Quand il était petit, sa mère lui avait dit que rien n’était plus sûr qu’une centrale nucléaire et qu’il n’y aurait jamais d’accident. Adulte, il se demande encore si elle avait dit ça pour le rassurer ou si elle pensait vraiment ce qu’elle disait…
Pierrelatte, un site sécurisé, les joies exotiques de sa ferme aux crocodiles…
« L’autorité de sûreté nucléaire a sévèrement épinglé l’organisation de l’usine
Comurhex de Pierrelatte du groupe Areva, a révélé le réseau Sortir du nucléaire. Lors d’une simulation d’accident, en août, il a fallu 39 minutes pour prévenir la préfecture de l’“accident”. La direction de l’usine affirme que des mesures ont été prises « pour avoir une réponse beaucoup plus rapide. », Libération, 17 novembre 2004
Efremov, lettre d’une Russie oubliée
Le Fantôme Efremov
Tchekhov fait une brève mention d’Efremov. Mais cette mention n’en finit pas de retentir dans notre mémoire. Ce qui caractérise Efremov, dit-il en substance, c’est sa saleté et sa léthargie. Un siècle plus tard, Iossif Pasternak est allé voir. Il a introduit sa caméra entre les plis d’une Histoire qui semblait avoir anesthésié à jamais les âmes, les volontés, les corps, les sourires. Il a rencontré des fantômes. Il les a interrogés. Il a réussi à nous donner des nouvelles que nous n’attendions plus.
Avec Ivan
« D’origine yougoslave par mon père, j’ai longtemps cherché un lien fort avec ce pays qu’il avait fui pour des raisons politiques. Mon père s’était persuadé que je ne pourrais jamais comprendre, et moi, je me persuadais qu’il refusait de me parler, de me transmettre… De cette histoire singulière, je conserve des images, des souvenirs de plusieurs voyages là-bas. Autant de preuves, de témoignages de mon appartenance à ce pays, que j’ai décidé de rassembler : c’est le regard d’un Français sur ses origines, sur sa relation avec son père. Identité, déracinement, filiation, autant d’interrogations personnelles qui croisent l’histoire tragique de la Yougoslavie. »
La Terre a promis au ciel
« La Terre a promis au Ciel de ne jamais rien lui cacher » dit un proverbe musulman qui résonne aujourd’hui dans les couloirs du Tribunal Pénal International de La Haye. Une action de grande envergure permet enfin de rechercher les 27 731 personnes disparues lors du conflit en Bosnie-Herzégovine. Shida dessine inlassablement les portraits de ses cinq fils portés disparus. Comme des milliers de femmes de Srebrenica, elle vit dans ses souvenirs et manifeste pour que justice soit rendue. Eva, Amor et Jasna, elles, doivent suivre le douloureux processus de recherche et d’identification des corps : dépasser l’horreur pour rendre à l’homme dignité et justice.
La Chasse au lion à l’arc
« Les chasseurs Songhaï sont une caste héréditaire, eux seuls ont le droit de tuer le lion. Les bergers ne peuvent que lui lancer des pierres pour le faire fuir. Les Peul estiment que le lion est nécessaire au troupeau, et ils savent identifier chaque lion à ses traces. Mais quand un lion exagère, quand il a mangé trop de bœufs, il faut le supprimer, parce que c’est un lion tueur. » Jean Rouch a suivi les chasseurs Gao de la région de Yatakala, au Niger, de 1957 à 1964. Le film retrace les épisodes de cette chasse où technique et magie sont intimement liées.
La Pyramide humaine
D’après le poème de Paul Éluard, le problème des relations entre Blancs et Noirs en Côte d’Ivoire, à la fin des années cinquante : des jeunes africains et européens du lycée d’Abidjan essaient d’aller les uns vers les autres. Cet effort de compréhension se heurte à leurs préjugés respectifs.
« Pour moi la seule façon de faire un film est la méthode d’approximations successives. Il n’y avait pas à proprement parler de scénario ou de dialogue, mais une improvisation continuelle devant les caméras. Je suggérais un thème aux jeunes, et la caméra tournait sans arrêt pendant toute une bobine de film, c’est-à-dire dix minutes : la caméra n’était pas un obstacle à l’expression, mais au contraire le témoin indispensable qui motivait cette expression. »
Ils jouaient « des personnages qui n’étaient pas totalement ou pas exactement les leurs, dans une situation complètement inventée, elle, puisqu’une telle coexistence était impensable en temps normal ».
Cocorico ! Monsieur Poulet
Dans une 2CV bringuebalante baptisée Cocorico parce qu’elle reproduit le cri du coq quand elle arrive à démarrer, Lam, surnommé Monsieur Poulet, s’en va dans les villages de la brousse chercher les poulets qu’il vendra à Niamey. Il est accompagné par son apprenti Tallou. Un ami désœuvré, Damouré, se joint à eux, espérant faire des affaires juteuses. Mais le voyage est plein de péripéties, les poulets sont introuvables, le fleuve se met toujours en travers du chemin et une femme-diable ne cesse de leur jeter des sorts.
« Lam nous proposa de faire un film documentaire sur le petit commerce du poulet en brousse. Nous décidâmes d’en faire un sujet de fiction. C’est à ce moment aussi qu’est né un nouveau réalisateur, Dalarou, multinational et tricéphale : Damouré Zika Lam Ibrahim Dia, Jean Rouch. En fait, nous nous connaissons tous depuis plus de trente ans et notre société de “vieux cons” est devenue spécialiste d’histoires que nous racontons, assis sous l’arbre à palabres, en réinventant le jeu des cadavres exquis des Surréalistes. »
Un drôle de zouave à l’Alma
Dans la profondeur de la nuit, Luc et Laurent arpentent la ville déserte et les musées (Paris, Arles, Amsterdam). Ils remontent le fil de la vie d’Eugène Druet, cafetier et photographe amateur aujourd’hui complètement oublié. Pourtant. il fut le premier à photographier des œuvres, d’abord celles de Rodin, en 1896, puis de nombreux autres chefs-d’œuvres, de Van Gogh à Van Dongen, en passant par Picasso ou encore Matisse : une collection de quarante mille plaques de verre photographiques.
Une autre vie
Minsk, capitale de Biélorussie, hiver 1999. La neige enjolive à peine un pays à la dérive. Au troisième étage du collège musical d’état, dans un couloir ordinaire et sombre, un salon, avec un piano à queue recouvert de partitions et d’objets souvenirs en pacotille, un canapé, une bibliothèque, quatre ou cinq violoncelles, une télé, des tableaux, des portraits, de quoi écouter la musique et prendre le thé. Ici, Vladimir Perline enseigne le violoncelle à quatre jeunes musiciens. Jouer du violoncelle est un acte de création, au plus près du corps et des sens.
