Joëlle Léandre Bassecontinue

Joëlle Léandre basse continue

Joëlle Léandre, contrebassiste, improvisatrice et compositrice est une des figures importantes de l’improvisation libre. Formée à la musique d’orchestre et à la musique contemporaine, elle joue plusieurs années au sein des ensembles Itinéraire, 2e2m ainsi que l’Intercontemporain de Pierre Boulez. La contrebasse, compagne d’une vie vouée à la musique, est décrite par l’instrumentiste comme un appel venu de l’adolescence, une attirance pour les profondeurs et la gravité – celle des sons et celle, plus concrète encore, qui permet de se tenir debout, en équilibre précaire, sur la sphère terrestre.

Christine Baudillon ne s’est pas trompée : dès les premières images de son portrait, elle cadre serré un corps large, rond, amoureusement arc-bouté sur une pièce de bois non moins ronde, large, dansant elle aussi sous les coups d’archet et les allers et retours de la main sur son cou. Dans une réalisation sobre, tout en plans fixes, la cinéaste offre un idéal contrepoint à l’énergie débordante de son sujet.

La jeune réalisatrice montpelliéraine, qui se prête régulièrement à l’art du portrait, y suit Joëlle Léandre en diverses sessions live, de Paris à Tel-Aviv en passant par Oakland, Ramallah, et saisit d’intenses moments de jeu où se croisent nombre de figures de la musique improvisée : Fred Frith, Barre Philipps, George Lewis, Anthony Braxton, Daunik Lazro, Lauren Newton, Jean-
Luc Cappozzo ou encore Jean-Claude Jones. Entre deux avions, Christine Baudillon capture son volatile sujet et le fait parler : de ces entretiens se dégage une philosophie de vie mûrie par le travail sur l’instrument. Et sur ses terres du sud de la France, dans un jardin dont elle amasse l’herbe fraîchement coupée, Joëlle Léandre apparaît telle qu’elle se décrit : une travailleuse du son,
une paysanne des notes, revenue de toutes les  virtuosités pour simplement se laisser traverser, avec son instrument, par le flux de la vie.

Geschichte der Nacht

Geschichte der Nacht

Des scènes de la nuit filmée dans quelques dix-neuf grandes villes européennes. Architectures nocturnes et rues presque vides : comme autant de présences disparues.

« Prises de vue réalisées de nuit dans 19 pays européens, avec une caméra tenue à la main et animée de légers mouvements comme ceux de la respiration. Les rumeurs de la nuit. Nuits sombres, nuits claires. De ces séquences nocturnes se dégage l’image de la nuit en un seul lieu (intérieur). Le réalisateur n’a installé aucun éclairage ; il a utilisé du matériel Kodak 4 X, poussé jusqu’à 1200 ASA.»

Martin Schaub, L’Usage de la liberté, le nouveau cinéma suisse 1964-1984,  éd L’âge d’homme /pre Helvetia, 1985, p159.

Praejusios Dienos Atminimui

Praejusios Dienos Atminimui

De rues en rues, de minutes en minutes le désert d’une ville moderne…

Par de longs plans fixes et inquisiteurs, Sharunas Bartas propose une vision poétique d’une ville et de ses habitants. En compagnie d’un saltimbanque errant, une pérégrination urbaine empreinte de fatalité et de résignation.

Lumière du Nord

Lumière du Nord

En cette fin d’automne, juste avant que la nuit polaire n’ensevelisse tout, quelques heures de lumière par jour subsistent dans le village de Soumskiy Pozad, à mille kilomètres au nord de Saint-Pétersbourg, en Carélie, au bord de la Mer Blanche. C’est la Russie des forêts sans fin et des carrés de patates. Relié au reste du pays par une vague route boueuse et un morceau de voie ferrée, le village vit dans un temps suspendu et mystérieux. Les habitants, robustes et intransigeants, travaillent tranquillement : aucune nécessité autre que les conditions climatiques ne les presse. C’est la Russie heureuse, encore, et froide.

La Maison vide

La Maison vide

Dans les confins de l’Amérique du Nord, une petite communauté espagnole fondée au début du XIXe siècle survit, ou plutôt s’éteint tranquillement, au milieu d’une région aride rongée par la rouille, la bière et les vents de sable. Des carcasses d’engins agricoles et des cadavres de vaches jonchent la terre ingrate. Ce monde filmé à distance d’ivrogne donne une impression de déroute délicieuse. Le chaos des jours ordinaires d’un lieu vidé de tout ne rend pas l’existence plus difficile, mais plus légère.

Tourné en coulisses, du point de vue d’une caméra subjective, ce film raconte ses relations ambiguës et ses négociations d’épicier avec les gens de ce village perdu dans les montagnes.

Isabelle Eberhardt, ou la fièvre de l’errance

Isabelle Eberhardt, ou la fièvre de l’errance

Dans Isabelle Eberhardt, ou la fièvre de l’errance, le cinéaste va à la recherche des traces que la légendaire écrivaine d’origine russe a semées à partir d’El Oued en passant par Alger, Béchar, Kénadza et enfin à Aïn Séfra où elle repose à jamais dans un cimetière à l’ombre et dans le silence de ce désert qu’elle a somptueusement décrit.

Fuyant le continent où Nietzche avait annoncé « la mort de Dieu », elle va à l’aventure dans les immensités du désert, lieu historique et mythologique des croyances monothéistes, pour assouvir son besoin de spiritualité et se découvrir une nouvelle identité, elle qui a tant souffert du « néant » du père et de l’exil en Suisse, loin de son pays la Russie qu’elle n’a jamais connue mais qu’elle a toujours fantasmée et chérie.

Beautiful Simone / première brique

Proposition cinématographique éphémère sous forme d’une projection simultanée de deux films tournés en 16 mm. Montage inachevé de rushs bruts, l’installation se donne à voir comme l’émergence de quelque chose à travers une écriture littéralement corporelle. Il y a des lignes, des sillons, des endroits, physiques et mentaux, des traces d’une histoire passée, et d’une autre en train de se faire en même temps que le film se cherche lui-même.

« Au départ il y a ce lieu.

Puis ces gens dans ce lieu.

Partir déjà de ça.

Des énergies que l’un et l’autre dégagent.

Dans ce cadre.

Dans ce geste.

Et voir ce qu’elles racontent. »

Beautiful Simone est la première brique de l’édification du film documentaire expérimental réalisé par Quentin Brière Bordier dans le cadre du Pli.

Plan K tracé 1

Plan K tracé 1

Pièce théâtrale. Conception artistique : Jean Pierre Brière. Accompagnement sonore : Didier Préaudat. 

Premier tracé, premier sondage « d’un champ de coton dans lequel on se promène, nu, la nuit ».

Sondage aléatoire, plus préoccupé à appréhender la ou les natures du sol, qu’à prétendre en connaître prématurément la composition.

Ici on se méfie de l’histoire, on éloigne les a priori, on se met à l’œuvre sans savoir véritablement de quel ouvrage il s’agira, autrement dit, on reconnait ne pas connaitre « ce qui maintient la brute, et la maintiendra encore pour des éternités, à distance de la demoiselle » qui peuple le monde.

Ici on ne verra rien d’une pièce, en tout ou partie, qui aurait pour titre : Dans la solitude des champs de coton, on n’entendra du texte qu’en creux, on ne saisira rien qui ne tombe sous le sens autre que la sensation d’une probabilité.

C’est cet espace d’herbes folles, de culture abandonnée, de cailloux, un espace laissé brut et vierge, avant l’envahissement des grues et des pelleteuses, avant que ne se dresse l’édifié, que foule du pied ce premier tracé.

Vaille que vaille, le tracé 1 de Plan K écrit, met en mots et en mouvements une intuition préambulaire, dans un format réduit dont on se plait à penser qu’il procède « comme un poids dont il faut que je me débarrasse sur quiconque, homme ou animal, qui passe devant moi ».

Mon petit frère de la Lune

Mon petit frère de la Lune

Une petite fille essaie de comprendre pourquoi son petit frère (autiste) n’est pas vraiment comme les autres enfants et donne sa version des faits.

Les Souvenirs d’hiver se content à l’automne

Les Souvenirs d’hiver se content à l’automne

Margo et Rémi attèlent leur caravane et s’engagent sur les routes de l’Europe à la rencontre des Roms. Mais en chemin, leur convoi les attire vers les camps nazis où fut décimé le peuple du vent. À chaque halte, leur caravane se leste de la mémoire du génocide tsigane. Puis, à la veille de Noël, au bout d’une route de campagne, ils sont accueillis par une troupe d’enfants roms. Au moment du retour, Margo et Rémi peinent à tirer leur caravane devenue lourde d’incompréhension : comment les nazis avaient-ils pu vouloir la mort de ces gens-là ?