Aux confins

Le nouveau monde qu’explore Stéphane Breton, après la Nouvelle-Guinée (Eux et moi), le Kirghizistan (Un été silencieux), et sa propre ville, Paris (Le Monde extérieur), est bien las, passablement décrépit et déglingué. Il semble oublié de cette Amérique, il y a peu triomphante, aujourd’hui bien déboussolée. Une référence surgit dans ce monde faulknérien : Samuel Beckett. On y attend l’eau comme chez l’ancien ami de Joyce, Godot. C’est un monde perdu, asséché, en marge des flux économiques, où seule la bière semble couler à flot. C’est un monde du deuil, où l’on solde l’héritage des pères, où l’on creuse des tombes au milieu du désert comme dans un western fordien, et où l’espoir peine à renaître, si ce n’est dans cette petite Liliane Gish qui arrose son champ, dans le plan final de La Maison vide. C’est aussi un peu l’esprit de L’Usage du Monde, collection que dirige Stéphane Breton et dans laquelle ont œuvré Julien Samani (Les Hommes de la forêt 21), Sergueï Loznitsa (Lumière du nord) et Wang Bing (L’Argent du charbon). Il s’agit de tisser le portrait d’une humanité décalée, d’aller là où les médias ne vont pas volontiers, sur les marges de notre monde dit globalisé. En deux mots : sortir des lieux communs. Assumer un regard et une écoute singulière – autrement dit une écriture ! Poser un cadre, prendre le temps du plan-séquence, comme sait si bien le faire Stéphane Breton, afin qu’une réalité « autre » advienne, et ce sans entretien, ni voix off. Par la seule grâce d’une présence, d’une rencontre.

Stéphane Breton
Né en 1959, Stéphane Breton est ethnologue et réalisateur de films documentaires. Il tourne ses films, seul, assurant la prise de vue et de son. Il a vécu plusieurs années chez les Wodani des hautes-terres de Nouvelle-Guinée, où il a réalisé Eux et moi (Les Films d’Ici et Arte, 2001, Prix des Écrans Documentaires). Spécialiste de la Mélanésie, il est membre du Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France et Maître de conférences à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, où il enseigne l’anthropologie et la sémiotique des images.
Il signe en 2006 un essai, Télévision, qui analyse froidement son système de représentation. En 2006, il est l’ordonnateur de l’exposition du musée du quai Branly, Qu’est-ce qu’un corps ?. En 2008 son court-métrage Nuages apportant la nuit est primé aux Écrans Documentaires.

Sergueï Loznitsa
Sergueï Loznitsa est né en 1954 dans la ville de Baranovilchi, en Biélorussie, partie intégrante de l’Union soviétique à cette époque. Après avoir étudié les mathématiques et la cybernétique, il s’est formé à l’Institut cinématographique de Moscou (VGIK) notamment avec la monteuse d’Andreï Roublev de Tarkovski. Il y coréalise ses deux premiers courts-métrages avec Marat Magambetov : Aujourd’hui nous construisons notre maison (1996), et La Vie, l’automne (1998). À partir de l’an 2000 il produit ses films avec le Studio du Film Documentaire de St Pétersbourg. Actuellement il développe outre des projets documentaires, des scenarii de fiction.

Films


Lumière du Nord

Lumière du Nord

Sergei Loznitsa | 2008 | 52' | France

En cette fin d’automne, juste avant que la nuit polaire n’ensevelisse tout, quelques heures de lumière par jour subsistent dans le village de Soumskiy Pozad, à mille kilomètres au nord de Saint-Pétersbourg, en Carélie, au bord de la Mer Blanche. C’est la Russie des forêts sans fin et des carrés de patates. Relié au reste du pays par une vague route boueuse et un morceau de voie ferrée, le village vit dans un temps suspendu et mystérieux. Les habitants, robustes et intransigeants, travaillent tranquillement : aucune nécessité autre que les conditions climatiques ne les presse. C’est la Russie heureuse, encore, et froide.


La Maison vide

La Maison vide

Stéphane Breton | 2008 | 52' | France

Dans les confins de l’Amérique du Nord, une petite communauté espagnole fondée au début du XIXe siècle survit, ou plutôt s’éteint tranquillement, au milieu d’une région aride rongée par la rouille, la bière et les vents de sable. Des carcasses d’engins agricoles et des cadavres de vaches jonchent la terre ingrate. Ce monde filmé à distance d’ivrogne donne une impression de déroute délicieuse. Le chaos des jours ordinaires d’un lieu vidé de tout ne rend pas l’existence plus difficile, mais plus légère.

Tourné en coulisses, du point de vue d’une caméra subjective, ce film raconte ses relations ambiguës et ses négociations d’épicier avec les gens de ce village perdu dans les montagnes.


Séances

dimanche 1 novembre 2009 à 19h30

Espace Jean Vilar - salle 1