Au Rwanda, entre un demi-million et un million et demi de personnes ont été tuées en un peu plus de trois mois. Le génocide perpétré durant l’année 1994 – le plus important après la Seconde Guerre mondiale – a été la mise en œuvre d’une opération planifiée des mois à l’avance, et qui a été menée d’une manière concertée, systématique et méthodique. Jean-Pierre, qui a échappé à la mort, nous raconte avec précision comment il a vécu les événements qui ont engendré ce génocide. Mais au-delà des faits, comment peut-on vivre après ?
Wild blue, notes à quelques voix
Tel un journal de voyage, le film est une succession de fragments de vie. Jalonné de voix de femmes, il accueille enfants, arbres et vents comme autant de motifs musicaux. De cette variation naît l’évocation d’un monde meurtri par l’horreur civile ou religieuse, approché au gré de gestes, de silences, de regards et de chants. Ces notes à quelques voix composent au fil du temps un simple poème de l’écoute.
Trois soldats allemands
À partir d’un fait divers, l’exhumation d’un cadavre de soldat inconnu, le film tire les fils d’une histoire complexe et mouvementée qui s’est déroulée en Lorraine pendant cent ans. On y croise des destins contrariés, des morts brutales et des exils. Par delà quelques figures romanesques, c’est l’aventure du siècle vue dans le prisme des guerres franco-allemandes et les derniers soubresauts de la nation française avant qu’elle glisse dans une identité qui la dépasse. Une enquête sur les « lieux du crime ».
Sur les cendres du vieux monde
Hayange, la vallée de la Fensch en Lorraine, « berceau et fleuron de la sidérurgie française », peut-on lire dans les encyclopédies, mais à l’aube du troisième millénaire, le constat est plutôt amer. Les usines, poumons économiques de la région et qui en avaient façonné le paysage, sont aujourd’hui détruites à 95 % et la population touchée de plein fouet par la crise. Attirées par les primes et les exonérations de charges, des entreprises de pointe s’y installent pour quelques années avant de délocaliser vers d’autres eldorados à la main d’œuvre bon marché. Qu’importe alors les chômeurs, les angoisses, et les vies brisées…
Telle est la vallée aujourd’hui : désemparée, abandonnée, sacrifiée sur l’autel de la mondialisation. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Comment vit-on à Hayange aujourd’hui ? Et puisque le XIXe siècle sera celui du néolibéralisme, qu’adviendra-t-il de cette population érigée dans le culte de la mono-industrie, du paternalisme des maîtres de forge et désormais orpheline de l’ère de fer ?
Rêve d’usine
En septembre 1999, une nouvelle tombe de Zurich : la direction du groupe Slumberland, auquel appartient l’entreprise Epeda, a décidé la fermeture totale de l’usine de Mer, fondatrice des matelas Epeda, au cœur du Loir-et-Cher. Une décision inattendue qui touche 294 ouvriers. Un conflit s’ouvre. La vie se réorganise à l’intérieur des ateliers. Proche des corps, des regards, le récit d’une résistance au quotidien contre une fermeture que les ouvriers découvrent comme déjà programmée loin de Mer. En avril 2000, les camions qui partent d’Epeda n’emportent pas de matelas mais les machines les plus performantes de « l’usine ».
Optimum
Optimum rapproche les destins de trois visionnaires anglais du XIXe siècle, qui ont partagé le credo devenu pour nous si familier : tout doit être utile, toutes les ressources humaines doivent être optimisées et rentabilisées. Jeremy Bentham (juriste), Charles Babbage (inventeur) et Francis Galton (statisticien) ont tendu leur force vers un « zéro défaut » appliqué à l’ensemble de la société. Le film retrace leur histoire, donne corps à leurs projets les plus audacieux, en reconstituant notamment par des animations les dispositifs dont ils ont rêvé. Ce faisant, il montre comment le calcul du bonheur peut se renverser ironiquement dans la plus noire des fantasmagories.
Off the road
Le film retrace la tournée aux États-Unis en 2000 du contrebassiste Peter Kowald, un des piliers de la musique improvisée. À l’image de cette musique sans partition, ce « free improvised road movie » saisit au vol les péripéties de ce grand tour au volant d’une vieille Chevrolet Caprice. Nombreuses rencontres avec de grands noms du Free :George Lewis, William Parker, « Kidd » Jordan, Hamid Drake, Fred Anderson, Rashied Ali…
Ne réveillez pas le chat qui dort
C’est au travers d’Ice Cream, chat cancéreux de la cinéaste, et donc d’un regard délibérément subjectif, que va s’entamer une visite très particulière à Alfort. L’école vétérinaire d’Alfort, arche de Noé en pleine ville, entre instinct et machine, est aussi un gigantesque vivier où observer les lois qui nous régissent, nos animaux et nous. Au gré de disciplines de plus en plus « éclairantes », allant de plus en plus profond ou de plus en plus loin vers l’abstrait – anatomie, chirurgie, imagerie médicale – vers la connaissance et la guérison, le film génère un trouble opaque et grandissant, poétique et enfantin, celui-là même provoqué par le regard animal où se lit comme une énigme enfuie. Peut-être, simplement, celle d’une mémoire douloureuse et lointaine qui ferait de la bête, comme le dit le beau mot de Walter Benjamin : « La réserve de l’oublié »…
Life is on earth
« Raconté à la première personne, le film est le récit de la traversée que j’ai effectuée à bord d’un supertanker de trois cent mille tonnes, du Havre jusqu’au Golfe pendant un mois sans escale en compagnie d’Anne-Françoise Brillot, une amie photographe. J’ai suivi la vie et le travail dans cet espace clos, les relations entre les hommes de nationalités et de positions hiérarchiques différentes : onze français et vingt-et-un bulgares. Leur coexistence est difficile. J’ai tenté de comprendre ce qui les opposait et ce qui pouvait les rapprocher. Les marins parlent peu, leurs confidences sont précieuses. Elles m’ont permis de trouver progressivement ma place au milieu de leur histoire, petite histoire parmi toutes celles qui racontent la division internationale du travail. », Pascaline Simar
Lettre d’un cinéaste à sa fille
Un film artisanal et libre, personnel et ludique sous forme de lettre. Un film tissé de mille histoires et cousu de différentes textures, un livre d’images où un cinéaste prend position par rapport au cinéma et donne à voir les images et les histoires qu’il veut partager.
