Un certain regard à travers le siècle
« Regarder pour dire, voir, faire voir… »
Cette citation extraite de l’introduction du catalogue analytique de Jacqueline Aubenas sur Storck résume efficacement l’esprit d’une œuvre comme celle de la démarche documentaire dans son essence. Sa « modernité » en écho au « point de vue documenté » de Jean Vigo…
S’il est aimable, après, avant, nombre de festivals et manifestations de rendre Hommage à Henri Storck, l’intérêt dépasse très largement le simple cadre honorifique… Henri Storck est
un maître du cinéma documentaire et une figure tutélaire pour la cinématographie belge, certes. Mais ce qui fascine en réalité encore et toujours, à la vision de perles comme Images d’Ostende ou Sur les bords de la caméra, œuvres du début des années 30, c’est l’art et la subtilité d’un regard sur des parcelles, des particules de ‘réel », vives, intrigantes sensibles ou drôles. Et une intelligence (celle du montage) pour leur donner une valeur ajoutée de sens ou de perception, y compris parfois à travers des collisions subversives ou cocasses.
Storck est un « maître mais ce qui sidère encore plus c’est la curiosité gourmande d’une œuvre qui musarde et pérégrine (avec souvent la contrainte de la commande pourtant !) dans un registre aussi large : le film social et politique, le regard critique sur I’Actualité et I’Histoire, l’immersion dans les oeuvres de Rubens ou Delvaux, l’ethnologie du quotidien et la préservation d’une mémoire des gestes et traditions (fêtes, carnavals, monde Paysan ou univers de la sidérurgie). Sans oublier la tentation de la fiction (Le Banquet des fraudeurs)
Avec Storck, l’unité d’une œuvre naît de la diversité.
Et ce qui nous le rend singulièrement “sympathique » — n’ayons pas peur d’employer un terme un peu dévalué —, c’est cette ouverture, cet engagement rare à désirer « passer le témoin », perpétuer, vivifier l’avenir en suscitant la création des Ateliers de films documentaires pour qu’éclosent de nouvelles générations de cinéastes. La grande richesse d’inspiration du cinéma documentaire belge aujourd’hui, lui en est sans doute largement redevable. C’est ce qui nous a incité à ouvrir chacune des journées des Rencontres Documentaires Paris-Bruxelles, par un choix de quelques unes (seulement!) de ses œuvres phares… et en les faisant parfois dialoguer avec celles d’autres auteurs, de Heusch, Bernhard, Jean…
Les dix ans du Fonds Henri Storck
Président, Luc de Heusch
Directrice, Natacha Derycke
Le Fonds a été conçu comme un lieu de mémoire, d’étude et de réflexion sur la tradition documentaire. Sa mission prioritaire est la conservation, la consultation et la diffusion des quelques 75 films réalisés par Henri Storck entre 1927 et 1985. Dépositaire de ses archives (documents de travail, scénarii, correspondance, écrits, articles de presse) et des films et émissions radiophoniques consacrés à son œuvre, il met également en libre consultation l’importante bibliothèque léguée par ‘historien belge du cinéma Paul Davay. La vocation patrimoniale du Fonds s’élargit avec l’accueil d’œuvres de cinéastes belges qui se sont illustrés dans l’avant-garde ou la tradition documentaire : Charles Dekeukeleire, Henri d’Ursel, Pierre Alechinsky, Luc de Heusch, Patrick Van Antwerpen et David Mac Neil. Elle se manifeste aussi par des collaborations avec de nombreux colloques, expositions ou festivals internationaux, des émissions et rétrospectives.
Une Référence pour entrer dans l’œuvre
Hommage à Henri Storck
Ce catalogue analytique des films, initié par le CGRI de la Communauté Française de Belgique, a été conçu, écrit et réalisé par Jacqueline Aubenas, secrétaire générale du Fonds, professeur à l’Université Libre de Bruxelles et à l’IInsas. Un instrument essentiel pour voyager dans une œuvre échafaudée sur six décennies. Depuis les traces perdues, ses « films d’amateur sur Ostende » sa ville natale, tournés à la Pathé-Baby 9,5 mm en 1927-28, jusqu’ au documentaire-fiction sur le peintre Constant Permeke, réalisé en 1984-85.
Films
Autour de Borinage
Jean Fonteyne | 1934 | 15'
Montage brut d’images tournées parallèlement à Misère au Borinage…
Dimanche
Edmond Bernhard | 1963 | 15'
Le sentiment du vide du « septième » jour, partition caustique pour évoquer le temps des « loisirs » par touches sensibles. Bernhard un auteur météore et poète dont l’œuvre se concentre en cinq court-métrages réalisés entre 1954 et 1972.
Les Enfants du Borinage, Lettre à Henri Storck
Patrick Jean | 1997 | 15'
Un retour sur les traces d’Henri Storck au Borinage à propos de la problématique sociale contemporaine : on n’y meurt plus de faim mais d’ignorance preuve par neuf de l’échec d’un type de société.
Les Gestes du repas
Luc de Heusch | 1958 | 23'
Un regard ethnologique sur l’image de l’homme qui mange. Un regard aigu sur la Belgique… Assistant de Storck et élève de l’ethnologue Marcel Griaule, Luc de Heusch reste dans la lignée… : « observant l’homme en société ďune part, l’artiste dans la société d’autre part ».
Images d’Ostende
Henri Storck | 1930 | 12'
Poème cinématographique scandé en strophes visuelles : le port, les ancres, le vent, les dunes, la mer du Nord…
Misère au Borinage
Joris Ivens et Henri Storck | 1933 | 28'
En 1932, une grève éclatait dans le Borinage. La réaction patronale fut sans pitié. Ivens et Storck filment la misère des ouvriers à la suite des expulsions et rétorsions dont les anciens grévistes furent victimes. Un classique du film documentaire.
Le Monde de Paul Delvaux
Henri Storck | 1944 | 11'
Le premier film où le cinéaste explore l’imaginaire pictural et se pose déjà la question fondamentale de la dynamique des cadres : celle du tableau, celle du film. Les images du peintre surréaliste sont « mises en musique » par André Souris et « enchantées » par un texte de Paul Éluard.
Noces paysannes
Henri Storck | 1944 | 19'
La cinquième « saison » de Symphonie Paysanne, grand œuvre anthropologique de Storck pour célébrer le monde paysan avant l’industrialisation. Où les travaux et les jours au rythme de l’année et la catharsis de la fête…
Sur les bords de la caméra
Henri Storck | 1935 | 10'
Un collage surréaliste détournant le sens d’images d’actualités pour mieux dynamiter, veulerie et superficialité d’une époque… Qui pourrait ressembler à la nôtre ?
Trains de plaisir
Henri Storck | 1930 | 8'
La plage d’Ostende et ses baigneurs pris sur le vif. La ville balnéaire où Storck naquit en 1907 et où il réalisa vingt ans plus tard ses premiers films avec une Pathé-Baby.
Séances
mardi 3 novembre 1998 à 10h00
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
Volet 1, la veine sociale et politique.
- Misère au Borinage
Joris Ivens et Henri Storck | 1933 | 28’ - Autour de Borinage
Jean Fonteyne | 1934 | 15’ - Les Enfants du Borinage, Lettre à Henri Storck
Patrick Jean | 1997 | 15’
mercredi 4 novembre 1998 à 9h30
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
Volet 2, Storck, la tentation expérimentale.
- Images d’Ostende
Henri Storck | 1930 | 12’ - Trains de plaisir
Henri Storck | 1930 | 8’ - Sur les bords de la caméra
Henri Storck | 1935 | 10’ - Le Monde de Paul Delvaux
Henri Storck | 1944 | 11’
jeudi 5 novembre 1998 à 9h30
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
Volet 3, l'ethnologie du quotidien.
- Noces paysannes
Henri Storck | 1944 | 19’ - Les Gestes du repas
Luc de Heusch | 1958 | 23’ - Dimanche
Edmond Bernhard | 1963 | 15’

