Qu’est-ce qu’un spectateur de documentaire ?

À l’heure du spectacle généralisé, qui tente d’éliminer toute pensée et toute expérience qui ne rentrerait pas dans le cadre unique d’une représentation dominante, le cinéma documentaire est sans cesse menacé par la contamination de cette économie marchande. Trop dépendant de la diffusion télévisuelle, il s’y inscrit de fait, tant dans son mode de production que dans le formatage de son écriture (durée, personnages, rythme…).

Cette fragilité du cinéma documentaire est son principal atout pour développer ce qui est peut-être sa spécificité: creuser une place singulière du spectateur devant d’autres mises en forme des réels. Un spectateur qui ne demanderait pas seulement d’acquérir un savoir mais de partager une expérience perceptive, un spectateur qui ne se contenterait pas de sa position sécurisée face à l’écran mais qui accepterait de prendre le risque d’être dérangé par des écritures qui lui font violence. Bref, un spectateur, inquiet, insécurisé, troublé mais qui fonderait sur ce malaise sa place active de sujet.

Jusqu’où le spectateur peut-il ou veut-il être dérangé ? C’est en regardant des films (extraits de longs-métrages ou films courts) que nous nous poserons la question, en compagnie d’invités (Nicolas Frize, Michel Jaffrennou), œuvrant dans d’autres domaines d’expression. Ils ont accepté en tant que spectateurs de partager avec le public leurs réactions.

Les deux « spectateurs » grands témoins sont :

Nicolas Frize. Musicien indépendant, il a crée en 1975 l’association Les Musiques de la Boulangère, structure qui gère son travail de création et travaille à des modes de production inédits. Cette liberté donne naissance à des événements où une partition originale, interprétée souvent dans des lieux insolites, est scénographiée de manie re à donner au spectateur une participation active.
Michel Jaffrennou est auteur et réalisateur de vidéos en images de synthèse, de spectacles numériques interactifs. En 1996, Pierre et le loup reçoit le sept d’or du meilleur film d’animation de la télévision française et en 2000, son cédérom Musee Jean Tinguely de Bale, le Prix Moebius international. Il se consacre depuis à la mise en scène numérique interactive.


Addoc

Addoc est un espace de rencontre et de réflexion créé en 1992 par des cinéastes afin de confronter leurs approches du cinéma documentaire. L’association est ouverte à des monteurs, à des opérateurs et plus largement à toute personne engagée dans la création documentaire.
Addoc intervient dans des débats institutionnels sur des questions concrètes comme celle du soutien à la création et de son indépendance. L’association défend particulièrement tous les mécanismes qui mettent le cinéaste à l’initiative de l’œuvre.
Les ateliers. Ces ateliers reflètent ses préoccupations : ils traitent tout autant du pourquoi que du comment des films, de l’éthique que de la pratique. Ce travail aboutit à des débats publies dont les actes sont le plus souvent publiés. Les ateliers sont la vie même de l’association. Quelques exemples : Le droit à l’image, La peur de l’autre, Comment anticiper Le réel ? Pourquoi filmons-nous le réel ? Comment filmer l’an, l’histoire ? Les cinq premières minutes, Mode de vie…
La chaîne de projections. Un Rendez-vous bimestriel est organisé autour de la projection d’un film documentaire sur écran en présence du réalisateur, le plus souvent dans un appartement. À chaque projection, le réalisateur du film invité choisit le film qui sera projeté au rendez-vous suivant. Depuis sa création, plus de vingt-cinq réalisateurs ont participé à la « chaine ».
Rencontres. Addoc participe aux multiples « événements » et festivals du monde documentaire.
Le site internet. Site d’information, d’échange et de réflexion interne et externe à l’association, mis à jour régulièrement.
Soirées d’informations et projections Cosip et Création en janvier 2002 a permis aux réalisateurs de comprendre quels sont les enjeux pour la création dans le système de soutien du CNC.
Doc Sous Les Étoiles. Rendez-vous estival en plein air à Paris, libre et gratuit. Une occasion pour les réalisateurs de mettre le documentaire sur la place publique.

Films


Peur, pouvoir, images de l’apprenti sorcier

Herbert Distel et Peter Guyer | 1993 | 19'

Ce travail compose avec efficacité, rythme et humour, une démonstration autour de l’état du monde et de ses images. Sur une répétition de la musique L’Apprenti sorcier de Paul Dukas, le monde se déroule à la télévision dans une douloureuse absurdité, pendant que les diplomates se réunissent comme pour un ultime concert de connivences.


De la vie des enfants au XXIe siècle

De la vie des enfants au XXIe siècle

Papisthione | 2000 | 57'

La vie des enfants des rues de Dakar. Deux bandes errantes sont suivies jour et nuit dans la ville par une caméra qui enregistre les réactions, les regards et les pensées silencieuses d’enfants drogués, violés, détruits. Des enfants dont le destin s’est arrêté le jour même où il a commencé et que l’on voit réduits aux pires conditions de l’existence. Par sa forme (des images noir et blanc à la vitesse souvent contrariée, tantôt muettes, tantôt sonores), le film entretient et affirme sa distance avec le style documentaire, tout en restant pourtant fondé sur des moments de vie réelle, jamais mis en scène.


L'Enfant aveugle n° 2

L’Enfant aveugle n° 2

Johan van der Keuken | 1966 | 28'

C’est durant le tournage de L‘Enfant aveugle que van der Keuken fait la rencontre d’Herman Slobbe. Celui-ci capte son attention. À l’âge de la puberté, aveugle, Herman Slobbe doit se débattre avec son environnement pour se frayer un chemin. La forte personnalité d’Herman se double d’un rapport exceptionnel à la jouissance. Si les aveugles apparaissent souvent comme des êtres introvertis, celui-ci déborde d’énergie et s’investit en permanence que ce soit dans une recherche sonore éperdue ou dans d’autres challenges. Herman se saisit du micro et devient le reporter du film.


Parce que

Parce que

Christian Barani et Guillaume Reynard | 2001 | 98'

Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, deux républiques d’Asie centrale, ont été successivement colonies de l’empire tsariste et membres de l’URSS. Ces pouvoirs et idéologies extérieurs ont projeté avec brutalité leurs modèles sur les populations. Comment, dans une improvisation, capter des fragments de temps, d’espaces, de paroles, pour représenter un quotidien, un invisible de la vie qui coule malgré la catastrophe écologique, économique et politique.


Polustanok

Polustanok

Sergueï Loznitsa | 2000 | 25' | Russie

Les trains roulent dans la nuit sans s’arrêter. Le cliquetis des wagons disparaît vite, en même temps que le son plaintif de la locomotive. Les gens dans la gare sont tous endormis. Pourquoi sont-ils si fatigués ? Qu’attendent-ils ?


Videolettre de Quentin

Alain Moreau | 1992 | 11'

Les yeux fixes sur l’objectif de la camera, en un plan unique, Quentin, un détenu séropositif, témoigne sur le sida en prison.


Séances

samedi 23 novembre 2002 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 2