Christine Baudillon
Christine Baudillon est née le 26 mai 1970 à Istres en Provence. En 1990, elle entre à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Marseille où elle pratique surtout la photographie. Puis elle commence à filmer. De 1998 à 1999, elle fait partie de la première promotion du Fresnoy (Studio National des Arts Contemporains à Tourcoing). Elle y réalise un film expérimental Sexless et le documentaire de création Les Sidérantes qui obtient le Grand prix du jury au festival Filmer en Alsace. En 2000, elle réalise avec le philosophe Philippe Lacoue-Labarthe Andenken, un court film en hommage au poète allemand Friedrich Hölderlin. En 2001, elle entreprend, toujours avec Philippe Lacoue-Labarthe, l’écriture du scénario Le 20 janvier, adapté de la nouvelle Lenz de Georg Büchner puis réalise une fiction, Je n’entends plus chanter la nuit avec la participation exceptionnelle de l’écrivain Roger Laporte. En 2002, elle rencontre le pianiste de jazz Siegfried Kessler, à qui elle propose aussitôt la réalisation d’un film, Siegfried Kessler A Love Secret.
La réalisatrice montpelliéraine, qui se prête régulièrement à l’art du portrait, réalise en 2008 celui de la contrebassiste Joëlle Léandre, et nous offre une fois de plus une expérience musicale et cinématographique singulière.
Hors Œil Éditions – Écran total : une autre édition
Après Gris Banal Éditeur et ses livres rares, François Lagarde s’est lancé dans l’aventure de la production et de l’édition numérique avec Hors Œil Éditions.
François Lagarde est éditeur et photographe. La liste des artistes et écrivains passés devant son objectif est impressionnante. On aura donc compris que sa grande préoccupation est le rapport qu’entretient la littérature avec l’image et inversement. Ce souci le conduit à la fin des années quatre-vingt-dix, à reconsidérer entièrement ce qu’est pour lui l’activité d’éditeur, et à fonder une nouvelle structure en 1999, Hors Œil Éditions, avec la réalisatrice Christine Baudillon et le créateur multimédia Lionel Broye. Les perspectives ouvertes à ce moment-là par le numérique persuadent ce grand amateur de livres d’abandonner l’édition papier pour une édition totalement numérique.
L’idée d’autonomie est centrale aux yeux des fondateurs de cette maison hors normes, puisqu’elle doit englober l’ensemble du processus, de la production, réalisation, post-production à la distribution et gestion des droits. Très vite, la petite équipe suscite des projets multimédia et audiovisuels auprès d’écrivains, artistes, musiciens et philosophes de leur choix. Lorsqu’on leur demande quels critères président aux choix des personnes à participer à ces expériences inédites, François Lagarde, Christine Baudillon et Lionel Broye répondent sans détour : « Leur complexité, leur courage, leur refus de jouer le jeu des médias et leurs exigences exemplaires. Seuls les « irréguliers » et les inclassables nous touchent au plus profond, car bien souvent ils sont sans concessions ». Le catalogue témoigne déjà en effet d’une forme de complicité. La collection Proème de est effectivement conçue comme des introductions à des univers en retrait, que la télévision, pour des raisons de durée et forme de montage, ne saurait aujourd’hui présenter. « Depuis cinq ans, nous avons préservé notre autonomie de production afin d’éviter les gabarits imposés par la télévision. Parce que nos formats garantissent un temps de parole indispensable à l’expression d’une pensée. Parce que nous pensons que le DVD et le DVD-rom, en proximité ou en extension de la littérature et du cinéma, peuvent répondre à la demande de nombreux lecteurs et restituer, au-delà du divertissement, la richesse d’une parole ou la profondeur d’un portrait ». Pour l’équipe Hors Œil, l’image doit respecter la rigueur et la profondeur du travail présenté, par la justesse du cadre et de la lumière. Mais l’intention qui préside à ces expériences est aussi de savoir s’ouvrir à l’inédit, dévier de l’idée de départ pour aboutir à de l’inattendu.
Frédéric Joly
Article paru dans la revue languedocienne Septimanie
Films
Joëlle Léandre Bassecontinue
Christine Baudillon | 2008 | 140' | France
Joëlle Léandre, contrebassiste, improvisatrice et compositrice est une des figures importantes de l’improvisation libre. Formée à la musique d’orchestre et à la musique contemporaine, elle joue plusieurs années au sein des ensembles Itinéraire, 2e2m ainsi que l’Intercontemporain de Pierre Boulez. La contrebasse, compagne d’une vie vouée à la musique, est décrite par l’instrumentiste comme un appel venu de l’adolescence, une attirance pour les profondeurs et la gravité – celle des sons et celle, plus concrète encore, qui permet de se tenir debout, en équilibre précaire, sur la sphère terrestre.
Christine Baudillon ne s’est pas trompée : dès les premières images de son portrait, elle cadre serré un corps large, rond, amoureusement arc-bouté sur une pièce de bois non moins ronde, large, dansant elle aussi sous les coups d’archet et les allers et retours de la main sur son cou. Dans une réalisation sobre, tout en plans fixes, la cinéaste offre un idéal contrepoint à l’énergie débordante de son sujet.
La jeune réalisatrice montpelliéraine, qui se prête régulièrement à l’art du portrait, y suit Joëlle Léandre en diverses sessions live, de Paris à Tel-Aviv en passant par Oakland, Ramallah, et saisit d’intenses moments de jeu où se croisent nombre de figures de la musique improvisée : Fred Frith, Barre Philipps, George Lewis, Anthony Braxton, Daunik Lazro, Lauren Newton, Jean-
Luc Cappozzo ou encore Jean-Claude Jones. Entre deux avions, Christine Baudillon capture son volatile sujet et le fait parler : de ces entretiens se dégage une philosophie de vie mûrie par le travail sur l’instrument. Et sur ses terres du sud de la France, dans un jardin dont elle amasse l’herbe fraîchement coupée, Joëlle Léandre apparaît telle qu’elle se décrit : une travailleuse du son,
une paysanne des notes, revenue de toutes les virtuosités pour simplement se laisser traverser, avec son instrument, par le flux de la vie.
Siegfried Kessler A love secret
Christine Baudillon | 2004 | 56' | France
Siegfried Kessler, pianiste de jazz hors normes, vit depuis plus de vingt ans à La Grande-Motte sur un voilier de course amarré au bout du ponton F. « F comme fa dièse » aime t-il préciser. Son bateau, c’est toute sa vie, c’est son amour. Il pourrait aussi bien dire, comme Novecento le pianiste d’Alessandro Barrico, « La terre, c’est un bateau trop grand pour moi. C’est un trop long voyage […]. Pardonnez-moi. Mais je ne descendrai pas ». Si Kessler est un grand marin, il est aussi un très grand pianiste de jazz. Les touches de son piano vibrent comme un nuage d’argent qui s’ouvre et déverse sa fureur. Kessler prend la mer autant que possible, c’est un fou du grand large. Mais « on n’est pas fou quand on trouve un système qui vous sauve ». Ce portrait filmé, une improvisation libre, a été tourné pendant près d’une année par Christine Baudillon.
Séances
jeudi 29 octobre 2009 à 17h30
Espace Jean Vilar - salle 1
- Siegfried Kessler A love secret
Christine Baudillon | 2004 | 56’ | France
jeudi 29 octobre 2009 à 21h30
Espace Jean Vilar - salle 1
- Joëlle Léandre Bassecontinue
Christine Baudillon | 2008 | 140’ | France

