Les Rencontres Charles Dullin en Val-de-Marne, instituées pour permettre aux créateurs contemporains de théâtre de se retrouver et de creuser ensemble le terreau mouvant de la société dans laquelle ils s’inscrivent, seront présentes cette année à Gentilly.
Le thème du festival, Méditerranées, qui plus que tout est la mère de tous nos dialogues réels, imaginaires ou rompus, possibles et impossibles, le théâtre de tous les conflits depuis l’Antiquité, le bouillon de culture le plus convulsif qui se puisse imaginer en tragédie, où pulsions et civilisations se résolvent dans l’Histoire et les histoires les plus propres à la mise en débat, nous y a fortement attirés. Le bassin méditerranéen comme berceau-tempête du théâtre.
Or, la question des rapports entre vidéo et théâtre se trouve ici posée, hors outil à usage strictement interne, dans la perspective d’un autre regard sur le théâtre, et sur sa fonction sociale.
La contradiction entre l’art le plus vivant, donc le plus mortel, de la scène, et la saisie de l’éphémère, sa mise en cassette, ne se résout pas heureusement par la simple captation de l’une par l’autre. La présence du théâtre est constante dans toute mise en scène qui met au premier plan l’acteur, dans la cité comme dans l’arène. Dès qu’il s’agit de réfléchir sur l’intrication des actions des hommes et des pouvoirs, des paroles intimes et des dits prophétiques, des mythes et des rites, de la guerre et de l’amour, des compromis individuels, sociaux et internationaux, le théâtre est présent, comme théâtre des opérations, et demande un témoin dont l’acuité garantisse, comme le chœur tragique, la médiation entre le feu de l’action et la critique publique.
La vidéo jouera donc ces rôles, pédagogique et maïeutique, de transmission des savoirs, des élaborations, des trames en coulisses ou au grand jour de tous les ressorts de « l’agôn ».
Films
L’Argent fait le bonheur
Robert Guédiguian | 1993 | 90'
Un conte moderne et moral sur la vie imaginaire d’une cité marseillaise où se côtoient toutes les origines et toutes les misères, toutes les générations et tous les sexes, toutes les religions et les irreligions de la Méditerranée dans un joyeux mais tragique melting-pot, qu’on pourrait nommer Bouillabaisse 90.
Parsha (Le Compromis)
Anat Even | 1995 | 52' | Israël
À partir des coulisses du théâtre où s’est montée pour la première fois une création israélo-palestinienne, Roméo et Juliette de Shakespeare, fut produit par deux troupes de Jérusalem, Al-Kasaba, de l’Est arabe, et Khan, de l’Ouest juif.
Le film re-présente à travers interviews et répétitions, exercices et réflexions à chaud des metteurs en scène et des acteurs des deux bords, les difficultés, les espoirs, l’amour, la haine, les désespoirs aussi qui ont présidé à cette création. La vie quotidienne des acteurs de cette histoire, et en contrepoint, rythmée par Euronews, l’actualité du processus de paix et des explosions terroristes qui ont suivi la fameuse poignée de mains. À la lumière des événements actuels, on entend mieux les incertitudes et le tragique espoir de paix des acteurs, auquel ils n’osent pas croire. La lecture de Shakespeare s’en trouve curieusement éclairée, et la fin réconciliatrice des deux familles Montaigu et Capulet remise aux calendes.
Rencontre avec des citoyens remarquables
Rosine Davidson | 1995 | 26'
Le voyage initiatique de jeunes apprentis citoyens, lauréats d’un concours de création sur la démocratie, dont le prix était un voyage à Athènes et au théâtre d’Epidaure, où ils rejouent la pièce qu’ils ont créée à Sevran, en Seine-Saint-Denis, dans un externat médico-professionnel où, rejetés par l’école traditionnelle, ils essaient de recouvrer le droit à la parole, et la maîtrise du langage. Le grand théâtre antique, vide, offre à leur voix ténue ou forte l’écho du lieu-symbole par excellence de la parole publique.
Itinéraire de la cité de banlieue à la citoyenneté idéale, en passant par la Grèce mythique et réelle.
Avec des élèves de l’ESSOR de Sevran et leurs institutrices spécialisées
Tragédie, ou l’illusion de la mort
Chris Marker | | 26'
À travers les interventions diverses de spécialistes éminents de la tragédie grecque, c’est-à-dire athénienne, (Jean-Pierre Vernant et Cornelius Castoriadis, pour ne citer qu’eux), et, en contrepoint, des extraits d’une représentation de Médée au théâtre antique d’Épidaure par une troupe japonaise, un film didactique qui en dit très long sur les racines archaïques et
rituelles, et d’autre part sur le lien culturel que la tragédie entretient avec le politique, et notamment ce qu’on a nommé la « démocratie ». En quoi le miracle d’Athènes a l’air de confiner, de nos jours, à l’universel. Une espèce de mondialisation des signes. Un regard étonnant sur la modernité de ce théâtre antique-là.
Séances
jeudi 5 décembre 1996 à 20h00
Auditorium
En collaboration avec les Rencontres Charles Dullin du Val-de-Marne.
- Tragédie, ou l’illusion de la mort
Chris Marker | | 26’ - Rencontre avec des citoyens remarquables
Rosine Davidson | 1995 | 26’ - Parsha (Le Compromis)
Anat Even | 1995 | 52’ | Israël - L’Argent fait le bonheur
Robert Guédiguian | 1993 | 90’
