Depuis bien longtemps nous sommes quelques cinéastes qui militons pour un cinéma diversifié, éclaté, qui puisse répondre aux attentes multiples des nouveaux créateurs qui ne se reconnaissent plus dans les films industriels, commerciaux même si certains (en l’usurpant) reçoivent des labels d’Art et Essais et parfois même de recherches.
Le cinéma dominant est plus dominant que jamais en ces temps difficiles que nous vivons et qui vont le devenir plus encore. Cette époque n’est pas encourageante pour des créations emplies de liberté et de contestation car notre rôle au GREC est celui-là : rendre libre, contester, innover, encourager et découvrir de nouveaux talents sans s’engluer dans les marais des marges tout en les revendiquant. Oui, le GREC qui a pour mission de soutenir des premières œuvres (et pourquoi seulement ces premières œuvres ?) a choisi d’être le plus indépendant des producteurs de films courts.
En produisant plus de vingt films par an, nous essayons d’offrir la possibilité à de nombreuses personnalités (jeunes) de s’exprimer. Depuis 1969, nous avons créé peu à peu un espace, un réseau qui relie des partenaires tous attentifs aux jeunes cinéastes, à la création multipliée, aux aides plus subtiles que les aides officielles. Nous avons construit des soutiens décentralisés avec des villes comme Aubagne et Grenoble, des régions (particulièrement la Corse et la région PACA), mais aussi la Haute Normandie, avec notre participation à la naissance du Centre (national) des écritures cinématographiques au Moulin d’Andé.
Le GREC est ainsi devenu une véritable pépinière de cinéastes que nous accompagnons le plus loin possible jusqu’à leur premier long métrage. Des liens extrêmes, pour des films extrêmes, dans des conditions d’autoformation, de liberté d’entreprendre hors des contraintes aliénantes du Marché, hors des formatages bornés que l’on voit se multiplier partout. Un grand vacarme devrait jaillir des plaintes justifiées des artistes, des images et des sons. Le GREC vit avec une économie plus que raisonnable, un bénévolat des plus actifs et des plus compétents. Chaque année une génération nouvelle nous met en cause, réclame, aspire, espère, vient avec nous vivre en grandeur réelle une sorte d’utopie où se mêlent générosité et rigueur, adresse, grâce et maîtrise. Le GREC est l’une des écoles la plus sauvage et un endroit où se tenir dans l’attachement à la beauté des gestes créatifs. Résidences d’écritures, ateliers de comédiens, suivi des montages, production des films, TOUT cela se fait avec l’aide du Centre national de la Cinématographie dont nous croyons être un peu l’enfant légitime.
Trente deux ans d’existence ça rend songeur, surtout sur les trente deux ans à venir !
Nous voudrions voir notre mission s’élargir, permettre à des œuvres autres que les « premières » de voir le jour. Il reste que notre joie persiste, que notre désespérance ne s’épuise pas. Nous verrons bien !
François Barat, délégué général du GREC
Films
ACD
Thomas Sipp | 1996 | 14'
Dans la vitrine d’une papeterie du centre de Paris, s’inscrivent en lettres géantes, avec des noyaux de prunes séchés : « ACD ». Allusion à la cession imminente d’un petit commerce de quartier tenu depuis cinquante ans par un papetier pittoresque. Ce vieil homme, à l’aube d’une retraite bien méritée, compose chaque mois la vitrine de sa petite boutique comme un paysagiste, au gré de son inspiration ou de l’actualité, clin d’œil cynique et désabusé face à l’ère du marketing. Ce documentaire nous propose de le retrouver quelque temps avant la fermeture de sa papeterie, de participer à ses fantaisies et de surprendre le regard étonné des passants.
Essai de reconstitution des 46 jours qui précédèrent la mort de Françoise Guigniou
Christian Boltanski | 1972 | 25'
Une femme s’enferme avec ses deux enfants dans son appartement.
Reconstitution des quarante-six jours de la vie cloîtrée de la famille.
Là-bas où le diable vous souhaite bonne nuit
Edyta et Vincent Sorrel | 1999 | 34' | France
Le bout du monde. La Pologne et son monde paysan vivent une rupture. La grand-mère se meurt et avec elle la ferme. Ce n’est plus possible de vivre de si peu (pour si peu). Son fils, l’homme du bout du rang, ne restera pas seul au milieu de cette forêt. Quel en est le sens ? Il se souvient de cette période où il travaillait « en ville », il y a quinze ans. Il n’arrive pas à regretter et pourtant il sait bien qu’il ne peut pas rester sur ce sable. À Varsovie, les bouleversements économiques sont ce qu’ils sont. On ressent un vide insupportable. Cette mort puissante devant laquelle on reste les bras ballants. Alors, il va partir, on ne voit pas ce qu’il peut faire d’autre. Nous ne savons pas ce qui l’attend.
Une photographie de l’instant. Un essai documentaire, à travers une simple histoire, sur les événements humains et économiques qui se déroulent en ce moment en Pologne.
Encore une image de la vie traditionnelle paysanne qui disparaît sous nos yeux, bouleversée par une évolution des sociétés qui, dans les pays occidentaux, a mis quarante ans à se réaliser.
La Lueur
Patrice Dubosc, Valérie Gaudissart | 1995 | 14'
Un voyage en Pologne, un moment de trêve, loin des guerres et des morts. Là-bas, des rencontres, des regards, l’histoire inattendue du sauvetage d’un cygne pendant l’état de guerre. Peut-être une lueur…
Matti Ke Lal, fils de la terre
Elisabeth Leuvrey | 1998 | 20' | France
En Inde, dans un quartier du vieux Delhi, un homme se bat chaque jour sans relâche contre l’Histoire, contre l’époque, contre les faiblesses des hommes mais aussi contre Dieu. Guru Hanuman a choisi d’offrir sa vie à son pays, aux enfants de son peuple. Fondateur d’une école, il enseigne la lutte aux orphelins des rues. La lutte traditionnelle « Kushti », celle qui se pratique dans l’arène de boue et celle du combat de tous les jours, de l’homme face à son destin. Rencontre avec un homme de quatre-vingt-dix-huit ans, né avec le siècle et nourri de sentiment de libération pour l’indépendance : une légende vivante de la lutte en Inde.
Rome désolée
Vincent Dieutre | 1996 | 68'
Rome, dans les années quatre-vingt. D’improbables paysages de la ville désertée se succèdent, filmés jusqu’à l’insoutenable, lacérés de publicités, d’actualités privées de leur sens… Pour nous guider dans cette Rome « désolée » où aucun touriste ne s’aventurera jamais, une voix, celle du narrateur. Sans chronologie véritable, sans états d’âmes, nous découvrons par bribes douloureuses l’implacable réalité de la vie d’un jeune homosexuel, la chronique linéaire du sexe et de la drogue comme seules perspectives… Le récit obsessionnel et précis de l’indifférence générale, des sincérités successives et du manque.
Images, sons et voix se cumulent en un collage fragile, coupant et radical. Si ce constat, pessimiste jusqu’à l’étouffement, ne semble proposer aucune issue, c’est qu’il faut savoir lire entre les plans : loin de Berlusconi et des dealers, un autre film est là, un film d’amour.
Séances
lundi 19 novembre 2001 à 20h30
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
En présence de François Barat, délégué général du GREC
- ACD
Thomas Sipp | 1996 | 14’ - Matti Ke Lal, fils de la terre
Elisabeth Leuvrey | 1998 | 20’ | France - Essai de reconstitution des 46 jours qui précédèrent la mort de Françoise Guigniou
Christian Boltanski | 1972 | 25’ - La Lueur
Patrice Dubosc, Valérie Gaudissart | 1995 | 14’ - Là-bas où le diable vous souhaite bonne nuit
Edyta et Vincent Sorrel | 1999 | 34’ | France - Rome désolée
Vincent Dieutre | 1996 | 68’

