L’expérience du montage

De l’argentique au numérique

Nous avons volontairement choisi un titre aux sens multiples.
En effet, cette expression souligne la particularité du montage documentaire, à savoir son aspect expérimental : rien n’est joué après un tournage, si pensé et si préparé soit-il ; le documentaire travaille sur le réel et demeure soumis aux accidents du hasard, heureux ou malheureux, à la grâce ou la disgrâce des conditions climatiques, à l’authenticité de la ou des personnes filmées, parfois dénaturée par la présence de la caméra.

Elle met aussi l’accent sur la diversité des théories du montage, autant d’expériences, de mises à l’épreuve de l’image, qui ont partie liée avec la dramaturgie et le style et qui ne cessent d’évoluer au fil du temps. Dans quelle mesure le choix d’une technique, d’un format – du 35 mm au numérique – en changeant la méthode, change le montage lui-même ?

Enfin elle fait allusion à la situation du monteur, à son rôle d’accoucheur du sens, à la nécessité qui est la sienne d’aider le réalisateur à prendre de la distance, à se séparer du poids affectif d’images et de paroles ardemment désirées. Un rôle de total engagement pour qu’une vraie complicité s’instaure avec l’auteur et son sujet. Une expérience singulière : deux individualités construisent ensemble une narration et deviennent le couple créateur de l’ultime forme du film.

Le déroulement de cet atelier-table ronde respectera les grandes lignes suggérées par le titre. Le débat sera articulé autour de projections de courts métrages ou d’extraits de films qui viendront étayer la pensée des intervenants : François Niney, enseignant à Paris III, et auteur de « L’épreuve du réel à l’écran » (éditions De Boeck Université, 2000), et trois cinéastes et chefs monteurs chevronnés : Anne Baudry, Joële Van Effenterre et Roger Ikhlef.

Nous solliciterons également l’intervention de réalisateurs invités et de couples emblématiques de la relation très particulière du cinéaste et du ou de la monteuse : Frédéric Goldbron, Gérard Mordillat, Patrick Zachmann, Bojena Horackova, réalisateurs, Anita Perez, Sophie Rouffio, Isabelle Ingold, chefs monteuses.

Enfin, nous donnerons la parole aux intermittents que sont par vocation les monteurs, afin qu’ils nous exposent la dégradation de leur statut et nous dressent un bilan de l’état des lieux de leur profession et de leurs luttes pour la défendre.

Un atelier de réflexion sous forme d’échanges auxquels, nous espérons, vous serez nombreux à participer.

Simone Vannier, déléguée Générale de Documentaire sur Grand Écran


Documentaire sur grand écran

L’association Documentaire sur Grand Écran fut fondée en 1990 par une poignée de professionnels – théoriciens, réalisateurs, exploitants – au moment où l’influence grandissante des annonceurs à la télévision chassait les documentaires des heures de grande écoute. L’idée de le soumettre au jugement d’une audience payante et par là de prouver que le documentaire est un film à l’égal de la fiction est née de cette brutale occultation, initiée immédiatement encouragée par le CNC, la Procirep et les sociétés d’auteurs conscientes de l’acculturation que pouvait entraîner l’appauvrissement d’un genre cinématographique essentiel.

Depuis 1992, Documentaire sur Grand Écran programme des documentaires en salle et d’année en année voit le nombre de spectateurs grandir. Cette présence d’un travail de fond régulier dans une salle parisienne a participé à l’essor spectaculaire des longs métrages documentaires proposés chaque année aux publics des cinémas. Après dix ans d’exercice la société de distribution jumelle dispose d’un fond de 160 titres de tous formats proposés aux lieux culturels (cinémas, médiathèques, musées, maisons de la culture, etc.) soucieux d’utiliser l’outil inégalable qu’est le documentaire pour « éduquer, divertir, émouvoir » les citoyens que nous sommes.

Nous souhaitons, de plus en plus, être une force de proposition et d’inspiration pour tous ceux qui souhaitent programmer des documentaires – associations, festivals, universités et, bien entendu, cinémas de recherche.

En dépit des discours auto-satisfaits, le documentaire est loin d’avoir obtenu la place qui lui revient. Faute de budget publicitaire, les auteurs de documentaires ne bénéficient pas de la renommée que mérite leur talent, cette renommée qui permet d’atteindre le grand public.

Notre ambition est de devenir l’Agence du Documentaire, un organisme de coordination professionnel, qui réunirait tous les services susceptibles de promouvoir les documentaristes et leurs œuvres.

André Bazin Qu’est-ce que le cinéma ? (I. Ontologie et Langage)
édition du Cerf

Les montages de Koulechov, celui d’Eisenstein ou de Gance ne montraient pas l’événement : ils y faisaient allusion. Sans doute empruntaient-ils au moins la plupart de leurs éléments à la réalité qu’ils étaient censés décrire, mais la signification finale du film résidait beaucoup plus dans l’organisation de ces éléments que dans leur contenu objectif. […] Les combinaisons sont innombrables. Mais toutes ont ceci de commun qu’elles suggèrent l’idée par l’intermédiaire de la métaphore ou de l’association d’idées. Ainsi entre le scénario proprement dit, objet ultime du récit, et l’image brute s’intercale un relais supplémentaire, un « transformateur » esthétique. Le sens n’est pas dans l’image, il est l’ombre projetée, par le montage, sur le plan de conscience du spectateur.

Andreï Tarkovski, Le Temps scellé
édition de l’Étoile-Seuil

Pour autant que le sens du temps, chez un auteur, s’intègre réellement à sa perception de la vie, et que la pression rythmique à l’intérieur des morceaux montés dicte le choix de ses raccords, le montage révèle l’écriture du réalisateur. Il exprime son attitude à l’égard de l’idée de base du film, il est la représentation ultime de sa conception du monde. Je pense qu’un réalisateur qui monte ses films avec facilité et de façons variées est superficiel. On reconnaîtra toujours le montage d’un Bergman, d’un Bresson, d’un Kurosawa ou d’un Antonioni. Il est impossible de les confondre, car la perception que chacun a du temps, et qui s’exprime dans le rythme de ses films, est toujours la même. Quant aux films hollywoodiens, ils ont tous l’air d’avoir été montés par le même individu, tant ils sont indistincts du point de vue de leur montage…

Films


Avec Sonia Wieder-Atherton

Avec Sonia Wieder-Atherton

Chantal Akerman | 2003 | 52' | France

Sonia Wieder-Atherton est une des plus grandes violoncellistes actuelles. Seule ou accompagnée d’une formation réduite, elle interprète ici quelques pièces courtes. La scène où la musique est jouée est vue, non pas depuis la salle, mais depuis une coulisse latérale où caches et panneaux découpent le regard. La caméra y glisse librement. Ce dispositif simple, et le parti pris de ne pas donner à entendre que la musique, fondent une précieuse pédagogie de l’écoute.


Beppie

Beppie

Johan van der Keuken | 1965 | 38' | Pays-Bas

Quelle perception un enfant aveugle a-t-il de la réalité ? Le cinéaste a passé deux mois dans un institut spécialisé au Pays-Bas pour répondre à cette question. L’enfant aveugle révèle un monde difficile à imaginer : la lutte continue de l’homme sans regard pour rester en contact avec la réalité. Pour rendre compte d’un tel handicap au quotidien, Johan van der Keuken trouve des équivalences formelles, soutenues par une bande-son inventive. Une approche sensible qui refuse le pathos et nous reste en mémoire.


Brass Unbound

Brass Unbound

Johan van der Keuken | 1992 | 106' | Pays-Bas

Brass Unbound, né de la rencontre du cinéaste avec l’anthropologie Rob Boonaier Ftaes raconte l’épopée des cuivres, symbole du joug culturel imposé par les coloniaux au Ghana et dans le Tiers-Monde et leur appropriation par les peuples colonisés. Avant tout voyage musical, le film raconte comment les instruments se sont libérés de leurs maîtres, se sont détournés du christianisme qui les a importés et sont devenus les captifs bien aimés des pays conquis, l’accompagnement indispensable des fêtes et des rituels de la religion polythéiste. De pays en pays, il montre comment les vestiges coloniaux sont intégrés à tous les évènements publics et privés. La saga des déplacements du gros clairon à travers le pays – à travers le temps – suivie avec jubilation à la caméra est un morceau d’anthologie, une fête musicale qui se double d’un plaisir cinématographique.


De jour comme de nuit

De jour comme de nuit

Renaud Victor | 1992 | 100' | France

« Dans De jour comme de nuit de Renaud Victor, la parole est là, enfouie depuis longtemps dans ce lieu devenu le royaume des ombres de la modernité : la prison. Renaud Victor part en quête de cette parole, et au fond de l’obscurité, il est ébloui. Les hommes qu’il rencontre sont des philosophes qui posent les questions fondamentales de l’identité, de la liberté, de l’espace, de l’enfermement. On aurait aimé que Genet et Foucaud soient encore là pour découvrir cette étonnante présence du corps et de la parole. », Christine Delorme in Documentaires, août 1991.


Face à la mer

Face à la mer

Raymond Depardon | 1993 | 4' | France

Long plan séquence descriptif de Beyrouth en guerre à travers les maisons détruites, en hommage au chanteur des Négresses Vertes disparu.


Les Habitants

Les Habitants

Artavadz Péléchian | 1970 | 9' | Arménie

La relation de l’homme avec la nature et les animaux. Un plaidoyer qui examine les atrocités commises par l’homme contre son environnement naturel.

Film sans parole dans la lignée du montage à intervalles de Vertov, Les Habitants évoque à la fois l’harmonie et la cacophonie du monde animal, avant et après la venue de l’homme.


La Mémoire de mon père

La Mémoire de mon père

Patrick Zachmann | 1998 | 30' | France

Le film d’un fils à son père, avec son père. Le photographe de l’agence Magnum prend la caméra pour tenter de rompre le silence qui s’est installé entre lui et ce père qui arrive au terme de sa vie. Un film sur la mémoire, la transmission intime, la filiation.

Mémoire de la déportation des grands-parents, mémoire du camp de prisonniers où le père tente de cacher ses origines juives… À la faveur de ce dialogue renoué, Patrick Zachmann va plus loin, il essaie de comprendre ses propres interrogations. Pourquoi est-il devenu photographe ? Que signifie véritablement être juif ?… Les réponses sont au-delà des souvenirs douloureux que ce père livre à son fils comme un dernier cadeau. Bien plus qu’un travail de mémoire, c’est une transmission qui s’opère et c’est en cela que ce film personnel atteint une dimension universelle.


La Sixième face du Pentagone

La Sixième face du Pentagone

Chris Marker | 1968 | 28' | France

La marche des partisans de la paix au Vietnam à Washington et l’attaque du Pentagone.


Séances

samedi 15 novembre 2003 à 14h30

Espace Jean Vilar - salle 2