de Siegfried Zielinski, fondateur et recruteur de la Kunsthochschule für Medien de Cologne en Allemagne, in Focal 96/4, Lausanne (Suisse)
Médiadiffusion +1, Atelier de production de l’IAD
Fonctionnant depuis 1973 comme atelier de production de l’Institut des Arts de Diffusion à Louvain-la-Neuve, Médiadiffusion dispose d’un catalogue de plus de 170 titres de courts métrages de fiction, documentaires et clips réalisés pour la plupart avec le soutien de la Communauté française de Belgique.
Conçu pour favoriser le passage du travail d’étudiant à la vie professionnelle, le travail de fin
d’études reproduit déjà les conditions du métier dans un environnement pédagogique favorisant la rencontre de la liberté créative et des contraintes du monde du travail.
Développés en troisième année d’études sous la conduite de professeurs d’écriture documentaire et de fiction, les projets doivent recevoir l’approbation d’une Commission de scénario pour être retenus comme travaux de fin d’études à réaliser dans le courant de l’année terminale avec le concours des étudiants de dernière année des sections image, son et montage-scripte avec le matériel de I’IAD et un budget provenant de l’aide accordée à l’atelier par le Ministère de la Culture et des Affaires sociales de la Communauté française de Belgique.
Chaque année à la fin du mois de juin, les travaux réalisés sont présentés en séance publique et appréciés par un jury de professionnels. Après quoi ils entament leur carrière publique de diffusion : participation aux festivals, diffusion en télévision et diffusion en salles parfois comme complément de programme.
À Munich, Locarno, Londres ou Rimini, à Tel Aviv ou à Mexico, à Taichung ou à Sidney, nos jeunes créateurs ont l’occasion de confronter leurs réalisations et leurs idées avec celles d’autres créateurs de tous les pays et de faire reconnaître leur talent.
INSAS « Cinéma et réalité »
« Il n’est guère possible de séparer entièrement le technique de l’esthétique, – le culturel – la circulation du sang de celle des idées. », Jean-Luc Godard
Vous êtes “au monde ». Il nous paraît donc essentiel de vous aider à vous situer face aux mouvements des idées sociales, culturelles, politiques, esthétiques, c’est-à-dire face à votre propre réalité.
Si le cinéma ne documente plus sa fiction, ou si peu, si la télévision confondant actualité et information, fabrique du visuel qui ne montre plus, il est urgent de vous apprendre à voir et à entendre pour vous conduire à déclencher un processus de réflexion sur le réel.
Une pratique enseignée à l’INSAS ne peut être l’application de cours « mode d’emploi » dont le but serait de vous permettre de vous inscrire dans une logique de marché.
Seule la pensée, c’est-à-dire l’exploration synthétique du sujet et la prise de conscience des limites matérielles à transcender sont garantes de l’existence de votre film.
Cette dynamique interactive contrainte/réflexion est inscrite dans votre parcours pédagogique qui tient compte de l’approche progressive des instruments et du degré de difficulté croissante des thèmes proposés.
Il vous faut donc apprendre à remettre en cause vos moyens d’expression dans la recherche de nouvelles formes issues de votre confrontation avec le réel. libérez-vous de l’académisme.
Il vous faut les nourrir en vous constituant un héritage cinématographique – des séminaires vous y aideront – fondé des œuvres, elles-mêmes analysées dans un processus de filiation.
Jean-Pierre Casimir
Le chemin de l’école… Guy Chapouillé (ESAV)
Pour évoquer les difficultés qu’il a eues tout jeune à construire son désir de faire du cinéma, Pierre Schoendoerffer aime à dire que « la profession vivait dans un château dans lequel, pour entrer, il fallait être déjà” ; cette formule toute kafkaïenne dénonce l’insoutenable confiscation, par quelques uns, de l’expression cinématographique.
Actuellement, le flux complexe de l’audiovisuel est encore plus convoité car il se mêle de tout, avec une certaine efficacité. Alors rien de surprenant que le courant de la mondialisation le soumette au jeu d’une torsion qui tend à l’uniformisation de ses services et de ses contenus. Fernando “Pino » Solanas, cinéaste argentin, parle d’agression sauvage et d’un mal mortel qui menace « d’effacer les imaginaires qui distinguent les pays des uns des autres”.
Voilà qui est clair, le film n’est donc nullement une affaire de presse-bouton mais plutôt celle d’une activité intellectuelle qui fabrique le mémorable et qui, par conséquent, contribue à cimenter une société, à ériger son identité. Récemment, Karl Popper suggérait de ne prendre comme réalisateurs que les gens capables de comprendre « qu’ils participeront à un processus d’éducation de portée gigantesque »… En 1938, S .M. Eisenstein souhaitait « que les techniciens du Cinéma étudient non seulement la composition dramatique et le métier d’acteur, mais se donnent la même peine afin de se rendre maîtres de toutes les subtilités des réalisateurs de montage dans tous les domaines de la culture”. Vaste programme d’enseignement.
A distance, avec des raisons différentes, ces deux témoins font du film un véhicule de la pensée et laissent entendre que, sur les voies de la création audiovisuelle où les écueils sont fréquents, l’École doit tenir sa place. Or, un petit effet de loupe sur l’Histoire du Cinéma leur donne un peu raison. De Vsevolod Poudovkine à Emir Kusturica ou Arnaud Desplechin en passant par Wim Wenders ou Tomas Gutiérrez Alea, beaucoup ont emprunté et embelli de leurs inventions esthétiques le chemin de l’École, en émancipant le cinéma dans une gerboyance pluraliste. Néanmoins, l’école ne peut-être une brèche qu’à la condition d’offrir un terrain d’aventures à la portée de tous; un cadre propice à de nombreuses expériences de réalisation, selon des procédures chères à Lévi Strauss, où le bricolage et les tâtonnements facilitent la construction de la personnalité de l’apprenti-réalisateur, pour qu’il s’insère librement dans le métier. La découverte du fil audiovisuel, cet étrange labyrinthe parsemé de trophées divers, passe par là.
Cette forte aimantation est un effet de rencontre que l’École a l’impérieux devoir de produire : l’élève doit avoir l’occasion de s’arracher. Autrement dit, l’accompagnement doit rendre l’étudiant un peu las du monde ancien, le connaître et le comprendre sans le déplorer, pour faire surgir l’inattendu, créer un événement, bref, faire penser et réaliser sans craindre ni l’audace ni la folie, afin que des formes cinématographiques deviennent son style.
Les formations qui se rapprochent de ce schéma demandent parfois de l’argent et du temps Mais qui peut contester que la défense du patrimoine et de son avenir soit garantie par l’investissement qu’on lui consacre ?
Séances
mercredi 4 novembre 1998 à 18h00
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
La démarche pédagogique de l'IAD présentée par Marc Gillon
jeudi 5 novembre 1998 à 10h30
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
Présentation illustrée des dispositifs d'enseignement de la démarche documentaire de l'Esav Toulouse avec Jean-louis Dufour et de Cinédoc Ev'art avec Christian Lelong.
samedi 7 novembre 1998 à 18h00
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
Présentation de l'Insas par Kamel Dehane, réalisateur et intervenant dans l'école bruxelloise.
