Sélection Films Longs

Du rétrécissement de la perspective et de « la surexposition de l’intime », Ou de quelques humeurs après les temps de sélection

Petites mais pas toujours à la bonne distance… L’utilisation de plus en plus fréquente des mini-caméras DV autorise sans nul doute des autonomies de création, certaines recherches stylistiques et la réalisation de sujets sensibles qui exigent délicatesse et approches empathiques. Mais comme tout nouvel outil de création qui demande à être apprivoisé et maîtrisé, ses qualités paradoxales induisent certaines dérives et excès. Côté forme, des maniérismes, comme le goût des plans chahutés qui « ne se posent jamais » et une tentation de l’effet de loupe systématique.
Quand sur le versant du sujet et du récit, elles offrent la tentation « du film personnel », l’intrication systématique du singulier et de l’universel finissant par devenir une recette, un modèle qui s’impose de manière trop récurrents, sans autre justification que le mimétisme au regard de la production dominante…
Littérature. Trop longtemps honni pour de mauvaises raisons, le commentaire de préférence « personnel » lui aussi, devient un gimmick aux résultats hasardeux. À force d’être « intimé à écrire » par les producteurs et les diffuseurs, une frange conséquente de cinéastes documentaristes tente de se muer en littérateurs qu’ils peinent à devenir.
Tu deviendras cinéaste mon fils. Cela devient réellement intrigant ce partage du monde entre ceux qui ont été filmés un jour en Super 8 et ceux qui resteront à jamais sans trace de leur passage. En tout cas l’effet magie-nostalgie de l’archive familiale devient très tendance. À noter aussi même si cela n’a rien à voir quelques plans métaphoriques sur la lune, de préférence par ciel de traîne…
Le doc peut-il s’échapper de la thématique pour se penser en cinéma ? Ne nous parler plus de la question du for-matage, où on se fâche ! Car le formatage est aussi dans les esprits et se joue dans les cinq premières minutes au plus : le film militant est militant, le brut de réel est brut de réel, le film encyclopédique ne sort pas de sa démarche méthodique, le film de « société » introduit son dossier et son « donné à penser » etc.
Bavardages et témoignages. Et si l’on commençait à se rendre compte que tout ne passe pas par l’oralité surtout quand on filme.
Le hit parade de l’année. Notre mauvaise foi est très franche. Comme le démontre le catalogue de la vidéothèque à la carte, les sujets et thèmes abordés sont nombreux et variés. Les écrans documentaires méritent bien leur pluriel.
Soucis actuels : la réclusion volontaire et l’aspiration spirituelle, le « hors du monde ». Nous tenons à disposition une programmation très complète de figures monastiques (nonnes incluses), de prêtrises et missions salvatrices pour de futurs J.M.J. La vieillesse, le vieillissement, les grands-parents, les anciens, les repères dans un monde qui flanche. De la transmission que diable ! Sans compter un monde qui disparaît, le rural pour nous affliger un peu plus. Et bien sûr en contrepoint, l’enfance, la naissance, tous ces devenirs à venir.
Une géographie « Peau de Chagrin ». Aux dernières nouvelles, ils ne se passent rien à l’Est (Europe) sauf en Mitteleuropa et plus spécifiquement en Hongrie. Rien non plus en Bosnie, Algérie, Somalie, Afrique du Sud et pas grand chose en Palestine. Heureusement après avoir primé l’an dernier Eux et moi de Stéphane Breton, nous avons re-voyagé avec quelques bonheurs en Papouasie…
S’ouvrir sur d’autres horizons documentaires pour prendre un peu d’air. Voir la sélection. Soyons juste nous avons vu bon nombre de « bons films », de bons « documentaires » corsetés dans l’heure qui sied aux cases. Contraints mais intéressants. Sans aventure mais tenant la promesse d’exploration de leur sujet, avec rigueur et même créativité parfois. Au point que nous réfléchissons à l’art et la manière, sans multiplier les étiquettes à notre tour, de leur donner une place d’exposition dans le festival.

Didier Husson

Films


Asta E

Asta E

Thomas Robert Ciulei | 2001 | 92' | Roumanie

Après Vienne, Bratislava, Budapest et Belgrade, et avant de se jeter dans la Mer Noire, le Danube traverse la petite ville de Sulina. À la frontière avec l’Ukraine, marais, Sulina vit coupée du monde. Thomas Ciulei s’y est rendu et a suivi le quotidien de trois générations d’habitants. La paupérisation, le combat permanent pour la survie, l’absence de futur : tout témoigne de la déliquescence de la Roumanie post-communiste. De quoi désespérer, si la caméra ne recelait pas un charme hypnotique, alliant humour noir et poésie des lieux. Au fil du temps, toute cette beauté se révèle. Le fatalisme d’Asta e (« C’est comme ça ») laisse entrevoir un possible Carpe Diem. M.D.


Chambre de bonne

Chambre de bonne

Maiija-Lene Rettig | 2002 | 59' | France

Pas plus de 9 m2 sous les toits. Au jour le jour, cela nécessite une véritable économie de mouvement. « Il ne faut pas faire de gestes brusques », avertit une jeune femme. Voilà pour le côté pratique de la chose. Car pour le reste, chaque chambre de bonne se différencie suivant l’imaginaire de son occupant. Filmés dans leur espace vital intime, cinq Parisiens se racontent.
Sensation d’enfermement ou de liberté. Bien-être ou déprime. Tout dépend de sa capacité à transcender le réel. Certains semblent bien dotés en la matière, comme cette dame qui prétend : « Mes amis n’ont pas la chance d’habiter vers le ciel ». M. D.


Dao

Dao

Lei Feng | 2001 | 60' | Chine

Deux îles aux confins de la Chine. Et deux familles dont la vie s’organise autour de la cour de leur maison. L’œil caméra observe et accompagne les rites du quotidien, ablutions et repas, travaux et prières, jeux et conversations, va et vient et relations entre les habitants du lieu. Fragments d’existence et archives d’un temps présent probablement destiné à disparaître ou se diluer dans la modernité. Un regard empathique sans nostalgie ni présupposé anthropologique mais qui restitue du temps, de la présence, des signes de vie. Un cinéma qui a le goût de celui des origines, sans angélisme. D. H.


Desassossego

Desassossego

Catarina Mourào | 2002 | 80' | Portugal

Juillet, août, septembre. Trois mois à Porto, trois tranches de vie liées par le thème de la maison. Il y a António Carlos, l’agent immobilier charismatique qui, pressé par sa direction, supprime les congés de ses collègues. Il y a Joana, la jeune mère seule emménageant pour la première fois : « Je me sens à nouveau comme quand j’avais dix ans » Il y a monsieur Pinto enfin, le vieux déménageur aux épaisses lunettes carrées, toujours dans l’attente d’un appel de client. Des approches complémentaires, mêlant l’intime et le monde du travail. L’ensemble, toujours filmé au plus près, forme un regard personnel sur la société portugaise d’aujourd’hui. M. D.


Filles de nos mères

Filles de nos mères

Séverine Mathieu | 2001 | 100' | France

Comment se trame la transmission du rôle féminin ? Qu’est-ce qui sourde, se rebelle, se construit, s’affirme, s’oppose ou s’efface autour de cette image féminine partagée entre devoir et séduction ? La cinéaste choisit pour cette exploration et ce questionnement sa propre famille « du côté des femmes » sur trois générations. Permettant à chacune de faire émerger l’enfoui, le non-dit. À chacune dans ce portrait de groupe en kaléidoscope de prendre le temps d’exprimer ses « vérités » et représentations. D’exister et s’affirmer dans toute sa singularité quels que soient les modèles et influences. D. H.


Genève

Genève

Anne Rizzo | 2002 | 52' | France

À proximité de son nouveau de lieu de résidence la réalisatrice découvre un immense terrain vague, espace sauvage et libre au cœur de la ville. Elle s’attache en l’explorant patiemment à capter l’ambiance particulière de ce no man’s land au fil des saisons. Rencontrés dans cet amphithéâtre à ciel ouvert, des habitants du quartier qui se sont appropriés de manière singulière ce territoire, en racontent et dévoilent leurs représentations. Quand l’une y voit depuis la butte, le Pérou de ses origines, un autre rêve de faire rougeoyer ce paysage d’une marée de coquelicots. Terrain d’aventures pour les uns, il est lieu de mémoire du travail pour d’autres. Des Imaginaires et du déchiffrement des anciens visages de la ville. Mais le temps ici est compté… D. H.


Hanako

Hanako

Soto Sato Makoto | 2001 | 60' | Japon

Hanako est japonaise, jeune femme handicapée mentale, peintre et sculpteur à la fois. Une identité multiforme que ses parents, chez qui Hanako vit, envisagent sous divers angles : de la vie quotidienne du handicap dans ce qu’il a de plus violent au statut de spectateur privilégié des sculptures culinaires de leur fille. Contrairement au regard habituellement porté sur la prise en charge totale ou partielle de l’handicapé par l’institution, c’est ici la cellule familiale seule qui est observée, composante importante de la société japonaise. M. B


L’Homme à moitié dégelé

L’Homme à moitié dégelé

Anne Deligne et Daniel de Valck | 2001 | 61' | Belgique

« Tous nos leaders sont des novateurs, ils améliorent le malheur » persifle caustique un des personnages rencontrés dans ce « carnet de voyage » en Sibérie, cette chronique douce-amère d’une vie éreintée par les vertigineuses difficultés de la vie quotidienne. À Tomsk pourtant, ville de toutes les déportations depuis deux siècles, l’avidité de la création artistique est grande. La musique, le chant sont ici un refuge pour l’émotion, la sensibilité est une source de convivialité pour supporter un présent si lourd de son passé. Conçu comme une ballade musicale et une conversation ininterrompue, le film met en polyphonie des itinéraires de vie, mémoires et questionnements. D. H.


Poselenije

Poselenije

Sergueï Loznitsa | 2001 | 79' | Russie

Le film s’ouvre comme une symphonie pastorale, d’éveil et de brume comme dans un rêve éveillé. Des figures, des êtres en émergent se livrant à des activités agrestes, se nourrissant dans un réfectoire, inattentifs au temps qui passe, assis sur un banc, ou préoccupé par l’entêtement d’une vache à pénétrer dans l’un des bâtiments. Un brouhaha sourd d’échanges inaudibles alterne avec le silence ou les sons de la nature environnante. Torpeur, égarement, étrangeté, ouateur. Depuis longtemps déjà s’immisce en douceur pour le spectateur, l’expérience du film, un pur abandon dans une suspension du temps. Depuis longtemps déjà nous importe peu de quelle désignation nous caractériserions les habitants de la Colonie… D. H.


Racines

Racines

Richard copans | 2002 | 90' | France

« Moi j’ai cette curiosité du passé » confie Richard Copans au début de Racines. Une curiosité qu’il s’emploie à faire partager. En Picardie, en Lituanie, en Amérique, il remonte le temps au-delà d’un père et d’une mère qui ont perdu les traces de leurs racines. Avec sa caméra posée, sa voix douce, il nous perd dans les arborescences de sa généalogie. Mais sa recherche n’a rien de narcissique. Un va-et-vient constant s’opère entre le retour aux sources familiales et l’ouverture aux autres. Le voyage devient prétexte à rencontres. La mispokhe (« famille » en yiddish) peu à peu s’élargit. M. D.


Un passeport hongrois

Un passeport hongrois

Sandra Kogut | 2002 | 71' | France

Une cinéaste brésilienne, vivant à Paris depuis dix ans, décide de rechercher ses très lointaines origines, juive et hongroise, en suivant le chemin inverse parcouru par ses grands parents en 1937, de Budapest à Rio. La décision d’acquérir un passeport hongrois provoque pérégrinations et allers retours kafkaïens ou burlesques entre Paris, Rio et Budapest, ponctués de bouffées de musiques Klezmer et Viennoise. Un film sur l’identité, les passerelles entre les cultures, le politique et la frontière, le singulier et l’universel. D. H.


La Vie sans Brahim

La Vie sans Brahim

Laurent Chevallier | 2002 | 64' | France

Toute image, toute trace, tout signe de Brahim, immigré marocain sans-papier, aurait « naturellement disparu » de l’histoire du monde où il fit si peu de bruit et où on lui laissa si peu de place. Une dignité et une représentation lui sont restitués par le film qu’en complicité et écoute, le cinéaste réalise avec l’ami inconsolable, Mustapha. De Soisy-sur-École à Agadir, se renouent les fils d’une histoire et d’un parcours dans l’entre deux rives. Et s’affichent toutes les ambiguïtés des promesses d’« intégration » des principes républicains Liberté-Égalité-Fraternité, pourtant inscrits sur le fronton de toutes les mairies comme celle de Soisy… D. H.


Séances

samedi 16 novembre 2002 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 1

samedi 16 novembre 2002 à 16h00

Espace Jean Vilar - salle 1

samedi 16 novembre 2002 à 17h30

Espace Jean Vilar - salle 1

samedi 16 novembre 2002 à 20h30

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Asta E
    Thomas Robert Ciulei | 2001 | 92’ | Roumanie

samedi 16 novembre 2002 à 22h30

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Dao
    Lei Feng | 2001 | 60’ | Chine

dimanche 17 novembre 2002 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 1
  • Hanako
    Soto Sato Makoto | 2001 | 60’ | Japon

dimanche 17 novembre 2002 à 15h00

Espace Jean Vilar - salle 1

dimanche 17 novembre 2002 à 16h30

Espace Jean Vilar - salle 1

dimanche 17 novembre 2002 à 18h30

Espace Jean Vilar - salle 1
  • Racines
    Richard copans | 2002 | 90’ | France

dimanche 17 novembre 2002 à 20h30

Espace Jean Vilar - salle 1

dimanche 17 novembre 2002 à 22h00

Espace Jean Vilar - salle 1
  • Poselenije
    Sergueï Loznitsa | 2001 | 79’ | Russie

jeudi 21 novembre 2002 à 22h00

Espace Jean Vilar - salle 2

vendredi 22 novembre 2002 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 1
  • Asta E
    Thomas Robert Ciulei | 2001 | 92’ | Roumanie

vendredi 22 novembre 2002 à 16h00

Espace Jean Vilar - salle 1
  • Dao
    Lei Feng | 2001 | 60’ | Chine

vendredi 22 novembre 2002 à 17h30

Espace Jean Vilar - salle 1

vendredi 22 novembre 2002 à 18h30

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Poselenije
    Sergueï Loznitsa | 2001 | 79’ | Russie

vendredi 22 novembre 2002 à 20h30

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Hanako
    Soto Sato Makoto | 2001 | 60’ | Japon

vendredi 22 novembre 2002 à 21h30

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 23 novembre 2002 à 15h30

Espace Jean Vilar - salle 1

samedi 23 novembre 2002 à 17h30

Espace Jean Vilar - salle 1

samedi 23 novembre 2002 à 21h00

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 23 novembre 2002 à 22h30

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Racines
    Richard copans | 2002 | 90’ | France