My country is cinema

Seconde bobine d’une programmation déroulée l’an passé autour des « cinéastes au travail », et en écho avec la carte blanche offerte au MAC/VAL, les documentaires présentés dans cette séance dressent le portrait de Patricio Guzmán et Jean Eustache, deux réalisateurs pour lesquels la coupure entre le cinéma et la vie n’existe pas.

À l’instar de son imposante filmographie, l’histoire du Chili reste en effet chevillée aux images de Patricio Guzmán (se rappeler les trois parties très impressionnantes de La Bataille du Chili). En s’appuyant sur un dispositif qui tend presque à l’épure, Boris Nicot montre comment les fantômes du passé (le coup d’État du général Pinochet et la fin tragique de Salvador Allende) se réactivent dans le présent.

De la table de montage aux archives, ou encore par le biais d’un « travail à la table » à l’aide de photographies : si l’on mesure le poids du traumatisme et son impact sur plusieurs générations, on est aussi saisi par la force de ces configurations d’images fixes, par leurs associations poétiques qui les détachent de leur stricte valeur documentaire.

Sous d’autres formes, les histoires de fantômes occupent une place non négligeable chez Jean Eustache, qui se décrivait lui-même comme un archiviste (dont le film fait entendre l’étymologie par la voix de Sylvie Durastanti : ce qui est ancien). Le film d’Ángel Diéz construit par petites touches, intimiste, mais dans un noir et blanc somptueux, le portrait mélancolique d’un autodidacte qui fut autant écrivain que cinéaste.

Films


Filmer obstinément, rencontre avec Patricio Guzman

Filmer obstinément, rencontre avec Patricio Guzman

Boris Nicot | 2014 | 97' | France

Un portrait du cinéaste Patricio Guzman. Le film propose un voyage à travers son cinéma, marqué par l’Histoire récente de son pays le Chili. De « La Bataille du Chili », monument du cinéma direct retraçant les dernier mois de Salvador Allende et de l’Unité Populaire chilienne, au « Bouton de Nacre », projet en chantier filmé ici dans sa genèse, Patricio Guzman se dévoile et dévoile sa vision du cinéma.


La Peine perdue de Jean Eustache

La Peine perdue de Jean Eustache

Ángel Diez Alvarez | 1997 | 53' | France

Le film est un hommage à Jean Eustache, grand cinéaste français peu connu et disparu. Au fil des lieux, des témoignages, des images et des sons, ce film esquisse le portrait du cinéaste et fait revivre, pour un moment, son œuvre et sa vie. On retrouve ici le principaux opus du cinéaste, au premier rang desquels La Maman et la Putain (1973). Mais aussi des films moins connus tels La Rosière de Pessac (1968 et 1979) ou un inédit tel Numéro Zéro (1971) consacré par le réalisateur à sa mère. Peu à peu, s’élabore ou transparaît la méthode empruntée par Eustache. Une fidélité quasi obsessionnelle au réel, héritée selon ses propres aveux de Lumière. Toujours en marque de la Nouvelle Vague, Eustache a influencé et marqué toute une génération, et son cinéma reste une source de savoir et d’inspiration.

Faire un film sur un cinéaste que l’on admire présente un risque à double facette : soit l’on verse dans le portrait didactique et prétendument savant ou dans l’hagiographie béate. Un « qui perd gagne » soit pour l’auteur célébré ou pour le réalisateur qui s’escamote… Ángel Diez Alvarez, lui, fait un film avec Jean Eustache, en osmose…


Séances

dimanche 9 novembre 2014 à 16h00

Espace Jean Vilar - salle 2

En présence de Boris Nicot