Méditerranées

« Tout citoyen français doit se sentir méditerranéen autant qu’européen. Si les produits qu’il consomme viennent souvent de chez ses voisins d’Europe, les concepts grâce auxquels il observe le monde et les hommes viennent pour la plupart de l’Égypte d’Akhenaton, de la Grèce de Platon, de la Rome de Sénèque, de la Judée de Moïse et Jésus, de l’Afrique du Nord de Saint-Augustin et d’Ibn Sînâ (Avicenne), de l’Andalousie d’Ibn Rushd (Averroès)… Autour de cette mer lumineuse sont nées nos interrogations essentielles…  » (

« Malheur à l’historien qui pense (…) que la Méditerranée est un personnage à ne pas définir, car défini depuis longtemps, clair, reconnaissable immédiatement et qu’on saisit en découpant l’histoire générale selon le pointillé de ses contours géographiques. Car ses contours que valent-ils pour nos enquêtes ? », Fernand Braudel

« L’intellectuel n’est ni un pacificateur, ni un bâtisseur de consensus, mais quelqu’un qui s’engage et risque tout son être sur la base d’un sens constamment critique, quelqu’un qui refuse quel qu’en soit le prix, les formules faciles, les idées toutes faites, les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir et autres esprits conventionnels », Edward Saïd, auteur Des intellectuels et du pouvoir, intellectuel palestinien exilé à New-York.

« Dans ce monde qui de fait avance vers l’indistinction, vers une odieuse égalité qui est massacre de l’être distinct, l’Europe résiste. Pourquoi ? Parce que l’Eschaton (les fins dernières) de l’Archipel-Europe, son ultime vérité n’est pas la domination universelle, la globalisation, la philosophie de l’identité, mais la Nécessité de l’Autre et parce que son langage est celui de l’accueil, un langage où l’hostis (l’ennemi) est hospès, hôte. », Massimo Cacciari, philosophe, Maire de Venise

Notre monde semble aimanter par deux forces contradictoires aux perspectives aussi sinistres l’une que l’autre, la globalisation (la « mondialisation », le discours dominant de l’économie de marché) et la fragmentation (les replis communautaires, religieux, sectaires). La seconde se nourrissant de l’appréhension et du sentiment d’impasse et d’exclusion de la première. Loin de s’en désespérer nous pouvons nous ressourcer dans les qualités de « l’unique et sa propriété », l’individu, le distinct : capable de se réaliser et s’épanouir en sachant s’associer, se solidariser, considérer avec curiosité et empathie, la culture et les aspirations de l’Autre. Sans perdre le goût de la réflexion et de la conscience critique, de l’observation et de l’échange …

C’est à cela qu’invite en premier lieu cette édition des Écrans du Doc consacrée aux “Méditerranées » beaucoup plus multiples qu’on ne le prétend souvent.

Longtemps considérée comme une économie-monde, « une unité organique transgressant la limite des états » et, avec un certain angélisme simplificateur comme un espace culturel homogène, la Méditerranée suscite aujourd’hui un riche éventail de questions. L’Europe en construction, à trop se focaliser sur certaines leçons de l’histoire, en a longtemps négligé son versant Sud et l’au-delà de ses rives. Les lignes de fracture, constamment régénérées par le jeu des manipulations stratégiques provoquent les drames que l’on sait. Il nous semblait nécessaire de les évoquer par des approches multiples, diverses : soirée Algérie – Bosnie – Palestine, Proche-Orient Introspection, Albanie – Décryptage. Et tout aussi important de les décadrer, de les remettre en perspective en proposant d’autres ouvertures, d’autres découvertes à travers le théâtre, les transmusicales, le paysage, l’imaginaire de “l’Orient”…

En commençant ce périple par Marseille, porte symbolique du mélange des cultures, des questions de cité, de citoyenneté.

Didier Husson, Délégué Général du Festival

La mer

Fresque musicale  | Cour du CMAC

La mer : grande fresque musicale, paysage sonore mouvant où le public est à la fois spectateur, acteur et auditeur.

La mer est une grande peinture sonore de cinquante mètres carrés, posée au sol, qui génère les sons du monde aquatique quand on s’y promène. Les sons ne se révèlent que grâce à la présence et au passage du public qui se trouve littéralement « baigné » dans une ambiance marine aux échos très anciens. La peinture des vagues et des tourbillons entraîne les visiteurs vers le centre du maelstrom primordial puis les rejette sur les bords comme des épaves rescapées d’un naufrage, dans le silence après la tempête.

La mer est aussi un dispositif technique sophistiqué où une caméra filme en permanence la fresque pour déterminer la présence, le passage du public et produire aussitôt des réactions sonores.

Trans’Art Express réalise de nombreux parcours sonores interactifs, a conçu les dalles musicales Hop Music, ainsi que les sculptures sonores tactiles Tubulophone.

Les créateurs de ces environnements aquatiques sont Jean-Robert Sedano et Solveig de Ory qui cette fois vous feront prendre l’air du large !

La mer, création 1994.
Première le 10 juillet 1994 au parc Güell à Barcelone (photo).