Deux îles aux confins de la Chine. Et deux familles dont la vie s’organise autour de la cour de leur maison. L’œil caméra observe et accompagne les rites du quotidien, ablutions et repas, travaux et prières, jeux et conversations, va et vient et relations entre les habitants du lieu. Fragments d’existence et archives d’un temps présent probablement destiné à disparaître ou se diluer dans la modernité. Un regard empathique sans nostalgie ni présupposé anthropologique mais qui restitue du temps, de la présence, des signes de vie. Un cinéma qui a le goût de celui des origines, sans angélisme. D. H.
Chambre de bonne
Pas plus de 9 m2 sous les toits. Au jour le jour, cela nécessite une véritable économie de mouvement. « Il ne faut pas faire de gestes brusques », avertit une jeune femme. Voilà pour le côté pratique de la chose. Car pour le reste, chaque chambre de bonne se différencie suivant l’imaginaire de son occupant. Filmés dans leur espace vital intime, cinq Parisiens se racontent.
Sensation d’enfermement ou de liberté. Bien-être ou déprime. Tout dépend de sa capacité à transcender le réel. Certains semblent bien dotés en la matière, comme cette dame qui prétend : « Mes amis n’ont pas la chance d’habiter vers le ciel ». M. D.
Asta E
Après Vienne, Bratislava, Budapest et Belgrade, et avant de se jeter dans la Mer Noire, le Danube traverse la petite ville de Sulina. À la frontière avec l’Ukraine, marais, Sulina vit coupée du monde. Thomas Ciulei s’y est rendu et a suivi le quotidien de trois générations d’habitants. La paupérisation, le combat permanent pour la survie, l’absence de futur : tout témoigne de la déliquescence de la Roumanie post-communiste. De quoi désespérer, si la caméra ne recelait pas un charme hypnotique, alliant humour noir et poésie des lieux. Au fil du temps, toute cette beauté se révèle. Le fatalisme d’Asta e (« C’est comme ça ») laisse entrevoir un possible Carpe Diem. M.D.
Une part du ciel
Une Part du Ciel raconte la résistance de femmes détenues et d’un groupe d’ouvrières en usine. En prison, Joanna s’obstine à interroger le pouvoir qui l’enserre. Assujettie à la chaîne de production, Claudine est rattrapée par le passé qui la lie à Joanna L’avocat de Joanna lui demande de témoigner sur ce qui a poussé son amie à la violence : accepter de témoigner serait dénoncer l’appareil syndical qui semble encore la protéger. Allers-retours entre usine et la prison. Entre l’intime et le politique.
Joanna plie, craque puis trouve la force d’affirmer encore et toujours le droit à la dignité pour elle et pour les femmes qui l’entourent. Claudine se redresse. Elle accepte de témoigner, conduit la lutte dans l’usine, et rejoint la radicalité de Joanna. Elle refuse le compromis proposé par la structure syndicale, et assume son exclusion. Deux femmes se révèlent dans la valeur du refus et donnent à leur amitié la possibilité de renaître.
Têtes aux murs
Ce film a été tourné entre l’été 1995 et l’hiver 1997. Il a écouté et accompagné la vie de quatre adolescents en institution et sous tutelle judiciaire. Adoptant le point de vue de l’adolescent, le film met en exergue la dichotomie entre sa parole et celle des institutions qui l’encadrent. Il met l’accent sur la rupture entre la justice et la réalité de ceux qu’elle voudrait aider. Les institutions ont-elles conduit Christelle, Gregory, Manu et Gaël vers l’âge adulte et donc l’indépendance ou ont-elles fabriqué des êtres dépendants ?
