C’est notre « Porte d’Orient ». La ville « foot ». Celle des passions exacerbées. La cité « star » du septième art, des pagnolades et des empoignades politiques dignes de Phocéa. Des nostalgies langoureuses, de la richesse du métissage mais aussi de la crispation intolérante. Enfilade de clichés en perle, de tous les excès. Jamais, en son miroir, aucun film ne saurait en restituer un reflet convaincant. À l’heure du choix… le puzzle s’impose.
Replonger dans sa mémoire, dans son histoire, dans ce que « la raison d’État » lui impose, dans la richesse de sa mosaïque culturelle…
Films
457 Marseillais(es) sur une chaise
Pierre Lobstein | 1995 | 24'
Portrait de deux « tribus » marseillaises : celle, maghrebo-gitane, de Bassens, une cité de transit… depuis trente ans, dans les Quartiers Nord et celle des comoriens, les plus nombreux parmi les récents arrivants de ce flux qui irrigue Marseille depuis vingt-cinq siècles.
Portrait dont la parole témoigne de vécus, celui d’un supposé ghetto, celui d’une supposée incapacité à l’intégration, dont l’une des qualités est bien cette réjouissante énergie démocratique (comités des quartiers, associations) se nourrissant d’une longue tradition villageoise, pour les comoriens, ou d’une lutte contre leur propre abandon… par la société civile, pour Bassens.
À l’aune d’une valeur que notre monde contemporain a quelque mal à pratiquer : la solidarité… Et ce, dans la lumière revendiquée : la beauté.
Qu’alors cette parole démocratique et « tribale » ait été « appelée » – plutôt que « cadrée » – par des artistes dont deux artistes indiens américains, « archétypes » universels de l’homme tribal hollywoodien, quoi de plus normal puisqu’il s’agissait bien de retourner quelques clichés dans ce très vieux port ou cent vingt-huit tribus, un jour, ont entonné, ensemble, un chant nouveau : La Marseillaise…
Écoute, respect… voilà peut-être les deux notes fondamentales d’un nouvel hymne à travailler dans son écho originel et universel…
Que son air se doive d’être beau mais moins martial qu’un autre… sans nul doute, et c’est à notre sens, le moins que puissent faire des artistes, ensemble, aujourd’hui… Parole d’humanité ! Marseille(s) s’en voudrait un humble écho… où ont résonné en sympathie, sens musical compris.
Au nom de l’urgence
Alain Dufau | 1993 | 76'
Entre 1945 et 1975, pour répondre à la crise du logement, Marseille, comme beaucoup de villes, développa les grands ensembles, les cités provisoires, de transit ou d’urgence. En contrepoint de la chronique officielle des archives, le film évoque, cherche et partage les questions et les espérances, de ceux qui ont vécu cette épopée, de ceux qui, un temps, ont cru pouvoir résister à l’emballement de la machine à construire.
« Au lendemain de la guerre, de ses lacérations, pour des milliers de marseillais, il fallut trouver un toit, un abri. Mais alors que de tout temps c’est rue à rue, pierre à pierre, que se construit la ville, le Grand Ensemble de logement bien à l’écart, s’impose comme un modèle, Je ne pouvais pas croire que tous, unanimement, aient chanté les louanges du moderne béton, de l’avenir radieux. Je ne voulais pas croire que la mise à l’écart ait été par tous accepté, que personne ne se soit autorisé à penser, proposer, autre chose… Chercher, écouter, ceux qui peu nombreux ont refusé la course à l’irréparable… Rouler, encore rouler, condamné au porte à porte du représentant de commerce. Le seul vrai commerce de la ville, le commerce de l’autre… », Alain Dufau
Deux hommes à Bassens
Pierre Lobstein | 1995 | 33'
Ou la rencontre entre le poète indien américain Joe Dale Nevaquaya et l’artiste plasticien Malik Ben-Messaoud au cœur de la cité « de transit » de Bassens : « ces cages à cochons faites pour six mois… et toujours debout trente ans après ».
Graines au vent
Paul Carpita | 1964 | 17'
Suivre la journée d’un « poulbot » marseillais, qui n’ira pas en classe, parti sur la route du soleil comme le plombier zingueur de la fête continue. Graines au vent raconte cette beauté terrible et rebelle, celle du cancre qui lance le cri d’anarchie, dont il n’a pas conscience.
Petit, dégourdi, l’enfant d’un après-midi croise au hasard tout son bonheur à venir, sur le pont des marchandises.
Les pétroliers, en cale sèche, les bateaux pleins de chevaux en partance pour les abattoirs, le jeu des ouvriers s’amusant à apprendre au garçon les gestes du travail des grands.
Dans le premier métier de Carpita, enseignant, ses collègues lui envoyaient les cancres, disant qu’il savait en faire quelque chose. Lui, rappelle que sur du béton, les graines poussent moins bien que sur un peu de terreau.
L’Heure exquise
René Allio | 1981 | 60'
C’est une recherche des racines dans une ville-labyrinthe campée au bord d’une mer originelle. Ce film n’est pas « un documentaire » annonce d’emblée Allio, mais une exploration sentimentale, une déambulation poétique dans la mémoire et les traces. C’est à une lecture intime de la ville à laquelle nous sommes conviés. Du vieux cinéma Kursaal aux « traverses » où se rencontraient les amoureux. Du quartier du Panier, l’image encore vivante « d’un port provençal du XVIIIe siècle » à la Canebière et au Vieux-Port, là où la ville est « le comble d’elle-même, le lieu de l’échange ». D’abord peintre et scénographe, René Allio est ainsi devenu le « conteur d’histoires qui souhaite laisser des traces ». Cet enfant d’émigrés piémontais et de ruraux provençaux qui en puisant dans le roman familial fait émerger à nouveau l’âme de cette ville de transit des cultures. Où l’émigré, « celui qui vient d’ailleurs, trop pauvre et parce qu’il fallait partir » se ressent « soi-même un passage, un entre deux et parfois une instabilité… »
Marseille sans soleil
Paul Carpita | 1960 | 17'
« Pour mémoire «. Film dans le film est tourné par une petite équipe. Le sujet : parler de Marseille et de l’ami mort à la guerre d’Algérie, celui-là même qui a écrit le scénario.
Paul Carpita se souvient que son père docker lui fit connaître sa ville natale, qu’à Marseille chez les dockers, revenir à la maison la gamelle pleine signifiait, pour le journalier, une journée sans embauche.
Marseille, sans soleil, c’est pour l’auteur, l’absence de maquillage et de clichés.
Si Marius et César sont présents, ils le sont de manière dérisoire. Film tourné à la vitesse d’un jour, qui n’a que vingt-quatre heures, l’histoire rebondit, sans cesse, entre le souhait et la réalité.
Dire l’amour pour un endroit qui a une âme que l’on ne voit pas. Penser rues, ruelles, avenues, boulevards sans s’y attarder,regarder le vieux port et la place aux huiles en 1960 alors que, de l’autre côté de la Méditerranée, c’est la guerre sans nom.
La Peste, Marseille 1720
Michelle Porte | 1982 | 51'
Sur le Grand Saint-Antoine, navire marchand venant du Levant, des cas de peste se sont déclarés. Pourtant, à l’entrée du port de la Joliette on enfreint le règlement de quarantaine… Un des propriétaires de la cargaison est un des premiers échevins de Marseille et « Les liaisons du sang, de l’amitié et de l’intérêt… » La maladie est aux Infirmeries et maintenant dans la cité, mais il faut « sauvegarder le commerce » de la troisième ville de France. Les médecins consultés parlent d’une fièvre maligne ordinaire. Las, l’épidémie explose, se répand, s’enfle, porte la désolation partout, provoquant la terreur et la fuite de ceux qui le peuvent…
« Dans ce journal imaginaire, les personnages, les faits, les événements rigoureusement exacts jusque dans leurs moindres détails, sont extraits des chroniques et des documents de l’époque ». Michelle Porte renouvelle ici avec subtilité le genre du documentaire historique. En jouant de somptueux panoramiques glissants sur la ville et les peintures de Michel Serre.
En donnant à écouter la palpitante et navrante chronique contée par Dionys Mascolo, avec en contrepoint les lamenti du prophète Jérémie dans La chute de Jérusalem, une composition musicale de Delalande.
Rendez-vous avec Paul
Paul Carpita | 1996 | 110'
Rendez-vous avec Paul est un film comprenant cinq court-métrages en noir et blanc, La récréation, Marseille sans soleil, Demain l’amour, Des lapins dans la tête, Graines au vent. Paul Carpita y conte les conditions de leur tournage entre 1959 et 1964.
Rendez-vous sur les Quais de Paul Carpita retrace la grève des dockers de Marseille en pleine guerre « d’Indochine ». Le contexte politique étant ce qu’il est… le film est interdit et détruit dès sa première projection pour « menace à l’ordre public ». Ambiance… censuré et perdu jusqu’en 1989 donc. Automne 1996, sort le second long-métrage de ce jeune cinéaste de soixante-quatorze ans, Les sables mouvants : sur fond de Guerre d’Espagne, dans la Camargue livrée aux magouilleurs immobiliers et aux négriers… Ce cinéaste « empêché », perçu comme le chaînon manquant entre Renoir et la Nouvelle Vague selon les historiens du cinéma, dixit Annick Peigné-Giuly de Libération, n’en a pas moins cessé de tourner, passion oblige…
Trois hommes dans le bus n° 26
Pierre Lobstein | 1995 | 32'
Encore sous le choc du meurtre du jeune comorien Ibrahim Ali, trois jeunes témoignent… De la coutume, de la sagesse, de la solidarité, de la démocratie, de la musique… et de la diversité des opinions dans cette communauté marseillaise de cinquante mille personnes qui vit dans les Quartiers Nord et au Panier.
Séances
mercredi 4 décembre 1996 à 20h00
Auditorium
- L’Heure exquise
René Allio | 1981 | 60’ - La Peste, Marseille 1720
Michelle Porte | 1982 | 51’ - Au nom de l’urgence
Alain Dufau | 1993 | 76’ - Deux hommes à Bassens
Pierre Lobstein | 1995 | 33’ - Trois hommes dans le bus n° 26
Pierre Lobstein | 1995 | 32’
samedi 7 décembre 1996 à 14h00
Maison Doisneau, Gentilly
Les films dialoguent en vis-à-vis et en boucle avec « 365 citoyens, Gentilly » (20') produit par Son & Image en 1989.
- 457 Marseillais(es) sur une chaise
Pierre Lobstein | 1995 | 24’ - Rendez-vous avec Paul
Paul Carpita | 1996 | 110’
samedi 7 décembre 1996 à 14h15
Salon vidéo
- Deux hommes à Bassens
Pierre Lobstein | 1995 | 33’ - Trois hommes dans le bus n° 26
Pierre Lobstein | 1995 | 32’
samedi 7 décembre 1996 à 15h30
Salon vidéo
- Rendez-vous avec Paul
Paul Carpita | 1996 | 110’
dimanche 8 décembre 1996 à 14h30
Auditorium
- Marseille sans soleil
Paul Carpita | 1960 | 17’ - Graines au vent
Paul Carpita | 1964 | 17’

