Ann Macintosh a accompagné Rouch sur les lieux de sa vie : à Château-Thierry, à Marcilly, en Italie et dans des séminaires à la Sorbonne et à la Cinémathèque Française. Rouch se raconte, et discute avec de nombreux réalisateurs de ses amis, dont John Marshall et Colin Young.
Rouch premier film
Issue de la série « Les documentaristes », une comparaison de deux versions de Au pays des mages noirs (1946-47), son premier film, qui montre un rite de possession en pays dogon. Jean Rouch y improvise un nouveau commentaire…
Enigma
Z, un mécène, fait appel à A, faussaire de génie, pour qu’il réalise les tableaux de Turin que de Chirico aurait dû peindre lors de son séjour dans cette ville en 1911. Tentative d’approche d’un espace urbain fantasmatique à travers Nietzsche, qui passa ici les dernières années de sa vie avant d’être enfermé à l’asile, Alessandro Antonelli, qui construisit le Môle, édifice absurde justifié seulement par son immensité, et de Chirico, pour qui le court séjour à Turin devint un tournant vers la peinture métaphysique.
Hommage à Marcel Mauss : taro okamoto
Conversation dans l’atelier de Taro Okamoto, artiste japonais exubérant qui fut aussi l’élève de Marcel Mauss en 1938, pour rendre hommage à ce grand sociologue français. « L’art est une explosion. » Taro Okamoto
En une poignée de mains amies, fleuve qui par dessous les ponts, ouvre les portes de la mer
« En dégustant un vieux porto, je parlai avec Manoel des ponts du Douro, et tout de suite, nous fûmes du même avis : de tous ces ponts, la grande œuvre d’art, dans cette capitale de l’architecture moderne, était le pont que Gustave Eiffel y avait jeté avant de construire sa tour à Paris. En mois de cinq minutes, le projet fut construit : Manoel écrirait un poème que nous filmerions avec nos copains. Et comme dans tous les rêves d’enfants, nous le réalisâmes en moins d’une semaine, en sillonnant les rives du Douro à pied, en voiture, en hélicoptère, revenant sur nos pas, à la poursuite de nuages merveilleux, Manoel et moi hurlant les stances d’un poème inspiré par le vent, le fleuve et l’amitié. »
Le Beau navire
Petit essai autour de la tour Eiffel.
Faire-part musée Henri Langlois – cinémathèque française (8 juillet 1997)
« Ce film réalisé en un après-midi est une “promenade inspirée”, c’est-à-dire la découverte d’une exposition où j’improvise le commentaire. Les cinq plans-séquences successifs suivent l’ordre chronologique de l’Histoire du Cinéma tel que Langlois l’avait conçu il y a une trentaine d’années. Deux semaines plus tard, le Musée était dévasté à jamais par suite de l’incendie du Palais de Chaillot. Alors le petit bout de film que l’on a fait c’est un peu se souvenir. »
« Il faut essayer de tout conserver, de tout sauver. Les générations futures apprécieront peut-être ce que nous ignorons. » Henri Langlois
Bronx Barbès
À la lisière d’une grande ville, dans l’Afrique contemporaine, deux amis sans le sou, Toussaint et Nixon, passent leur temps à errer en quête d’un larcin à commettre. Responsables d’un meurtre accidentel, ils se réfugient dans le ghetto du Bronx et entrent dans les gangs, une société très codée : les « vieux pères » sont les chefs et les « fistons », qui font office de lieutenants, doivent encore faire leurs preuves. Dans cette quête initiatique, des acteurs professionnels interprètent les petits rôles, mais on a confié les rôles principaux à des gens de la rue. Le scénario a reçu l’aval de trois vieux pères, qui ont repris des scènes d’action, ajoutant des détails, suggérant des dialogues, dans la langue des ghettos, truffée d’anglicismes, le nouchi. Le documentaire a fini par surgir du dispositif fictionnel, soutenu par une longue enquête sociologique. Il s’agissait de « trouver une forme de justesse qui rende hommage à ce qu’ils sont sans abolir mon regard sur eux. »
Moi, un noir
La vie et les espoirs de jeunes Nigériens venus a Treichville, faubourg d’Abidjan, pour « faire fortune ». « Nous vous montrerons ce que c’est que la vie de Treichville, ce que c’est que Treichville en personnel » dit Robinson. Le travail qu’il faut chercher quotidiennement au port, le dancing Espérance, la plage, la boxe, les filles, la prison : le quotidien de ces immigrés dans une « fiction » improvisée où les personnages ont « le droit de tout faire et de tout dire ».
« Dans Moi un noir j’ai essayé de donner la parole à un Noir d’une certaine manière : j’ai écrit sous la dictée, j’ai servi de porte-plume. Mon but est de montrer la vie, non de la reconstituer. »
Le Dama d’Ambara, enchanter la mort
Tous les cinq ans, la société des masques des Dogons du Sanga, au Mali, organise un grand Dama, levée de deuil pour chasser la « chose dangereuse ». Les paroles de Marcel Griaule, qui avait observé et analysé cette cérémonie (le film a été tourné « livre en main » dit Rouch), et les images d’un mort, Ambara, se mêlent à celles des vivants qui célèbrent le mythe dogon, selon lequel dieu a donné aux hommes, en même temps, la parole et la mort.
