Propos de Bénédicte Liénard
Le lieu que vous filmez est à la fois un lieu de deuil et de vie ?
C’est juste. On a tous quelque part des lieux qui se réfèrent à des instants de vie, c’est parfois une maison, un arbre, un coin de rue… Ce petit bosquet était justement pour nous le lieu de la mémoire historique relié à l’histoire du charbon et des mines. Ce bosquet s’est progressivement transformé et il est devenu un témoin de la vie des uns et des autres. Moi-même j’ai cultivé un rapport à ce lieu, au début assez léger puis de plus en plus intense à l’arrivée de la maladie de mon père, car j’ai réalisé qu’à sa mort plus personne ne raconterait l’histoire de ce bosquet familial.
Prendre la caméra, c’est une façon de prolonger la démarche cinématographique de votre grand-père ?
J’ai découvert les images de mon grand-père assez tard, j’avais alors dix-huit ans et je savais déjà que je voulais faire du cinéma. Lorsque j’ai découvert ces images familiales, j’ai tout de suite remarqué qu’il y avait un vrai regard avec un plaisir de mettre en scène. J’ai souvent pensé à intégrer ces images dans un film. J’ai ensuite fait ce travail d’introspection qui me ramenait quelque part dans la paume de mon grand-père et dans cet environnement plein d’amour.
C’est une manière plutôt ludique d’aborder une part de vous-même ?
J’avais besoin de jouer avec le cinéma, de me libérer de certains concepts et de retrouver un regard d’enfant. Je voulais jouer comme avec mes enfants. D’ailleurs j’ai joué à faire le film avec eux. C’est mon fils qui commence le film par exemple. Tout était très spontané, rien n’était organisé à l’avance. C’est très agréable de faire un film de cette manière.
Extrait de l’interview de Bénédicte Liénard au Festival international du film de Nyon – Visions du réel – Édition 2012.
Films
L’Ardoise
Stephane Bonnefoi | 2011 | 50' | France
L’Ardoise, dans le Gard. Village ouvrier où j’ai passé les onze premières années de mon enfance. Un village dortoir, devenu fantomatique depuis la fermeture en juin 2004 de son usine-mère, coincée entre le Rhône et la voie ferrée : Rhône-Aciers. C’est ici que mon père et mon grand-père ont fait l’essentiel de leur carrière. Une carrière ouvrière, mais aussi politique et syndicale, ajoutant à l’atmosphère dense de cette enclave industrielle une dimension de lutte mais aussi de menace ; une gravité qui n’échappa pas à l’enfant que je fus…
D’arbres et de charbon
Bénédicte Liénard | 2012 | 58' | Belgique
De génération en génération, la famille de Bénédicte Liénard a pris soin d’un petit bosquet au Borinage planté sur une ancienne fosse de charbonnage désaffectée. À l’annonce de la maladie incurable de son père, pour mieux comprendre ce qui la relie à son histoire, elle cherche des images. Multipliant les supports, traduisant des impressions, elle remonte librement aux origines de la famille. Voyageant dans ses souvenirs les plus intimes, elle s’éloigne parfois de ces arbres plantés sur cette terre de charbon.
Séances
mercredi 5 décembre 2012 à 20h00
Espace Jean Vilar - salle 1
- L’Ardoise
Stephane Bonnefoi | 2011 | 50’ | France - D’arbres et de charbon
Bénédicte Liénard | 2012 | 58’ | Belgique

