Compétition, Sélection ? Certains termes à force d’être entendus sans êtres écoutés, résonnent étrangement à l’heure du choix… Sélectionner et donc « exclure ». Ainsi seraient les mœurs et les rites, Ad vitam æternam ? Cela ne peut nous exonérer d’affiner la réflexion, de chercher des pistes, d’explorer encore…
Neuf heures de programmation au cœur du festival et deux prix vont ainsi solder provisoirement : des mois ou des années de travail ; les trois mois assidus et passionnés de visionnage du comité de sélection ; la responsabilité critique aiguisée d’un jury.
Injuste, dérisoire, insensé ?
Plus de cent quatre-vingts auteurs, réalisateurs, artistes, soit près du double de l’an dernier, nous ont fait parvenir leurs œuvres. Pour certains, une étape dans un parcours, pour d’autres une première réalisation. Pour tous, nous l’imaginons, un besoin de considération, de diffusion, de recherche de publics.
À eux seuls, Les Écrans du Doc ne peuvent répondre à cette demande légitime. Mais…
Ils enrichissent à leur mesure, l’éventail de manifestations de plus en plus nombreuses, qui du Réel à Lussas, de Marseille à Vic-le-Comte, de Bruxelles à Nyon, ou Montréal, d’Amsterdam à Leipzig offrent un espace « d’exposition » aux écritures documentaires.
En insistant, sans désir de jeu de mots, sur Création Documentaire, quand le terme consacré, par habitude se décline à l’envers, les Ecrans du Doc affichent clairement leur intention. Au-delà de l’intérêt des sujets abordés, de la sincérité, de l’engagement, des qualités des films présentés, nous avons choisi de privilégier l’originalité des démarches, la créativité personnelle, la rencontre et la présence. Des films qui nous semblent réaliser l’alchimie nécessaire entre un sujet et des destinataires : du temps, de l’éthique, de la complexité et nécessairement du plaisir, des plaisirs aussi variés que nos émotions peuvent l’être. De telles qualités ne se révèlent pas à travers des grilles d’analyse, des standards, des normes mais dans l’attention, l’écoute, l’intuition. Avec pourquoi s’en cacher de l’élan passionnel, de la subjectivité assumée. Donc avec le droit à l’erreur, à l’oubli, au regret, à l’arbitraire qui rôde rusé-masqué. Pour tout dire, deux-trois « remords » nous trottent en tête depuis l’an dernier, sans que, ne nous prenons pas au sérieux, la face du monde en soit changée…
À ceux qui déçus de ne pas figurer dans la « Sélection », ricaneraient d’un argumentaire aussi « impressionniste », une piste, une piste seulement sur nos « critères » à travers cette réflexion écrite dans le catalogue des États Généraux de Lussas 1990, par Jean Gaumy, photographe à l’agence Magnum et réalisateur : « Comment ne pas tenir compte de l’équivoque, de l’étrangeté de cette place du cinéaste filmant la réalité comme s’il était au cœur de son action tout en lui restant extérieur ? Quelle que soit la situation humaine rencontrée, délicate ou au contraire banale, comment inscrire dans le travail du film, l’ambiguïté de cette position d’observateur, réfléchir la nature de ce regard, des images qu’il engendre et de la réalité qu’il fixe. Prétendre que la réalité est au bout de la caméra et qu’il suffit de filmer pour l’atteindre, « pour la toucher du doigt », n’est-ce pas plus qu’un leurre, de l’indécence ? Et s’il n’y a dans les images documentaires de réalité que subjective, en quoi consiste cette subjectivité sinon dans la relation filmeur-filmé ? »
Le Prix du Conseil Général du Val-de-Marne est doté de 10 000 francs
Le Prix DRAC Île-de-France, doté de 5000 francs, privilégie une forme courte, « jeune création »…
Jury de la Compétition de Création Documentaire
- Fabienne Bernard, chargée de mission, cinéma et audiovisuel à la DRAC Ile-de-France
- Guy Gauthier, critique et écrivain de cinéma, a publié des études sur Andrei Tarkovsky et René Allio. Et en octobre 1995, Le documentaire, un autre cinéma chez Nathan Université
- Lionel Lechevalier, responsable technique de l’unité audiovisuelle du Conseil Général du Val-de-Marne
- Dominique Margot, déléguée générale d’Images en Bibliothèque
- Hervé Nisic, réalisateur, vidéo-artiste et producteur. Co-fondateur d’Ex-Nihilo
Comité de sélection
- Gil Rabier, producteur-réalisateur de documentaires et courts-métrages
- Benoît Rouvier, réalisateur, programmateur Tévé-Troqué
- Barbara Tannery, critique Revue Documentaires
- Frédéric Féraud, assistant de direction des Écrans du Doc, programmateur du ciné-club La Lanterne
- Didier Husson, journaliste, délégué général des Écrans du Doc
- Cédric Jouan, assistant de direction des Écrans du Doc, programmateur Peyotl
Films
Chère Grand-mère
Patrice Dubosc | 1995 | 18' | France
Des films 8 mm tournés par une mère disparue, une grand-mère polonaise inconnue, un « voyage de retour », une femme aimée : des fragments à partir desquels il s’agit, pour le héros, de renouer les fils rompus de la vie.
Le Dossier Melbouci
Angelo Caperna | 1996 | 21'
Monsieur Melbouci se présente à l’association pour le Droit à l’initiative économique (ADIE) pour demander un prêt de trente mille francs. Les étapes pour l’établissement d’un dossier ressemble à une course d’obstacle.
L’Effet Transsibérien
Xavier Villetard | 1996 | 75' | France
Au début du siècle, juste avant la révolution de 1905, Blaise Cendrars vit et voyage en Russie. En 1913, de retour à Paris, il écrit La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. Dix jours durant, Moscou-Tchita aller et retour, nous nous sommes plongés à notre tour dans la Russie de cette fin de siècle avec pour feuille de route le poème de Blaise Cendrars. Ne nous demandez surtout pas quel jour nous sommes ni quelle heure il est ! C’est le début de l’Effet Transsibérien.
Faille
Gaëlle Vu | 1996 | 53'
Faille est l’espace de silence entre deux civilisations, deux générations, deux êtres… Faille est le chemin par le langage, vers la parole. Faille est la mémoire préservée, la filiation douloureuse dans l’exil. Entre France et Vietnam.
Folle Patience
Dominique Verrier | 1996 | 21' | France
Dans un foyer, Jacques vit avec Alexandra une histoire d’amour… Jacques parle beaucoup, Alexandra pas du tout. Jacques a cinquante-neuf ans, Alexandra vingt-quatre. Jacques et Alexandra sont tous les deux paralysés.
Inès, ma sœur
Carole Fierz | 1995 | 59'
Inès Bacan est fille, petite-fille, arrière petite-fille de chanteurs. Elle dit en évoquant son adolescence « dans ma famille si tu ne chantais pas bien ou n’étais pas gracieux, personne ne te prêtait la moindre attention. Et moi je n’étais pas gracieuse » ajoute-t-elle « je ne l’ai jamais été ». Un soir, après trente huit années de silence, elle délivre un chant qui laisse toute la famille présente, ahurie et émue…
II semble y avoir mille et une manières d’appréhender l’âme, l’esprit d’une musique et l’expression de la culture d’où elle jaillit. A priori… Le Flamenco ne devrait pouvoir y échapper. Après moult heures de visionnage de films sur les musiques de Méditerranée, l’impression s’impose : l’audace, les possibles se réduisent comme une peau de chagrin. Reste une forme séduisante, celle du périple mosaïque à l’image du Voyage andalou de Jana Bokova, de Latcho Drom de Tony Gatlif.
Inès, ma sœur démontre qu’il en est une autre, plus intimiste et pudique. Avec une caméra confidente sans le miel équivoque de la complicité. Qui ne cherche pas obsessionnellement « authenticité » mais sait insinuer sa présence pertinente. Sans avoir peur des silences, des moments en suspens. Il lui faut du temps. Le temps qu’il faut. De la confiance et de l’échange. Fréquenter, donner, recevoir sans doute, Carole Fierz connaît Pedro Bacan et le clan gitan des Pinini depuis un certain laps de temps. Elle les a fait venir en concert en France. Et puis, elle a fait ce film, en prenant ce temps qu’il faut. Sans ressentir le besoin d’accélérer la sortie de chrysalide pour rendre la chose spectaculaire. Bien sûr, les amateurs de « folklore » n’y trouveront sans doute pas leur compte…
Moments tibétains
Ariadne Breton-Hourcq | 1995 | 30'
Un regard lent scrute la vie aux abords de grands lieux de culte tibétains. Une tension sourde s’étire et aplatit sans répit les hommes sur les murs dans le braiment des ânes. L’œil fouille, défait les formes, assiste à la défiguration des êtres dans la lumière, participe à la beauté d’un monde et à son sommeil de chien, transforme le rire d’un jour en un énorme chant d’espoir.
Nord pour mémoire, avant de le perdre
Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter | 1996 | 30' | France
Ce documentaire, composé presque exclusivement d’images d’archives, retrace la mémoire de la mine dans le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais, tout au long de ce siècle. Le passé, plus ou moins lointain, n’y est pas évoqué à la manière de nos manuels d’histoire, mais poursuivi selon un point de vue plus intime, plus quotidien, attentif aux détails, et porté par le récit à la première personne de cinq personnages : l’ingénieur, le porion (contremaître), le galibot (jeune mineur), le délégué mineur et le médecin. Des entretiens réalisés dans le bassin houiller et des archives écrites (rapports, lettres) en ont constitué la trame et le style.
L’Ours et la Petite Mariée
Jean-Claude Taki | 1996 | 11' | France
Que sont devenus les tsiganes en ex-Yougoslavie ? Je ne le sais pas. Alors je me souviens… Demain…
Le Pacte fragile
Alain Dufau | 1996 | 34' | France
C’est un portrait du photographe Jacques Windenberger, membre de l’Agence Rapho, qui, depuis trente-cinq ans, dresse la chronique des gens et de leur cadre de vie. Avec eux, il engage une réflexion sur l’utilisation de l’image dans notre société.
Le tournage s’est effectué à Marseille, dans les quartiers nord et le centre ville, et dans les collèges où les photographies donnèrent lieu à un travail d’expression. Mais aussi à Sarcelles où le photographe engagea son métier, à Cap d’Aïl dans un foyer pour travailleurs immigrés, à Carros dans une ville nouvelle, à Niolon dans des cabanons…
Un film dont la simple ambition est de partager le désir de rencontre comme source du travail d’image.
Le film trouve son origine dans le travail photographique Images de Marseille, question de fraternité, publié aux éditions Alternatives.
Parole portée
Axel Guyot | 1997 | 22' | France
Parole portée est un documentaire sur l’alchimie de la création. Sans commentaire, le film se concentre autour du geste du sculpteur Nicolas Alquin et des jeux de lumière sur la matière. Pas à pas, il suit l’élaboration d’une sculpture qui représente un corps portant sa tête coupée dans ses bras. Depuis le travail des abeilles sur la cire, matière première de l’artiste, jusqu’à la fonte du bronze, Parole portée est une parole portée jusqu’après la mort.
Qui je suis
Bertrand Bonello | 1996 | 41' | France
En 1966, atteint d’un grave ulcère, Pasolini revient sur sa vie et son œuvre. Il rédige alors un long poème autobiographique, en prose, qu’il remanie avant de le délaisser. Trente ans après sa mort, Bertrand Bonello décide d’en faire un film, en hommage à cet artiste survolté.
Sur la plage de Belfast
Henri François Imbert | 1996 | 40' | France
Par un jeu de hasard, le réalisateur s’est trouvé en possession d’un film Super 8 dans une caméra offerte par son amie de retour d’un voyage à Belfast. Il découvre des images d’une famille s’amusant au bord de la plage et décide de se rendre en Irlande du Nord pour la retrouver.
Trois histoires d’amour de Vanessa
Anne Villacèque | 1996 | 45' | France
Trois moments dans l’éducation sentimentale de Vanessa, adolescente de Champigny-sur-Marne. Trois instantanés, filmés à trois différentes périodes de son évolution : treize ans, quinze ans, seize ans. Trois garçons, objets de son amour : Willy, Jonathan, Yacine. De ses balbutiements amoureux de petite fille à ses premiers désirs de femme, Vanessa grandit et construit son histoire.
Un automne en Pologne
Julien Donada | 1996 | 15' | France
« Un peu avant l’hiver, le jour de la Toussaint, j’arrivais en Pologne avec un ami. Mais qu’est-ce que la Pologne ? La Pologne, c’est le pays où l’on va chercher ses origines. Mais pour moi, rien de près ou de loin ne me liait avec ce pays. Aucune origine polonaise, aucun juif dans ma famille, aucun déporté. Rien. Rien ou presque. Cet ami qui m’accompagne a une grand-mère, une grand-mère juive polonaise, elle est tellement discrète là-dessus qu’on l’oublierait presque. La Pologne, c’est le pays où l’on va chercher ses origines, si on n’en a pas, on va chercher celles des autres, et puis aussi, on regarde. »
Séances
vendredi 6 décembre 1996 à 15h30
Salle Saint-Éloi
- Qui je suis
Bertrand Bonello | 1996 | 41’ | France - Moments tibétains
Ariadne Breton-Hourcq | 1995 | 30’ - Le Dossier Melbouci
Angelo Caperna | 1996 | 21’ - Un automne en Pologne
Julien Donada | 1996 | 15’ | France - Chère Grand-mère
Patrice Dubosc | 1995 | 18’ | France - Le Pacte fragile
Alain Dufau | 1996 | 34’ | France
samedi 7 décembre 1996 à 14h00
Salle Saint-Éloi
- Sur la plage de Belfast
Henri François Imbert | 1996 | 40’ | France - Inès, ma sœur
Carole Fierz | 1995 | 59’ - Parole portée
Axel Guyot | 1997 | 22’ | France - Nord pour mémoire, avant de le perdre
Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter | 1996 | 30’ | France - L’Ours et la Petite Mariée
Jean-Claude Taki | 1996 | 11’ | France - Folle Patience
Dominique Verrier | 1996 | 21’ | France
dimanche 8 décembre 1996 à 14h30
Salle Saint-Éloi
- Trois histoires d’amour de Vanessa
Anne Villacèque | 1996 | 45’ | France - L’Effet Transsibérien
Xavier Villetard | 1996 | 75’ | France - Faille
Gaëlle Vu | 1996 | 53’
dimanche 8 décembre 1996 à 17h00
Auditorium
Palmarès et diffusion des films primés.

