Balises

Comme des signaux flottants, kaléidoscopiques, diffus, incertains, qui s’approchent ou s’éloignent selon la perspective… Mais des signaux pourtant. Dont tout un chacun peut recevoir, interpréter, ressentir l’une ou l’autre facette.

Films


À propos de Nice

À propos de Nice

Jean Vigo | 1930 | 24' | France

Humour noir et prouesses techniques dans ce propos sur Nice où Jean Vigo joue du violent contraste entre oisifs fortunés et population pauvre de la vieille ville. Surprendre un personnage pour en révéler la beauté intérieure ou le ridicule, rendre insolite une situation banale, font de cette satire sociale un vrai plaisir de cinéma.


Lettre pour L.

Romain Goupil | 1993 | 100'

En 1987, 700 cinéastes répondent à la question du journal Libération « Pourquoi filmez-vous ? »

Romain Goupil choisit pudiquement la « provoc » : « Question claire, franche, efficace. Votre exigence de vérité oblige mes secrets. Je bosse pour la gloire et la puissance, pour être reconnu, admiré, en un mot, pour l’argent. Je veux un yacht bourré de filles dans chaque port. La même voiture qu’Albert Camus, une moto encore plus grosse que celle de Coluche, un avion plus rapide que Baroin… Collectionner les photos où on me verrait serrer la main de Ho Chi Minh, De Gaulle, Pompidou, Guevara. Du fric pour pouvoir fumer des cigares dans le bureau du responsable communication de Coca-Cola… »

Fils d’un opérateur auquel il a consacré un court-métrage, Romain Goupil signe en 1982 un film sur la conscience de fêlure de certains militants de la « génération 68 », ceux qui ne prendront décidément jamais « Le pouvoir » : c’est Mourir à Trente ans, Caméra d’or à Cannes.

Été 91. Lui, apprend la nouvelle d’une maladie qui la menace :

« Quand est-ce que tu fais un film bien ? ». Urgence. En Europe, l’URSS vole en éclats et le siège de Vukovar commence. Le réalisateur entreprend un voyage à travers le temps et l’espace et filme à la première personne… La « guerre de Bosnie » n’a pas encore commencé…


Sottovoce

Sottovoce

Claudio Pazienza | 1999 | 105'

Italie, Roccascalegna 1992. Plusieurs femmes racontent leur vie amoureuse à un Corbeau Parlant et… au sombre et célèbre Baron Corvo de Corvis, personnage légendaire du XVIe siècle qui vient de réapparaître miraculeusement dans l’enceinte de son château en ruine. Depuis son retour, le Baron n’a qu’un seul désir : rétablir le droit de cuissage qu’il avait institué dans son village de la région des Abruzzes sans pouvoir jamais l’exercer… « Les premières images datent du mois d’avril 1986 tournées lors du mariage de Mario et Gigliola. En 1988, Mario meurt d’un infarctus. Sottovoce s’inspire de ces événements ainsi que du récit de plusieurs femmes de Roccascalegna dont celui de Gigliola, la jeune veuve. J’ai écrit en pensant aux lieux et aux gens qui ont interprété mon film : les habitants de Roccascalegna (surtout des gens de ma famille, beaucoup d’amis). Il n’y a donc pas eu de casting, ni de véritable distribution de rôles. Il y a surtout des personnes face à la caméra quasi immobiles. Sottovoce est bien sûr une quête des origines, mais c’est aussi et surtout un parcours mi-carnavalesque, mi-sociologique à travers un monde rural en mutation. Un monde où l’importance de la parole, même à voix basse, équivaut à un besoin, une urgence de choisir, de dénoncer et de se définir. C’est du moins ce que j’aime croire. » (Claudio Pazienza)

Claudio Pazienza est né à Roccascalegna en 1962 et vit en Belgique depuis l’âge de six mois. Réalisateur autodidacte, Sottovoce est son premier long-métrage, après plusieurs court-métrages et des études d’ethnologie. Il a fondé en 1988 sa société de production Qwazi Qwazi Film. Il prépare et coordonne actuellement une soirée thématique sur la Belgique pour Arte (diffusion prévue en mars 1997). Enquête à plusieurs facettes sur ce pays, pour laquelle il réalise un long-métrage, inspiré métaphoriquement par le tableau de Pieter Brueghel l’Ancien Paysage de la chute d’Icare.

Claudio Pazienza avec Sottovoce explore une forme originale, la fable documentaire. Une démarche passionnante car elle renouvelle et questionne la « restitution spectaculaire » du travail anthropologique. En jouant sur l’entrelacs du recueil de témoignages des villageois(es) et leur mise-en-scène en « tableaux vivants » de scènes symboliques relatives à la légende fondatrice et à la coutume. À travers ce mode d’exposition, le spectateur est libéré à la fois du commentaire à vocation explicative et de la prétention des images à se « commenter elles-mêmes ». Ce n’est pas un hasard si Sottovoce est le fruit d’un long processus d’élaboration et de maturation basé sur un travail ethnologique réalisé par l’auteur à propos des rituels nuptiaux d’Italie centrale. In fine, Sottovoce est un film d’une complexité subtile dans lequel le spectateur se trouve à la bonne distance : proximité et perspective.


Vers le sud

Vers le sud

Johan van der Keuken | 1980 | 145'

Depuis trois éditions (les Territoires de la Mémoire, Voix-Musiques-Sons et maintenant Méditerranées) un des films du cinéaste batave (au moins) s’impose dans la thématique. Nul fétichisme ici mais les quelques considérations qui suivent. Comme beaucoup de grands documentaristes, il fut d’abord photographe. La musique de Willem Breuker y est toujours, de façon aussi exquise, à sa place. Si tout film est « une représentation » du monde, il est d’abord du temps d’où affleure une réalité « documentée ». On peut suivre Van der Keuken dans ce « road-movie engagé » d’Amsterdam à la Haute-Égypte selon sa méthode et son éthique « je suis un homme s’avère-t-il, voyageant dans ma tête immobile ». Le film datant de 1980, a-t-il vieilli ? Sans nul doute. Mais comme notre vieux monde patine lui aussi, on ne s’étonnera pas, à travers mouvement squatter, occupation d’église par des ouvriers marocains, évocation de la fin du monde paysan, omerta de la N’dranghetta en Calabre ou bidonvillisation du Caire, d’y trouver quelques correspondances avec notre actualité. Avec une morale de la réalisation qui affiche ses intentions et ses procédés.


Séances

vendredi 6 décembre 1996 à 20h00

Salle Saint-Éloi

samedi 7 décembre 1996 à 10h30

Auditorium

dimanche 8 décembre 1996 à 15h15

Auditorium