Près de quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un jardin ouvrier, quartier du Pont Rompu à Tourcoing, français et algériens cultivent leur bout de terre. Ces hommes ont été les appelés, les militants du FLN ou les « harkis » d’une guerre coloniale menée par la République française.
Ce jardin est donc le lieu d’une mémoire multiple où se retrouvent des hommes qui auraient pu se rencontrer à la guerre ou à l’usine. C’est la culture d’un potager, activité universelle s’il en est, qui les rassemble ici. Contemporains à distance d’une histoire commune, parfois indifférents voire hostiles les uns aux autres pour des motifs culturels, sociaux ou politiques, ils travaillent côte à côte le même morceau de terrain.
La Nouvelle-Guinée est à la mode : « les dernières tribus de l’âge de pierre », « La vallée perdue », « L’ombre des missionnaires »… On met le sauvage dans son costume et on lui demande de ne pas bouger pendant la photo. On regarde le Papou comme on regarde un oiseau de paradis. On a oublié qu’il parlait et qu’il avait des mots choisis. Mais qui peut le comprendre ?
Le propos du film est d’inverser ce regard et de montrer comment la tribu sauvage voit celui qui la regarde. Il est étrange en effet cet ethnologue qui se donne tant de mal pour être à l’aise ; qui s’efforce d’apprendre une langue qu’il ne parlera pas chez lui ; qui perd parfois son calme quand on ne comprend pas ce qu’il dit : qui pose des questions indiscrètes et ne cesse d’écrire sur un carnet qui ne le quitte jamais. Que nous veut-il cet étranger ? Qu’est-ce qu’il cherche ? Est-ce un voleur, un chasseur de mots, un missionnaire ?
Il ne s’agit pas d’un documentaire sur une société exotique, très exotique, mais sur l’exotisme de celui qui l’observe, et sur l’art, peut être, d’échanger des regards.
Immigré dans la région parisienne depuis 1957, Kader est électricien. Avec sa famille (son épouse et ses enfants, Youcef, Amar, Myriam et Soraya âgés d’une trentaine d’années), il décide de passer les vacances d’été dans son village natal, proche d’Alger. Sa dernière visite remonte à 1998, à l’occasion du mariage de sa nièce. Les enfants eux, n’y sont pas retournés depuis environ une dizaine d’années. Au sein même de cette famille, entre ceux qui sont restés au pays et ceux qui ont émigré vers la France, comment perçoit-on la situation de l’Algérie ? Quels espoirs les uns et les autres nourrissent-ils pour leur pays ? Qu’en est-il de la relation franco-algérienne ? De l’immigration contemporaine ? De l’envie d’exil des algériens aujourd’hui ? Des discours différents des deux côtés de la Méditerranée ? Des envies des uns et des autres… En somme, de petites histoires de familles qui nous parlent simplement de l’histoire franco-algérienne.
La communauté des deux cents tsiganes de « Dallas » vit de la récupération des déchets de la décharge municipale de Cluj-Napoca, deuxième ville de Transylvanie. La famille Lacatus est une famille ordinaire de « Dallas » qui travaille en équipe. Les deux frères aînés, Nicolae (onze ans) et Ciprian (treize ans) sont partagés entre leurs propres désirs et l’attente de leurs parents, une situation qu’ils évoquent avec lucidité et ironie.
Nous sommes à Paris, près des Grands Boulevards, dans les premiers mois du XXe siècle. Il y a les rues qui s’animent, s’éveillent et s’endorment, l’alignement tranquille des immeubles, des cours, des passages. Un destin se dessine, par fragments. Les bribes tour à tour douloureuses ou tendres, d’une vie passée là, vers le métro Bonne Nouvelle. L’homme invente à son quartier une autre géographie, intime et secrète, que l’aident à révéler deux voix amies, celles de deux femmes. Alors le témoignage se mêle au discours de l’homme : nous invitant à pénétrer un autre temps, un autre espace : « Bonne Nouvelle ». Un lieu inouï, bruissant du son sec des machines à coudre, du sommeil paisible des mendiants, du ballet incessant des voitures, de la pluie, des toxicos égarés rue Saint-Denis, du filé des souvenirs, du travail au noir… Ici, maintenant, au cœur de la Ville-Lumière.
Le cabinet de vétérinaire de Gonneville-la-Mallet, un gros bourg du pays de Caux. Quatre vétérinaires consultent. Le travail est varié : tantôt consultation de ville où l’on soigne les chats et les chiens, tantôt interventions dans les fermes où l’on s’occupe du bétail, dans la crainte de l’ESB. Au cabinet comme à la ferme, leur métier les confronte à la maladie des « bêtes » et à ce qu’elle révèle. Entre ces animaux de compagnie surinvestis affectivement et ces animaux de ferme transformés en fabrique de protéines, quels sont aujourd’hui les rapports que nous entretenons avec « les bêtes » ?
Un voyage en Roumanie et dans l’ex-république soviétique de Moldavie, où ce que l’on appelle « la transition » est un terme poli pour décrire le chaos économique et social de l’ancien bloc socialiste. C’est aussi le temps des reconversions.
« J’ai voulu voir comment c’est quand ça commence, comment on passe de Marx au Marché, comment une usine de missiles se transforme en usine d’ouvre-boîtes, et des ouvriers socialistes en ouvriers capitalistes… », Stan Neumann
Le récit au présent se fraie un chemin parmi les souvenirs du passé. Les personnages interprètent leur propre rôle à la frontière entre documentaire et fiction. Oreste Scalzone, condamné en Italie, exilé en France, incarne l’esprit du passé subversif. Giorgio Bellini, figure de 68 en Suisse, retiré dans une recherche sur les anciennes routes dans les Alpes, est tout à coup arrêté et accusé de terrorisme. Francesca Solari, réalisatrice et narratrice du film, blessée par la campagne de presse contre l’homme qu’elle apprend à aimer, élabore des fragments de mémoire pour donner sens à sa propre vie. Elle reprend le dialogue avec le père qui finit par donner du relief à l’image de la mère.
Manon a quinze ans. En vacances, elle a rencontré Greg, dix-sept ans. Il habite Claviers, petit village du Haut-Var. Manon habite Paris et vient en vacances à Claviers où sa mère a grandi. Greg et Manon sont amoureux. Portrait d’un jeune homme dans le monde qui l’entoure quand sa petite amie est là, quand leur histoire existe et défie l’histoire et la géographie.
Après Step Across the Border, Nicolas Humbert et Werner Penzel ont passé environ deux ans à suivre trois groupes nomadiques très différents les uns des autres. Échappant au piège de la nostalgie, ils ont voulu créer une nouvelle œuvre dans l’esprit « cinénomade ». Le résultat est un long voyage en compagnie des artistes du Cirque O, de nomades Touaregs du Sud-Sahara, et du poète américain Robert Lax. Ce qui relie ces individus apparemment très différents ? C’est probablement que leur état de nomades et leur vie dépouillée au minimum en font les êtres humains les plus centrés sur eux-mêmes…
Réalisé avec l’idée de s’initier à des modes de vie nomades, traditionnels ou modernes, le film est devenu lui-même une aventure nomade. Une sorte de « ciné-poème » d’une pure beauté, excluant toute généralisation et soucieux des détails, allant ainsi bien au-delà d’une simple étude comparative de modes de vies nomades. Mis en musique par Fred Frith.