Résistance SLON/ISKRA : 1968-2003

« Un éditeur, ça se définit par son catalogue. »
« On vous parle de Paris » : François Maspéro

ISKRA, Image, Son, Kinescope et Réalisations Audiovisuelles
« étincelle » en russe, société indépendante de production et de diffusion, c’est aujourd’hui un catalogue de plus de 160 films.

ISKRA, c’est à l’origine l’histoire de SLON : Service de Lancement des Œuvres Nouvelles.
« éléphant » en russe. Et Slon est né d’une évidence : que les structures traditionnelles du cinéma, par le rôle prédominant qu’elles attribuent à l’argent, constituent en elles-mêmes une censure plus lourde que toutes les censures. D’où Slon, qui n’est pas une entreprise, mais un outil – qui se définit par ceux qui y participent concrètement – et qui se justifie par le catalogue de ses films, des films qui ne devraient pas exister !

Ce Manifeste qui date de 1971, trois ans après la fondation de la coopérative (née pour produire Loin du Vietnam et À bientôt, j’espère, deux œuvres collectives menées par Chris Marker), trente ans après ISKRA peut toujours le revendiquer – même si les conditions de la lutte ont évolué. Après tout, les sources de la production et les canaux de diffusion sont-ils maintenant plus ouverts à la différence, à la contestation salutaire, à la projection de vérités soigneusement enfouies ? Ne s’agit-il pas en 2002, encore avec des images et des sons, de témoigner, favoriser la réflexion, donner la parole à des groupes minoritaires, en difficulté ou en conflit, en un mot affirmer pour tous un droit inaliénable à l’image ? Ne s’agit-il pas, hier comme aujourd’hui (et demain aussi, tant que l’oppression demeure), de faire chambre d’écho aux luttes de Besançon et de Santiago du Chili, de rendre compte de situations critiques au Val Fourré, dans les campagnes françaises, au Liban ou à l’usine Moulinex de Mamers, de fonctionner comme haut-parleur (« on ne peut pas lutter à voix basse… ») pour dénoncer les scandales du nucléaire ou du distilbène, de servir de refuge et de chambre noire à des expériences sans équivalent dans le cinéma, toujours à découvrir pour ne pas désespérer d’un art « souvent détourné et domestiqué » : le monde geste de Fernand Deligny, José Manenti et Jean-Pierre Daniel exemplairement, mais aussi Lettre à mon ami Pol Cèbe de Michel Desrois et Le Traîneau-échelle de Jean-Pierre Thibaud, deux films aux confins du cinéma militant, émanations singulières des « Groupes Medvedkine », fruits sans précédent d’une greffe réussie entre une structure de production parisienne et des cinéastes ouvriers de province.

Loin de l’humanisme de salon mais développant une logistique à taille humaine adaptée aux réalités mouvantes du terrain, filmant en 16 mm et en vidéo, plus pragmatique que dogmatique, Slon-ISKRA part toujours d’un état du social et du politique, chaque sujet inventant alors la forme qui lui convient, celle que le sujet exige. Car ISKRA (influence originelle de Marker ?) a ceci d’original qu’elle considère l’esthétique comme une politique, la forme comme une nécessité et une force. C’est ce point de vue documenté sur les choses qui signe les films ISKRA et laisse une trace dans les esprits, c’est cette ouverture qui donne les contours du catalogue, c’est cette exigence qui en fait la valeur. Au générique du Fond de l’air est rouge, Marker rend hommage aux « innombrables cameramen, preneurs de son, témoins et militants dont le travail s’oppose sans cesse à celui des Pouvoirs, qui nous voudraient sans mémoire ». Ce travail, depuis le début, c’est aussi celui d’Iskra.

Bernard Benoliel, « Entre Vues », festival de Belfort 2002


Pour signifier les 35 ans d’existence de l’outil Slon puis Iskra, s’est très vite imposée, un peu comme une évidence, l’association des deux mots : RÉSISTANCE CONTINUE.

Résister aujourd’hui c’est œuvrer dans la continuité des raisons qui ont amené la création de Slon en 1968. 35 ans plus tard, vous conviendrez que l’enjeu est de taille et la résistance toujours plus légitime et nécessaire ; elle est accrochée au cœur, à l’esprit et aux tripes de tous ceux avec lesquels et pour lesquels nous voulons continuer à produire des œuvres. Et surtout n’ayons pas peur du mot, il est promesse de sens, de richesse d’écritures et de pensée, de pérennité, par opposition à ces produits formatés dont on aimerait nous convaincre qu’ils sont la quasi seule forme possible de production en ce début de XXIe siècle marchand.

Trente-cinq ans, c’est aussi la maturité. Alors, résister est un choix, un moteur, une raison d’être, un engagement citoyen, un rapport au monde…

De quelque côté que nous soyons de l’écran. Plus que jamais.

Iskra, novembre 2003

Films


2084

2084

Chris Marker | 1984 | 10' | France

« Le coup des lendemains qui chantent, on nous l’a tellement fait […] Devant le bilan de l’époque des grandes vérités tranchées, il est plutôt sain d’imaginer autre chose… ». Imaginer autre chose, la CFDT s’y est essayée, en dix minutes, sur Antenne 2, le 29 mars 1984. À l’occasion du centième anniversaire de la législation des syndicats, elle s’est interrogée… sur l’avenir.


A Bamako, les femmes sont belles...

A Bamako, les femmes sont belles…

Christiane Succab-Goldman | 1995 | 65' | France

À la rencontre des femmes du Mali, pays sahélien enclavé, au passé prestigieux et complexe. À Bamako, la capitale, comme dans le reste du pays, les femmes concilient l’évolution des cultures traditionnelles avec les exigences du développement.


Algéries, mes fantômes

Algéries, mes fantômes

Jean Pierre Lledo | 2003 | 106' | France

Un cinéaste algérien en exil, d’origine judéo-espagnole, entame un long voyage filmé pour affronter les fantômes qui le guettent depuis son arrivée en France. Voyage identitaire et retour sur une histoire franco-algérienne taboue de ces cinquante dernières années, au bout desquels se recompose avec une vingtaine de personnages rencontrés de villes en villes, le puzzle d’une Algérie aux multiples visages qui n’a jamais été, mais qui sera peut-être…


Bénéfice humain

Bénéfice humain

Anne Kunvari | 2001 | 53' | France

Dix-huit mois dans l’histoire d’ALPE, une petite imprimerie d’insertion. Au premier étage, Françoise, la patronne. Elle embauche ceux que toutes les autres entreprises refusent. Parce que, pour elle, personne n’est inemployable. Elle attend avant tout de son entreprise du bénéfice humain. Au détriment, s’il le faut, du bénéfice tout court. Une autre logique d’entreprise est-elle possible ? Au rez-de-chaussée, dans l’atelier, Philippe, Cécile, Dominique et les autres. Avec des années de galère derrière eux. À ALPE, ils redécouvrent le travail, la fiche de paie, l’espoir… Ils travaillent, pour se reconstruire. Vont-ils s’en sortir ?


Cherche avenir avec toit

Cherche avenir avec toit

Stéphane Mercurio | 1998 | 59' | France

En accompagnant dans leur relogement des personnes restées souvent des années sans domicile, le film montre ce qu’est l’exclusion, non pas au moment de la dégringolade, mais au moment où s’offre une chance de la quitter.


Chili

Chili

Paul Bourron | 1974 | 16' | France

Images du coup d’état du 11 septembre 1973, la période le précédant immédiatement et la répression qui a suivi. Banc-titre d’après des photos de Raymond Depardon, Chas Gerresten et David Burnett.


Ciné-Tracts

Ciné-Tracts

Anonyme | 1968 | 3' | France

Ces trois films comptent parmi un ensemble d’une cinquantaine de films, de deux ou trois minutes chacun, et réalisés tantôt par des amateurs, tantôt par des cinéastes chevronnés, et furent utilisés pour l’agit-prop en mai 1968.


Jours de grève à Paris-Nord

Jours de grève à Paris-Nord

Jean-Louis Comolli et Ginette Lavigne | 2003 | 90' | France

« En décembre 1995, il y avait des grèves. Sept ans ont passé. Les jours de décembre se sont éloignés à toute vitesse, point brillant au fond de quel tunnel ? En décembre 1995, avec Ginette Lavigne, nous avons rencontré six cheminots en grève. Cinq jours et trois nuits plus ou moins longues, nous les avons filmés à l’Antenne Traction de Paris-Nord, sur les voies, les quais, dans le poste de contrôle occupé, et d’un dépôt à l’autre par les rues. »


Lettre à mon ami Pol Cebe

Lettre à mon ami Pol Cebe

Michel Desrois | 1970 | 20' | France

Où le ruban d’une autoroute se met à enregistrer les pensées.


Mickey au Vietnam

Mickey au Vietnam

Lee Savage | 1969 | 1' | France

Dessin animé : Mickey s’engage…


Nouvelle société n° 5

Nouvelle société n° 5

Groupe Medvekine de Besançon | 1969 | 8' | France

Les conditions de travail dans l’horlogerie Kelton-Timex : les ouvrières travaillant comme des marionnettes, les évanouissements, les accidents et en guise de prime de la « Nouvelle Société », Sylvie Vartan venant chanter à l’atelier…


Nouvelle société n° 6

Nouvelle société n° 6

Groupe Medvekine de Besançon | 1969 | 9' | France

Une petite fille dont la mère travaille à la biscuiterie Bulher et le père est routier, raconte sa vie. Une vie familiale désagrégée par le travail. Le monde des travailleurs vu à travers les yeux de leurs enfants.


Nouvelle société n° 7

Nouvelle société n° 7

Groupe Medvekine de Besançon | 1969 | 11' | France

Dans une usine, les conséquences de la pression des grandes entreprises sur les petites : les cadences s’accélèrent, la tension monte, les accidents deviennent plus fréquents et plus graves : un ouvrier perd sa main dans une presse.


On vous parle du Chili

On vous parle du Chili

Miguel Littin et Chris Marker | 1973 | 16' | France

Interview de Salvador Allende par Régis Debray.
Salvador Allende : « Je crois que la bourgeoisie part d’une erreur, qui fait de l’homme le facteur essentiel dans un processus social. Nous, nous savons que c’est le peuple, que ce sont les masses. Ce qui n’empêche pas qu’un homme peut avoir une influence déterminée à un moment donné. […] Pour le Chili, bon, s’ils m’assassinent, le peuple suivra sa route. Avec la différence que les choses seront plus dures, plus violentes. Parce que pour le peuple ce sera une leçon très claire, très objective : que ces gens-là ne reculent devant rien. »


La Première année

La Première année

Patricio Guzman | 1970 | 90' | Chili

La première année du gouvernement de l’Union Populaire au Chili. « Je voudrais qu’on fasse un film de tout ça, et qu’on l’envoie à Nixon. », Fidel Castro au Chili


Réjane dans la tour

Réjane dans la tour

Dominique Cabrera | 1993 | 15' | France

Réjane fait le ménage dans une tour au Val Fourré. En l’écoutant, en regardant ses gestes et en suivant ses pas, on voit ce que c’est qu’être aujourd’hui une femme de quarante-cinq ans sur un fil !Équilibriste fragile entre sa folie et le charme profondément présent de sa personnalité, entre l’exclusion de la pauvreté et du chômage et la fierté ouvrière du travail bien fait et de l’appartenance à une communauté sociale. Film d’aujourd’hui où Réjane, presque perdue, sourit et s’éloigne en dansant. « Y a pas de problèmes ! ». Et notre cœur se serre d’être aussi proche et loin d’elle.


Rhodia 4/8

Rhodia 4/8

Groupe Medvekine de Besançon | 1969 | 4' | France

Colette Magny chante le flamenco de la Rhodia.


Scènes de grève en Vendée

Scènes de grève en Vendée

Paul Bourron | 1973 | 15' | France

Inspirées par Lip, les ouvrières de l’usine Cousseau à Cerisay dans les Deux-Sèvres, ont inventé une nouvelle manière de faire la grève dans la joie. Dans les ateliers sauvages, elles fabriquent des chemisiers « pil » qui leur permettent de tenir. Et aussi des chansons sur leur lutte.


Le Traîneau échelle

Le Traîneau échelle

Jean-Pierre Thiébaud | 1971 | 12' | France

Poème de Jean-Pierre Thiébaud, illustré par ses photos.


Union Maids

Union Maids

Julia Reichert, Jim Klein, Miles Mogulescu | 1976 | 48' | États-Unis

Union Maids raconte une histoire peu connue : celle du combat syndicaliste au sein du monde industriel américain. Trois femmes remarquables font revivre cette histoire. Venues à Chicago pour y chercher du travail au moment de la grande crise économique, elles se sont heurtées à un patronat pour qui les travailleurs n’avaient aucun droit. Toutes trois ont été des pionnières de l’action syndicale à une époque où le chômage et l’inflation rendaient le travail politique encore plus périlleux. Elles racontent la lutte de chaque jour pour gagner de nouveaux travailleurs au syndicat, le racisme au sein de la classe ouvrière, les préjugés sexistes des ouvriers et des cadres syndicaux à l’égard des femmes qui luttent avec eux.


Week-end à Sochaux

Week-end à Sochaux

Bruno Muel et le groupe Medvekine de Sochaux | 1971 | 57' | France

Un film écrit, joué et rêvé par le Groupe Medvedkine de Sochaux, composé de jeunes ouvriers travaillant à la chaîne aux usines Peugeot et de techniciens du cinéma.


Séances

jeudi 20 novembre 2003 à 20h00

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 22 novembre 2003 à 16h30

Espace Jean Vilar - salle 1

samedi 22 novembre 2003 à 20h00

Espace Jean Vilar - salle 1

dimanche 23 novembre 2003 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 2

dimanche 23 novembre 2003 à 16h30

Espace Jean Vilar - salle 2

dimanche 23 novembre 2003 à 20h00

Espace Jean Vilar - salle 2