Ouarzazate est une ville de cinéma qui vit du tournage des grands films internationaux. De Kundun à Astérix, de Gladiator à toutes les versions imaginables de la Bible, la population tout entière fait de la figuration pour des films qu’elle ne verra jamais… Dans les vestiaires et au détour des castings, le réalisateur regarde vivre le petit peuple des tournages, ses rêves d’Hollywood et ses humiliations. Et sans quitter l’humour et la dérision, le film dresse le constat grinçant d’un cinéma mondial qui impose ses images et ses façons de voir.
Marrakech (série Voyages, voyages)
« Chacun des mes voyages au Maroc est une épreuve de liberté et de solitude. Si ce pays m’est familier, pour autant, il me refuse toute familiarité. L’exotisme, ici, est dans la confrontation avec un autre jamais apprivoisé, dans une irréductible différence. », Évelyne Ragot
La réalisatrice a cherché les signes du Maroc nouveau, depuis l’arrivée de Mohammed VI au pouvoir. Mais sans doute faut-il du temps pour que le pays change et livre une nouvelle image. Marrakech, la Ville Rouge, est toujours la même pour la cinéaste : mystérieuse, secrète, fascinante.
Ali Zaoua, prince de la rue
Trois années durant, Nabil Ayouch a préparé avec l’appui logistique des éducateurs de l’association BAYT ! (emmenée depuis six ans par le docteur M’Jid) le tournage d’Ali Zaoua.
« Les premières fois, je suis venu avec une caméra vidéo. Les gosses se sont immédiatement mis en scène, me racontant n’importe quoi. J’ai compris au bout d’un certain temps qu’on ne pouvait concevoir un juste savoir sur eux sans déposer ses armes, investir du temps et nouer une relation qui ne soit pas d’intérêt. Sinon, c’est foutu d’emblée. Ils savent donner à la société exactement ce qu’elle attend d’eux en termes de misérabilisme. Le film avait envie d’aller ailleurs. », Nabil Ayouch
La Famille Bartos (série Hongrie privée n°1)
De la fin des années trente jusqu’à la guerre, une tranche de vie vue à travers les yeux de Zoltan Bartos, l’aîné d’une riche famille bourgeoise de Budapest. La joie de vivre, la florissante fabrique de bois familiale, les vacances en Europe, rythment avec légèreté une vie libre, douce et heureuse.
Zoltan s’amuse avec sa caméra : il réalise en amateur des films muets burlesques dont les personnages sont ses amis et sa famille. Il est aussi compositeur de chansons populaires traditionnelles de l’époque. 1940, la tragédie survient : le fascisme en Europe, les raids aériens, les préparatifs militaires. Une voix-off énumère avec une précision toute objective, en complet contraste avec l’histoire subjective familiale, les destructions, les morts, les exterminations des 600 000 juifs hongrois, avant la nouvelle tragédie à venir, celle de la dictature communiste.
Images cinématographiques de Bartók (Mozgokepek Bartókrol)
La veuve de Tibor Serly ayant mis à disposition les rares minutes de documents cinématographiques qui nous reste de Bela Bartók, documents dont le son est perdu, deux musicologues, Erzsébet Tusa et Ernö Lendvai, tentent de retrouver le passage de piano que Bartók joua à New-York chez les Serly ce 26 septembre 1942.
Cuba Son
Après avoir parcouru le monde avec sa salsa, le musicien panaméen Azuquita découvre Cuba, sa terre natale. Il y est accueilli par « Los Jubilados », les camarades musiciens de son père et stars septuagénaires du Son à Santiago. De l’enregistrement d’un disque aux bals populaires, des visites familiales aux improvisations de rue, ce voyage est une plongée dans l’univers de ces retraités infatigables.
36 choses à faire avant l’an 2000
Entre les bruyants préparatifs d’auto-célébration en occident et le silence du continent africain qui a d’autres préoccupations, le quotidien d’un village togolais au soir de l’an 2000. Leur projet d’achèvement de la bibliothèque, leur idéal que le village vive d’autres perspectives de développement. Même si pour cela ils doivent ranger les filets à papillon.
Dans la ville blanche
Paul, mécanicien sur un navire en escale à Lisbonne, abandonne son poste. Il marche dans les rues au hasard de ses pas, filmant avec une caméra super-8. Il s’installe dans un petit hôtel où il se lie avec Rosa, la serveuse. Pourtant il aime toujours sa femme Elisa restée en Suisse. Deux voleurs lui dérobent son portefeuille, il est blessé, hospitalisé. À sa sortie Rosa, lassée de l’attendre, est partie. Elisa lui écrit une lettre en forme d’ultimatum – ou d’amour. Paul repart en Suisse. Dans le train, deux femmes l’observent…
Natal 71
« Natal 71 est le nom d’un disque offert aux militaires qui faisaient la guerre dans les anciennes colonies portugaises, à Noël 1971.
Cancioneiro do Niassa est le titre d’une cassette audio, enregistrée clandestinement par des militaires, au long des années de guerre, au Mozambique. C’était l’époque où le Portugal était un grand empire colonial – c’est en tous cas ce que je lisais dans mes livres d’école – et, pour qu’il le reste, mon père et une grande partie de sa génération ont combattu dans cette guerre qui a duré treize ans.
Aujourd’hui. nous transportons ces mémoires, en silence. Je regarde en arrière et j’essaie de me souvenir. Chez mon père, j’ai retrouvé quelques photos, la cassette, le disque. La cassette, c’est la voix de la révolte. Et le disque, c’est une pièce de propagande nationaliste. Ce sont les mémoires d’une dictature fasciste.
Des mémoires d’un pays replié sur lui-même, pauvre et ignorant, bercé par une propagande mielleuse et primaire qui s’efforçait de nous cacher tous les conflits, et qui nous empêchait de penser et de reconnaître la nature répressive du régime sous lequel nous vivions. »
Margarida Cardoso
Jaime
De la vie, des trente années d’internement dans un hôpital psychiatrique de Lisbonne, et des dessins de Jaime Fernandes.
« Né en 1900 dans la paroisse de Barcos, dans la région de Covilha, il était travailleur rural. Il s’est marié, on ne nous dit pas s’il a eu des enfants. Le 1er janvier 1938, il est interné à l’hôpital Miguel Bombarda. On lui donne le numéro 2434. Et on diagnostique une schizophrénie. Il avait trente-huit ans. C’est là qu’il a été détenu (« il ne m’appartient pas de rester ici » écrit-il) pendant trente ans. […] Il est mort le 27 mars 1969. Il avait soixante-neuf ans. On dit qu’il a commencé à peindre à soixante-cinq ans. Il a peint sans cesse (« il a toujours travaillé ») avec un stylo-bille et un crayon ». João Benard da Costa, in Expresso (9 février 1974) (source : Zeuxis)
