Quatre autoportraits

Le rêve (2′)
Je ne savais pas que le clitoris était divisé en huit parties…
Enceinte (3′)
J’annonce au téléphone à mon ami Jean-Michel que je suis enceinte…
La vie heureuse (3′)
Inventaire de tout ce que je n’ai jamais fait. Regrets ou soulagement ?
De la vie heureuse (3′)
Minauderie expérimentale avec ours en peluche.

Vacances Prolongées

Vacances Prolongées

En octobre 1998, à Paris, le cinéaste Johan van der Keuken apprend qu’il est atteint d’un cancer. Interrogé, le médecin lui donne un an de vie. Sur la suggestion de sa femme Nosh (qui est aussi l’ingénieur du son de tous ses films), il décide de s’octroyer « Quelques belles journées ». Il part en voyage, emportant cette fois, une petite caméra DV…

Ensemble, ils décident de consacrer le temps précieux qui leur reste à regarder et à écouter. Leur voyage les amène du Bhoutan en Afrique, puis à Rio et San Francisco. Johan van der Keuken considère le film dans lequel ils se lancent comme une chronique de sa vision personnelle du monde, rendue plus urgente encore par sa maladie.

Un film quête, un film méditation, un « fleuve filmique » initiatique qui parle de l’état du corps, de l’état du monde, de l’état du désir. Amsterdam, Bhoutan, Paris, Kathmandou, San Francisco, Amsterdam… De l’annonce à la rémission.

« Le film tout entier est une quête pour découvrir le vertige du néant, dans l’espoir qu’il a une raison d’être, qu’un plus grand dessein est à l’œuvre derrière lui. On pourrait dire que le sens de tout cela se trouve dans le mouvement lui-même, dans le regard qui distingue ce mouvement et le capte pour le transmettre à autrui. Cette magie-là peut suffire à créer un univers entier, même s’il ne s’agit que de “magie mineure”. »…

« J’ai inséré dans le film des moments de repos. Comme dans ce couvent au Bhoutan, où je tente d’exprimer une sorte de méditation par l’image et le son. À un moment donné, je ne filme que la lumière, comme elle touche le sol en bois du couvent. On entend toujours les chants des moines, mais on ne voit que cette lumière. Ainsi, on rend le temps fluide, épais comme de la mélasse. J’aime cet apaisement, justement parce qu’il y a beaucoup de vacarme dans mes films. Des mouvements ondulatoires de vacarme à silence ou de raison à folie, je les trouve importants. Mes films ont besoin de cela. Un film librement composé doit être encore mieux structuré qu’un film avec une histoire. D’autres éléments doivent fournir les liens. » …

« Près de Mopti, ville du pays voisin, le Mali, le Bani conflue avec le Niger. Je connaissais ce lieu pour l’avoir vu en photo et en film. Des images nébuleuses qui suggéraient un espace immense, grouillant de vie. Vie, espace, immense – ces mots signifient tout et rien. Mais j’étais attiré par eux : par le fleuve humain… » …

« Il m’a semblé émouvant de photographier tous les enfants de ce village, des enfants qui doivent manger de cette terre aride et rigide…  105 prises de vues, l’une après l’autre. Notre accompagnateur Burkinais, l’acteur de cinéma Razo Ouédraogo, a dit, en pointant sur tous les enfants qui s’ébattaient dans ce village : “Tu vois bien que c’est impossible, ces taux de naissance élevés dans un environnement tellement pauvre”. »

Et alors je me suis dit : « je les photographie tous. C’est une transformation lyrique d’un simple fait statistique. J’ai toujours fait ces choses-là, mais avant j’aurais peut-être encore dit quelque chose sur la surpopulation, en regard de cette séquence » …

« Le film est un livre des morts. De toute façon, je n’y apparais pas. Il est conçu pour me survivre, ne serait-ce qu’un bref instant. Mais tôt ou tard, ils seront tous morts, les êtres et les animaux qui ont donné leur vie à nos images. Mais ils seront dans ce livre, et on pourra les lire et ils ressusciteront, sans moi. Ou ils resteront endormis, à titre d’information, sans aucun souvenir de moi. » …

« À la fin, j’ai eu envie de revenir au thème du fleuve d’une manière plus contemplative, plus ample.

Le fleuve comme symbole de mouvement et de continuité, comme lieu de rencontre et artère économique. Le fleuve comme limite-frontière entre la vie et la mort. La musique de Ab Baars donnera sa respiration à cette conclusion. Ce n’est plus l’Afrique mais les grands fleuves de Hollande, où se croisent transbordeurs pétroliers, péniches et porte-conteneurs.

D’énormes embarcations dont les silhouettes pareilles à des êtres étranges, des monstres, des esprits, des divinités inconnues, apparaissent et disparaissent dans le silence du rêve… »

That’s the way life is

À Johannesburg, un groupe de jeunes sud-africains revit l’apartheid – mémoires de ghettos, rêves d’espoirs. Entre peur et pouvoir, c’est dans leurs racines que les sud-africains puisent leur force.

Ce film se veut un hommage au combat le ces hommes pour la liberté. Neuf mois d’implication personnelle dans les ghettos et squats de Johannesburg permettent de toucher au cœur les traces laissées par l’apartheid dans la communauté noire. Ces films s’introduisent dans les jardins secrets d’autrui et nous invitent à prendre en compte les blessures fossilisées pour leur donner valeur de scarification rituelle. Comme un conte, ce film est une réalisation à caractère poétique qui permet de faire tomber les préjugés et de laisser s’effondrer les pans de murs que l’humanité confuse élabore. Quatre-vingt minutes d’images sans dialogues où la musique a son propre discours.

Fight for life

Une équipe française a élaboré pendant neuf mois avec des artistes sud-africains un spectacle chorégraphique et musical. Par leur expérience personnelle, quatre de ces artistes nous introduisent à la réalité quotidienne des communautés noires des Town Ships. Ici la sincérité fait appel à l’authenticité… L’âme vibre…

A comme Adrienne

« Ce film est un cadeau. Cadeau fait à une dame. Une dame que j’aime et qui m’aime.

Adrienne n’est pas ma mère. Elle n’est pas juive. Elle a soixante-dix-sept ans, l’âge limite pour lire les aventures de Tintin. Je l’ai rencontrée il y a cinq ans. Elle est venue voir mon film Leçon de vie et puis d’autres, et nous avons commencé à nous fréquenter. Un soir, elle a commencé à raconter un conte persan.

Je lui ai dit que j’étais intéressé à venir filmer la semaine suivante. Le récit du conte fut filmé intégralement ainsi que la musique accompagnatrice, iranienne comme de bien entendu. Par la suite, j’ai beaucoup filmé Adrienne et elle est apparue dans plusieurs de mes films. Un moment j’ai eu le désir de lui consacrer un film-portrait : Adrienne de A à Z. Il aurait pu s’intituler Ma vie est un conte : entre la vieille dame qui “aime faire plaisir” à Babar et la Vieille Dame indigne de Bertolt Brecht, Adrienne se profile comme une fée bienfaisante.

Le film se décline en sept leçons et quelques digressions. Le film se termine par un conte. Un conte à tiroirs, comme on en trouve dans les Mille et une Nuits. Tout le film l’annonce. La vie d’Adrienne n’est-elle pas elle-même un conte ? »

Boris Lehman

Sans elle(s)

Parler de la prison au travers de l’absence est une façon d’aborder la question de la peine, de l’enfermement carcéral, celui de la rupture sociale obligée qui exclut le regard de l’autre, altère la relation sociale et affective, et donc éloigne de soi. L’absence crée la distance entre soi et le monde, engendre l’angoisse, fait surgir la présence du désir et provoque le repli sur soi pour y échapper.

Le film se déploie autour de sept séquences proposées par les hommes détenus. Ils s’approprient l’espace cinématographique en contrepartie d’une reconnaissance identitaire qui leur est refusée. Chacun a fait la proposition de raconter selon son âge, sa sensibilité, sa situation familiale, un moment particulier de l’absence de l’autre, absence au féminin, qui le touche particulièrement dans cet univers homosexué.

Ces séquences sont reliées par des paroles croisées recueillies au cours d’entretiens de ces hommes incarcérés et des femmes qui vivent l’absence de l’autre côté du mur. Ces paroles vibrent sur des séquences qui nous plongent dans l’univers carcéral en marquant le temps de la prison, en soulignant le détail devenant obsession, en évoquant la pensée circulaire propre à l’enfermement, en signifiant la résistance, en cherchant la trace…

Mais elles sont aussi données à écouter sur des séquences qui ne nous laissent pas nous installer dans cet univers mais nous rappellent à notre place, celle de citoyen « libre » afin de rendre visible la rupture entre le monde carcéral et le monde civil, monde dans lequel reviendront un jour ces hommes incarcérés.

Anne Toussaint, Hélène Guillaume

Ipousteguy, l’âge de la décision

En l’an 2000, Ipoustéguy célèbre ses quatre-vingt ans. C’est l’heure du bilan pour ce génie de la sculpture, un maître pourtant encore méconnu. Ce film est aussi la mise au point sur une relation d’amitié entre le sculpteur et le réalisateur, histoire commune qui débuta il y a près de quarante ans et qui a déjà donné lieu à de nombreuses rencontres et collaborations entre les deux artistes. Le film met en correspondance les pensées intimes, les événements qui l’ont marqué et l’œuvre d’Ipoustéguy.

La Vie immédiate (Journal # 0)

Ce film est le souvenir ou le rêve d’un temps mythique : le temps d’avant le langage, qui est la chute de l’homme et l’instrument de sa séparation d’avec le monde. Pour celui qui parle, cette préhistoire s’appelle l’enfance.

Sans tambours, ni trompettes

Ce film retrace, en mêlant images de making off et images de fiction, l’aventure d’un groupe d’étudiants, aiguillé par Xavier Durringer (réalisateur) et Matthieu Vadepied (chef opérateur), travaillant à l’élaboration d’un film. Nous les suivons à travers diverses étapes : exercices de plateau, écriture du scénario, repérages, répétitions, tournage…