Le Festival Panafricain d’Alger 1969, long-métrage rarement projeté sinon introuvable, du célèbre photographe William Klein, fut projeté en juillet dernier à la faveur de la seconde édition du Festival culturel panafricain d’Alger, exactement 40 ans après la date du tournage.
Juillet 1969 – au plus près des artistes et des troupes d’un festival resté dans les annales, le film se nourrit d’archives des luttes d’indépendance et d’entretiens avec des représentants de mouvements de libération (MPLA, PAIGC, Frelimo, ANC), mais aussi d’écrivains et d’essayistes africains ou caribéens comme le poète haïtien René Depestre ou le linguiste sénégalais Pathé Diagne. Le film, qui donne à voir un impressionnant public d’hommes, de femmes et d’enfants curieux et enjoués dans une ville en liesse, se termine par une séquence flamboyante avec Myriam Makeba, suivie par une improvisation du sextet d’Archie Shepp, gagné par la fièvre de percussions et de ghaitas d’un ensemble de musiciens algériens.
William Klein
Peintre, photographe, cinéaste, graphiste, promoteur d’un art de la libération qui fait de la ville le grand théâtre d’une création protéiforme, Klein s’est toujours évertué à miter les genres et les supports. Établi de longue date en France, ce fils d’immigrants Juifs est né en 1928 à New York. C’est en 1947 que l’étudiant en sociologie qui voulait devenir peintre s’éprend de Paris oủ il effectue un premier séjour alors qu’il est mobilisé en Allemagne. Wiliam Klein entre ensuite dans l’atelier de Fernand Léger et réalise une première exposition à Milan et Bruxelles en 1951. « Fernand Léger m’a fait-comprendre, dira Klein, que la peinture était anachronique, qu’elle engendrait des œuvres ridiculement précieuses et chères. La photo me parut alors le meilleur moyen de restituer mon époque. » De retour à New York en 1954, il entreprend un journal photographique qui constituera la matière de son fameux livre en noir et blanc sur la ville. Dès le début, Klein a une approche très personnelle de la photo qui tourne résolument le dos aux conventions alors en vigueur. Photos décadrées, bougées, visages flous, têtes coupées, dont il rappelle qu’« il y a presque toujours quelqu’un qui regarde l’appareil ». « Ce que les pros auraient jeté au panier, soutiendra-t-il, était pour moi un matériau excitant ». Ne trouvant pas d’éditeur, c’est Chris Marker, alors directeur de collection aux éditions du Seuil qui décide de le publier. C’est à cette époque qu’il signe un contrat avec le magazine Vogue auquel il collabore de 1955 à 1965. Il fait en outre la connaissance de Fellini qui prépare Les nuits de Cabriria. À Rome, il réalise des photographies dont il fera un livre en 1957. Il publiera également un livre sur Tokyo en 1962 et Moscou en 1964. En 1958, il réalise, Broadway by Light, un film expérimental porteur d’une vision du monde devancière des peintures de Warhol, de Lichtenstein et du Pop Art. « Klein a cerné, estimait le critique Alain Jouffroy, tous les thèmes traités par la suite dans la perspective du Pop Art, du Nouveau Réalisme et de la Nouvelle Figuration ». À l’édition 1963 de la Photokina de Cologne, William Klein est désigné comme l’un des trente photographes les plus importants de l’histoire. À partir de 1965, William Klein va se consacrer au cinéma. Outre Qui êtes-vous Polly Maggo (1967), dans lequel il dresse un portrait virulent du milieu de la mode, il collabore à Loin du Vietnam en (1967), avec Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Joris Ivens, Claude Lelouch et Alain Resnais. Il poursuit l’année suivante avec une farce sanglante sur l’hégémonisme américain à travers Mister Freedom qui met en scène un justicier d’opérette. Après Muhammad Ali The Greatest, entrepris à Miami en 1964 et bouclé dix ans plus tard à Kinshasa au Zaïre, avec le combaat victorieux contre George Foreman, Klein tournera également The Little Richard Story en 1980. Ce que l’on sait moins, c’est qu’en juillet 1969, Wiliam Klein est allé filmer le 1er Festival panafricain d’Alger 1. Dédié au continent africain, ce gigantesque événement, qui fait suite au Festival mondial des Arts nègres de Dakar en 1966, a été qualifié « d’opéra même du tiers-monde ». À Alger, devenue la « Mecque des révolutionnaires », pour reprendre le mot de feu Amilcar Cabral, Klein réalisera aussi un portrait d’Eldridge Cleaver 2, le dirigeant des Black Panthers alors exilé à Alger. William Klein est en outre l’auteur de plus de deux cents films publicitaires (Dim, Citroën, Renault…). Revenu à la photographie dans les années quatre-vingt, il se voit consacrer une exposition au Centre Pompidou en 1983. Dix ans plus tard, il publie Mode In and Out au Seuil (1994), Il expose et tourne Le Messie (1999), une charge anticléricale dans laquelle ses images viennent en contrepoint de l’oratorio de Haendel. En 2002, en marge de l’exposition Paris + Klein, la Maison Européenne de la Photographie donnait à voir une rétrospective de quelques trente courts, moyens et longs métrages documentaires et fictions. La rétrospective du Centre Pompidou proposait une sélection d’une dizaine de ces films.
- Le Festival Culturel Panafricain d’Alger, 1969-1972, 112′, 35 mm, Couleur, Algérie
- Eldridge Cleaver in Exile, 1969, 75′, 35 mm, Couleur, Algérie
Films
Festival Panafricain d’Alger, 1969
William Klein | 1969 | 112' | Algérie
Le Festival Panafricain d’Alger, qui s’est tenu en juillet 1969, a donné lieu à un film produit par l’Oncic. Et c’est William Klein, qui s’est chargé de donner une cohérence à un large matériau composé de prises de vues tournées par diverses équipes et d’archives de luttes anticolonialistes en Afrique.
Séances
dimanche 1 novembre 2009 à 22h00
Espace Jean Vilar - salle 1
- Festival Panafricain d’Alger, 1969
William Klein | 1969 | 112’ | Algérie

