Premier Geste Court

Quelques perles émergent d’une étrange confusion

Le premier constat qui s’impose au-delà d’une hausse très manifeste du nombre de films inscrits en sélection cette année, est celui d’une extrême hétérogénéité de propositions qui confine à l’hétéroclite. Nous en sommes, et les premiers responsables, et les premiers demandeurs avec l’intention Premier Geste. Puisque nous recherchons, ruptures, originalités, singularités, expériences. Et aussi croisements interdisciplinaires, cultures mêlées, passerelles et passages de frontières entre genres et styles.
Jusqu’ici tout irait bien…
Il y a des influences, des références, des dépendances, des filiations, des écoles, des familles, des courants, des affinités électives, des intentions variées. Et c’est tant mieux !
C’est ce qui constitue la richesse et la diversité de la démarche documentaire aujourd’hui, l’espace de réflexion et de création le plus actif et vibrionnant du moment.
Mais pourquoi tant et tant encore de films formatés par la culture télévisuelle (pour rester aimable) quand personne ne leur demande de s’y conformer ? Autoproduits ou à peine produits, on se demande toujours s’ils « s’adressent », s’ils ont un minimum pensé la triangulation, un sujet/personnage, un auteur/filmeur, un spectateur/récepteur.
Déficit de culture de l’histoire et de l’évolution du, des cinémas ? Manque d’audace et auto-censure ?
A contrario, un deuxième registre de propositions, moins représenté toutefois, celui des formalistes étire, voire ressasse, un dispositif, une proposition plastique dont ils s’émerveillent et s’autosatisfont.
Il reste difficile d’en partager l’intention ou simplement d’y trouver une place. Empruntant pour la forme aux deux tendances précitées, nombreux sont aussi les films qui s’engagent, veulent inter-peller, intervenir sur le cours du monde, répercuter des révoltes, l’écho de résistances, analyser, témoigner d’injustices ou des nombreuses dérives du libéralisme effréné. Ils sont Urgentistes, Moraux, Intègres mais se posent néanmoins la question de leur diffusion au-delà du cercle des convaincus et donc de leur impact sur le « réel ».
Sur le volume, l’impression globale n’est pas enthousiaste. Sans doute car l’exigence augmente et ne saurait que s’amplifier car nous avons perdu toute innocence quant aux questions de la représentation. Dans un monde envahi quotidiennement par l’Image, le Visuel, mais aussi un constant brouillage sonore et la logorrhée du «témoignage », il nous faut du souffle, des respirations, des surprises, des inattendus, des déplacements, des décadrages qui nous portent, nous transcendent, nous surprennent, nous enthousiasment…
Alors oui, après ce long périple des visionnages, histoire toujours recommencée de doutes qui nous taraudent en cours, ils ont émergé bien sûr, ces gestes artistiques, ces actes, ces démarches qui constituent cette sélection que nous sommes heureux de vous proposer.
Quelques tendances fortes nous auront intrigué.
L’effacement progressif de la figuration, au profit de l’exploration de paysages, de territoires, de mégapoles, de natures et d’espaces.
Le recours, le « retour », au mythologique, à la fable, au légendaire ainsi que des tentatives de revenir à un cinéma « primitif », du premier geste.
Comme s’il fallait retrouver des images possibles, un récit originel…
Il y a aussi la mort qui rôde, sa représentation, son rôle « escamoté » dans nos sociétés, et « pornographié » par l’actualité. L’interroger, comme pour
rechercher, donner du sens à nos vies, aux solitudes dans le multiple, aux espoirs froissés, chagrinés, de la perte de toutes utopies. En private joke, Sabrina Malek, au sein du comité de sélection disait avec malice : « on interroge les morts parce qu’on pense que les vivants n’ont plus rien à dire »
La sélection Premier Geste en court confirme d’ailleurs l’épuisement de la lignée d’un «cinéma direct », d’un cinéma de paroles, pour des démarches plus méditatives, contemplatives, introspectives. Un cinéma plus cérébral, élaboré, conçu, par des plasticiens, des photographes, des artistes
vidéo, qui renouvellent les postures dans la démarche documentaire. Il ne s’agit pas de l’ériger en modèle mais de profiter de cette rupture et des nouvelles manières de voir qu’il propose. Sans être parfaitement homogène, cette sélection propose de nombreuses correspondances et résonances.
La sélection Premier Geste en Long, beaucoup plus diversifiée, jubile ici, fabule là, construit de la «présence
», ou encore réfléchit, investigue,
recherche des traces, des signes de vie, d’histoires ou poétise le monde. Peu d’entre eux sont des premiers films (deux sur onze si je ne me trompe). Ils ont aussi peu de « commun » entre eux. Si ce n’est justement de tenter, de chercher, s’aventurer, ne surtout pas se laisser enfermer dans la tyrannie du sujet, du beau personnage, de la bonne cause.
Pas vraiment dans l’air du temps, pas des « docu» estampillés bons à être casés dans une grille. Pas des films pour passer le temps (car sinon la vie c’est mieux, vous ne trouvez pas ?) Des films, des propositions, des aventures de cinéma à partager.

Didier Husson

Films


200 000 fantomes

200 000 fantômes

Jean-Gabriel Périot | 2007 | 10' | France

Hiroshima, 1914-2007. Une méditation expérimentale autour du A-Bomb Dome, symbole de la destruction d’Hiroshima par la bombe atomique en 1945. Le A-Bomb Dome est le nom d’un ancien centre d’affaires japonais devenu le symbole de la destruction de la ville d’Hiroshima par la bombe atomique américaine en 1945. Construit en 1915, c’est le seul bâtiment à être resté debout dans l’entourage immédiat du lieu de l’explosion. Le A-Bomb Dome n’a jamais été restauré ; demeuré tel qu’au jour du bombardement, il est très vite devenu le monument souvenir des centaines de milliers de morts du 6 août 1945.


Capsular

Capsular

Herman Asselberghs | 2007 | 25' | Belgique

L’enclave espagnole de Ciudad Autonoma de Ceuta est à mi-chemin entre la ville et la communauté autonome. Autrefois sous l’administration de la province espagnole de Cadiz, Ceuta est située en bordure de la côte marocaine et fait dorénavant partie de l’Union Européenne. Cette enclave de l’Europe néo-libérale et de sa politique xénophobe à l’encontre des réfugiés agit comme une version contemporaine du « rideau de fer ».


France 2007

France 2007

Gee-Jung Jun | 2007 | 20' | France

Des corps, des visages, des regards, des lieux de vie, de l’humanité. Cela se passe en France, en 2007, dans un bidonville de Lyon, habité de Roumains, de Tziganes, oubliés de la société, sans papiers, sans droits, qu’en d’autres contrées on appellerait des intouchables. La force du film est de laisser s’épanouir dans la splendeur de ses images l’évidence du bonheur quand le consensus ambiant rumine la langue asséchée du misérabilisme. Dans ce parti-pris de la vie, le geste est éminemment politique. Eloquence du cinéma muet.


I always get confused about what was and what could be

I always get confused about what was and what could be

Anna Katharina Scheidegger | 2006 | 12' | France

Les paysages urbains, géographiques et sociaux d’occident se transforment. La ville change dans sa fonction. Le film évoque à la fois la construction, la destruction et, finalement, la présence humaine.


Khak e Todjikiston

Khak e Todjikiston

Anne-Celine Bossu | 2007 | 28' | France

À la frontière afghane, des visages, des figures, des actes quotidiens, une humanité accueillante. Nous sommes tous des invités sur Terre… Je suis partie, au milieu des montagnes, loin, Là où la terre se nomme Zamin, sar zamin, ob o gèl, mars o bôm, vatan…


Nach Berlin und zurück

Nach Berlin und zurück

Eric Watt | 2006 | 19' | France

Le temps d’un voyage vers Berlin ou d’un repérage à travers la France, l’entremêlement de nouvelles parues dans Le Monde à la même période et d’un récit fictionnel amène à se demander comment être un individu dans le monde d’aujourd’hui.


Le Printemps de Sant Ponç

Le Printemps de Sant Ponç

Eugenia Mumenthaler et David Epiney | 2007 | 20' | Suisse

Atelier de dessin avec des personnes handicapées mentales. Parcours animé à travers leur spontanéité et leurs histoires.


Souffle

Souffle

Jérémie Jorrand | 2006 | 13' | France

Souffle est un film qui touche aux poumons. Qui touche le spectateur aux poumons et altère un moment sa respiration, pour mieux la libérer.


Un détour pour saluer

Un détour pour saluer

Henri-Jean Debon | 2007 | 25' | France

Un immeuble moderne, de jour, désert. Juste le ballet des ascenseurs vides, et leurs petits bruits. Une ville, à la tombée de la nuit, construite sur un désert. Et une voix, qui nous parle de ce désert, d’un campement déserté, de la perte de l’être aimé.


Valdecaballeros

Valdecaballeros

Jürgen Nefzger | 2006 | 15' | Espagne

En 1974, le gouvernement de Franco décide la construction d’une importante centrale nucléaire à Valdecaballeros, village d’Estramadure en Espagne. Alors qu’elle est quasiment achevée, les gouvernements de la transition décident d’abandonner le projet. Aujourd’hui, la centrale est toujours sur place, en ruine, témoin de l’histoire d’un village marqué par l’inconstance du politique.


Voice over voice

Voice over voice

Malene Choi | 2007 | 24' | Danemark

Des confessions intimes s’entremêlent aux bruits des rues et nous parlent du regret d’avoir et de perdre. Un lien se crée entre ces voix-off, le spectateur et la ville. Une définition de la nature ambiguë de l’homme et de la ville, entre beauté et brutalité.


White spirit

White spirit

Martine Deyres | 2007 | 37'

Lieu public, moderne, banal. une piscine municipale. Nettoyée en permanence, elle semble ne vouloir garder aucune trace de ceux qui la traversent. Histoire d’un endroit qui s’acharne a être un lieu sans histoire.


Séances

mercredi 31 octobre 2007 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 1

mercredi 31 octobre 2007 à 17h00

Espace Jean Vilar - salle 1

jeudi 1 novembre 2007 à 20h00

Espace Jean Vilar - salle 1

vendredi 2 novembre 2007 à 16h00

Espace Jean Vilar - salle 1