Calle de la Pietà

Calle de la Pietà

Calle de la Pietà est une chronique entre réel et imaginaire sur la dernière journée de la vie de Titien, le 26 août 1576. Pour la première fois de sa vie, Titien est le commanditaire de sa propre œuvre : une Pietà destinée à son tombeau. Si l’art est une illusion, une impossible tentative de retenir un instant de vie volé au temps qui passe pour le rendre immortel, cette dernière œuvre l’est particulièrement car Titien est surpris par la mort avant de la terminer. Dans ce scénario de mort (Titien meurt durant une épidémie de la peste qui causa rien qu’à Venise des milliers de morts), une jeune femme l’accompagne. Qui était-elle ? Une modèle, une servante, une courtisane ? Personne ne l’a jamais su comme personne n’a jamais su quel était son nom. Madeleine, peut-être ?

Ce qui est certain, c’est que ce personnage représente la vie, la vie qui, plus elle s’accroche à elle-même, plus elle s’approche inexorablement de la mort. Pas loin de Venise, à l’image de Titien dans son atelier, les pestiférés de l’île de Lazzaretto Nuovo, renfermés par milliers dans les grands pavillons, tentent désespérément de laisser des traces de leur existence en décorant les murs de petits dessins, de figures symboliques, ou seulement de leurs noms. Traces sans espoir, abandonnées au temps et contre le temps, comme autant d’anonymes Pietà.

Au début, il y avait l’idée de faire un film de fiction, mais on le sait, les idées changent. Le passé est le passé. Faire un film sur le passé aurait semblé faux. Plus qu’une narration, le film est une réflexion sur l’existence, la fonction de l’art qui n’est au fond que le désir de dominer le monde mais surtout de dominer le temps.

Correspondances

Correspondances

Des femmes de la diaspora malienne vivant à Montreuil en Seine-Saint-Denis, s’adressent dans une « lettre filmée » à une personne de leur choix, réelle ou imaginaire. Des femmes de Bamako et de Kayes au Mali s’en inspirent ensuite librement, pour réaliser à leur tour leur « lettre filmée ». Chacune était invitée à parler de son travail, chacune a saisi l’occasion pour dire ce qui est important pour elle. Toutes ont participé aux étapes successives de la fabrication de ces courts-métrages, dans le cadre d’ateliers de création audiovisuelle menés en France et au Mali par Laurence Petit-Jouvet. L’ensemble forme un film qui enjambe les distances, fait résonner ces voix qui expriment les frustrations, les passions, la résistance de ces femmes.

Le film Correspondances a bénéficié du soutien d’Arcadi qui en est le coproducteur, dans le cadre de l’opération Passeurs d’images. Opérateur pour l’lle-de-France de ce dispositif d’Education à l’image, Arcadi a développé un projet régional spécifique autour de la mémoire et des représentations au cinéma. Dans ce contexte, des ateliers de pratique cinéma « en miroir » avec les pays de l’immigration se poursuivent depuis 2003, donnant lieu à une production de lettres filmées échangées entre « ici » et « la-bas ». Le projet « Montreuil/Mali », passerelle d’expression à propos de la question du travail des femmes, en constitue sans doute l’exemple le plus emblématique et le mieux abouti.

Le Chant des insectes – Rapport d’une momie

Le Chant des insectes - Rapport d’une momie

Au coeur de l’hiver, le chasseur S. trouve, dans un coin perdu de forêt, la momie d’un homme. Grâce à une observation minutieuse de son corps, on apprend que l’homme s’est suicidé l’été précédent en se laissant mourir de faim. Une approche très personnelle sur un texte de fiction, lui-même basé sur des faits réels. Un manifeste cinématographique en faveur de la vie – suscité par un renoncement radical à exister.

Jean le bienheureux – trois tentatives d’arrêt du tabac

Jean le bienheureux – trois tentatives d’arrêt du tabac

C’est l’histoire d’un homme qui se met en marche pour arrêter de fumer. C’est pourquoi il entreprend de se rendre à pied de son lieu de résidence actuel, Zurich, à sa ville natale, Saint-Gall, où son tabagisme a commencé. Il est prêt à recommencer ce voyage – en empruntant à chaque fois un chemin différent – aussi souvent qu’il le faudra pour atteindre son but : enfin non-fumeur ! Ce film est un règlement de comptes et une déclaration d’amour. Un road movie pour piéton, un film local pour déracinés. Un hommage à tous les fumeurs et autres maniaques, à tous les pauvres diables qui ont su (malgré tout) garder la tête haute.

Nos yeux se sont ouverts

Nos yeux se sont ouverts

Dans une salle de cinéma, toutes les semaines, on y projetait des films qu’une femme et un homme ont faits. L’homme, Jean-Marie Straub, était là à presque toutes les séances. Nous aussi, nous étions là. Et là, dans une salle obscure : nos yeux se sont ouverts. Ce film a pour sujet la pratique cinématographique et problématise le rapport qui existe entre les films eux-mêmes et une parole possible sur eux.

Daniel Schmid, le chat qui pense

Daniel Schmid, le chat qui pense

Daniel Schmid, né en 1941, était le fils d’un hôtelier de Flims. Stimulé par les histoires de sa grand-mère, l’enfant doué découvre l’art de l’expressivité : le hall de l’hôtel de ses parents devient une scène et lui-même un conteur d’histoires qu’il restera pendant toute sa vie. Le film ressemble à un mystérieux kaléidoscope de personnages et de lieux. Il nous entraîne dans un impétueux voyage cinématographique à travers la vie et l’œuvre de l’un des artistes les plus extraordinaires du cinéma suisse. Quand il était enfant, Daniel Schmid savait déjà que le monde commençait derrière la montagne du Flimserstein. Un monde entre la réalité et la fiction.

Sharunas Bartas, an army of one

Sharunas Bartas, an army of one

En Lituanie, au fond de la forêt de Vilnius, un filet de fumée s’élève d’une vieille bâtisse en bois. C’est le repaire du cinéaste Sharunas Bartas, qui s’est imposé comme l’un des auteurs les plus singuliers du cinéma contemporain. Ses longs plans figés et inquisiteurs, soutenus jusqu’à l’extrême, inscrivent son œuvre à la limite du territoire cinématographique. C’est le cinéaste des questions sans réponse, de la solitude et de l’épuisement. Il y a une dizaine d’années, fasciné par son art, j’ai voulu m’approcher de lui. Je me suis glissé dans son équipe, dans sa famille. J’ai installé mon lit dans un coin de son bunker-studio, dans cet étrange laboratoire de création, unique et sauvage…

Un étrange équipage

Un étrange équipage

Ce film part de la place singulière de Stéphane Tchalgadjieff dans la production française des années soixante-dix. Artisan invisible du cinéma d’auteur, profondément marqué par la contre-culture de cette époque, il a produit pendant une dizaine d’années à un rythme soutenu une série de films particulièrement significative. Pour en donner l’idée il suffit de citer Out 1 de Rivette, d’une durée de 12h30, India Song de Marguerite Duras, mais aussi Le Diable Probablement de Robert Bresson ou encore Les Enfants du Placard de Benoît Jacquot… L’enquête menée par le réalisateur réinterroge cette filmographie et le « milieu » où elle s’est développée, c’est-à-dire l’ensemble des complicités qui se sont nouées à cette période pour rendre possibles de tels films. La liberté que manifestent ces œuvres de cinéma aurait-elle rapport avec leurs circonstances de production, la qualité des rencontres qui les ont favorisées, l’esprit d’un temps ? Portrait d’une époque autant que portrait d’un producteur, il s’agit d’un film-enquête, d’un voyage dans le passé du cinéma d’auteur français.

Chantal Akerman, de cà

Chantal Akerman, de cà

Dans cet entretien filmé en plan séquence, sans coupure ni dissimulation, Chantal Akerman évoque son travail et sa méthode, ses influences mais aussi son échec à faire des films plus commerciaux. Si les réalisateurs ne parviennent pas toujours à satisfaire leur curiosité, ils révèlent toute la particularité de la cinéaste belge avec humour.

Le Cinéaste est un athlète, conversations avec Vittorio De Seta

Le Cinéaste est un athlète, conversations avec Vittorio De seta

Avec ce portrait d’un cinéaste à part, il s’agit de saisir l’essentiel du rapport de Vittorio de Seta à ceux qu’il a filmés, les plus humbles, qu’il a portés avec élégance et en couleurs, dès les années 1950, sur le grand écran du Cinémascope. C’est chez lui, en Calabre, que le cinéaste se remémore ses épopées de cinéma. À partir du son de ses premiers films, des courts-métrages documentaires, cet artisan du cinéma et pionnier du son nous raconte comment il est allé filmer et enregistrer sur les barques de la pêche à l’espadon, au fond de mines de souffre ou au sommet du Stromboli. Puis, en évoquant ses films de long-métrage, Journal d’un instituteur, Un homme à moitié et Bandits à Orgosolo… Vittorio de Seta nous explique comment filmer les autres, c’est aussi « chercher à l’intérieur de soi ».