La question d’Orient, retour sur la création d’un imaginaire 

Ayatollah, Intifada, Dihad, Fatwa. Islamisme, Intégrisme, fondamentalisme, FIS et Talibans. Notre vocabulaire s’enrichit avec constance des concepts les plus flous dans le tournis médiatique. Ces mots ont remplacé l’imaginaire bien plus suave des Mille et une Nuits, des harems, des loukoums : des parfums capiteux, des volutes de narguilé du « temps des colonies ». ‘L’Orient » ne nous paraît-il tolérable que confit et embaumé dans sa version exotique, touristiquement balisé ? Derrière ces fantasmes, l’irrésistible ascension du mépris occidental. Pour faire le chemin à rebours, deux propositions : une série documentaire et une installation.


Le Voyage en Orient

Installation vidéo de Corinne Miret et Stéphane Olry

Où goûter à sa guise sur un sofa, en choisissant de regarder par fragments ou en continuité, un ensemble de deux cent quatorze cartes postales vidéo réalisées par les auteurs au cours des deux phases de leur voyage au Proche-Orient. Le premier périple a lieu en 1994. Il commence en Egypte, se poursuit en Jordanie, Palestine et Israël. Le second, en 1995, s’inaugure à Larnaca sur l’île de Chypre dans l’attente d’un bateau pour le Liban qui ne viendra jamais. Nos deux auteurs-acteurs-messagers-réalisateurs gagnent néanmoins le Liban, la Syrie et la Turquie par d’autres moyens. En « feuilletant » l’album vous trouverez les cartes postales : corrosives ou provocantes, acides ou acidulées, naïves ou espiègles, émouvantes ou drôles. Ajouter les qualificatifs à votre convenance…

Jeux, traces, signes, messages, mémoires de deux “voyageurs modernes ». Question des racines. Question du pourquoi voyage-t-on ? Comment et avec quelles représentations ? Question du Moi-Je à deux voix et de l’ironique pudeur qui s’impose quand on arpente les ruines du cœur de Beyrouth…

Corinne Miret, danse, interprète et réalise. Stéphane Olry met en scène (théâtre) et réalise. Corinne Miret et Stéphane Olry proposent deux dimanches par mois des Thés vidéo dans leur appartement. L’installation, le Voyage en Orient a été présentée en mars-avril 1996 à la Galerie Le Sous-Sol.

Les cartes postales vidéo

Deux voyageurs découvrent le Proche Orient. Chaque jour au cours de leur voyage ils tournent une carte postale vidéo. En 1994, un premier voyage les a menés au Caire, à Alexandrie, Sainte Catherine, Aqaba, Petra, Amman, Jérusalem, Tel-Aviv, Siwa : ils en ont ramené quatre vingt dix neuf cartes postales vidéo. Un deuxième voyage les a menés en 1995 à Larnaca, Beyrouth, Baalbek, Tripoli, Damas, Palmyre, Alep, Antioche, Istanbul : ils présenteront cent quinze nouvelles cartes postales vidéo à la galerie le Sous-Sol.

Cahier des charges des cartes postales vidéo.

Il est quotidiennement réalisé une carte postale vidéo destinée à ếtre montrée au retour à son destinataire. Les cartes postales vidếo sont réalisées avec une caméra grand public. Chaque carte postale est précédée d’une annonce indiquant le lieu du tournage, la date, ainsi que son destinataire. Le sujet des cartes est libre : il peut s’agir d’une chanson, d’une chorégraphie, d’une scène dramatique, d’un paysage, d’un récit, etc. Le traitement du sujet dépend de l’humeur de l’instant et de l’adéquation entre le sujet et le destinataire. Les souvenirs personnels, les clins d’œil au correspondant et à son statut (ami, parent, artiste, célébrité), le jeu entre les deux auteurs, ou entre plusieurs cartes peuvent aussi être le prétexte d’une carte. Les personnes rencontrées durant le voyage peuvent devenir les sujets, les acteurs ou les destinataires d’une carte. Chaque carte est une courte séquence (entre 15 secondes et 3 minutes). Tous les éléments doivent impérativement avoir été enregistrés sur place, avec les moyens du bord, en utilisant les décors du voyage ainsi que ses acteurs. Chaque carte doit être réalisée le plus simplement et naturellement possible. Le plan séquence est privilégié. Toutes les cartes postales ont le même habillage. La post-production s’interdit l’addition d’éléments extérieurs au voyage. Les cartes postales vidéo sont rassemblées par ordre chronologique et regroupées par séries géographiques.

Films


Orient, mirage de l'Occident

Orient, mirage de l’Occident

Pierre Zucca | 1990 | 165'

Un panoramique complet et complexe mais toujours lumineux de l’histoire de nos représentations de l’Orient. En remontant aux territoires de l’imaginaire biblique, en évoquant les croisades, la Méditerranée du XIe siècle « lac arabe et turc » et les différentes phases d’évolution de la fascination orientaliste. Laquelle va progressivement se dissoudre et se muer, de l’expédition d’Égypte à l’effondrement de l’Empire ottoman, dans l’esprit de conquête, la vampirisation coloniale et l’exportation de « Ia modernité ». Une saga dialectique des idées, de l’esthétique, de la spiritualité, des enjeux géostratégiques et économiques. Ou comment faire évoluer notre regard sur un « autre » intime et refoulé.

Pierre Zucca trouve ici une forme riche, prolixe, profuse en signes, paroles et représentations pour nous narrer cette traversée du Miroir d’un Imaginaire : contes, récits de voyageurs, tableaux et gravures, prises de vue réelles in situ, témoignages, extraits de films, musique, archives, architectures.

Comme un labyrinthe où s’étire le fil d’Ariane ďune pensée intelligible et où sont notamment invités dans ce « casting » étonnant : Schéhérazade, La Flûte enchantée de Mozart, le Voyageur de Bordeaux, Bonaparte, Youssef Chahine, Chateaubriand, Turner, Victor Hugo, Karl Marx, Edgar Pisani, Delacroix, l’orientaliste Maxime Rodinson, la danseuse orientale Leïla Haddad, Kandinsky, Klee, Matisse…

« Il y a deux Orients : celui de nos rêves, et un autre qui vient le détruire, la modernité ».


Séances

samedi 7 décembre 1996 à 20h30

Salle Saint-Éloi