Pourquoi filmez-vous le réel ?
Parce que le monde m’emmerde, Les gens m’ennuient, Ils mentent Ils se bagarrent sans cesse, ne sont jamais contents. Alors, pour ne pas devenir misanthrope, misogyne, raciste, replié sur moi-même, chiant, cynique, pédagogue, informateur triste ou esthète, J’y vais. Je vais voir l’autre, histoire de me dire que j’en suis de ce monde, que l’en suis pleinement. Frapper à la porte de l’autre, à la porte de celle ou celui qui ne vous attend pas, c’est d’abord lui raconter une histoire pour qu’il vous en raconte d’autres. Ma modestie égoïste en prend un coup, ma timidité aussi et je ne vous parle pas de mes certitudes. C’est à ce moment-là que l’énergie bordélique du réel prend le dessus. Pour moi, filmer le réel, c’est tendre vers cette impro magique. J’en sors, je suis fourbu. Le monde n’est pas plus beau, mais je suis heureux d’avoir joué avec l’autre et de pouvoir partager cette quête, une quête jamais inassouvie. Alors, filmer le réel, c’est tenter de créer quelque chose d’inutile et d’indispensable. C’est tout ce que les potentats n’aiment pas. Eux, ils veulent de l’utile et du dispensable. Me confronter au réel et à son désordre, le filmer, en jouer, en faire un spectacle, c’est une jolie façon, je l’espère, de m’opposer au maintien de l’ordre et peut-être de me sentir partie prenante de ce monde qui ne cesse de m’emmerder.
Quelle a été le point de départ du film ?
Pour moi, l’envie de raconter cette histoire a été motivée par la nécessité de comprendre, d’aller me confronter au vécu du réel, Lorsque j’ai appris par la presse la bavure policière et ses conséquences à Toulouse, je n’ai pas hésité à m’y rendre.
Et le travail avec les acteurs pendant le tournage ?
L’idée de faire raconter l’histoire par ceux qui l’ont vécue est la base de mon travail de documentariste.
Documentaire ? Fiction ?
Le principe du film repose sur une double rigueurs d’une part, il s’agissait de tourner dans les lieux où se sont passés les faits le plus exactement possible, même si certains n’étaient pas beaux, même si les conditions étaient difficiles, d’autre parties acteurs connaissaient l’histoire puisqu’ils en avalent été les auteurs. Avant de démarrer une scène, ils étaient informés du thème de la séquence. À partir de là, il s’agissait pour eux et pour nous, l’équipe de cinéastes, d’improviser comme des jazzmen.
Films
Le Bruit, l’odeur et quelques étoiles…
Éric Pittard | 2002 | 106' | France
Par une froide nuit d’hiver, un jeune adolescent est tué à bout portant par un policier lors d’une tentative de vol. Ce gosse de dix-sept ans s’appelait Habib et tous ses copains de la cité dans laquelle il vivait à Toulouse le surnommaient Pipo. À l’annonce de cette tragédie, la cité s’embrase : quatre jours d’émeutes, une répression policière extrêmement importante. Lorsque l’émotion et la colère retombent, un groupe de jeunes, parallèlement à l’enquête judiciaire, tente de réclamer justice jusqu’au moment où ce groupe de copains, lassé de toutes les promesses non tenues, entre dans une spirale de folie qui va les conduire de la cité à la prison.
Trois garçons, la République, une bavure policière, un pays où tout va bien tout va mal. Une œuvre chantée par Zebda, une histoire actuelle, une tragédie. Un film de cinéma pour dire et chanter comment on peut être français, vigilants, différents et bien ensemble.
Séances
mercredi 20 novembre 2002 à 14h30
Espace Jean Vilar - salle 1
- Le Bruit, l’odeur et quelques étoiles…
Éric Pittard | 2002 | 106’ | France
mercredi 20 novembre 2002 à 20h30
Espace Jean Vilar - salle 1
- Le Bruit, l’odeur et quelques étoiles…
Éric Pittard | 2002 | 106’ | France
dimanche 24 novembre 2002 à 14h00
Espace Jean Vilar - salle 2
- Le Bruit, l’odeur et quelques étoiles…
Éric Pittard | 2002 | 106’ | France

