Sélection Films Longs

Progression ou inflation

Le gonflement constant de la production française ne s’accompagne pas de révélations majeures. D’où une sélection de 8 films sur 12 en provenance d’Allemagne, de Belgique, du Portugal, de Finlande, d’Israël…

Récurrent depuis la création des Écrans documentaires, l’accroissement du nombre de films inscrits (plus 30 % cette année en films de longue durée) doit-il toujours nous réjouir ? Il devient de plus en plus difficile à « gérer » en temps de visionnage et rend, malgré nos efforts d’organisation, de plus en plus « équilibriste » le fonctionnement comme le rôle du comité de sélection. Cette évolution touche à notre connaissance de la plupart des festivals.

Paradoxalement, cet « effet de masse », loin de nous aveugler, nous rend plus réactifs, plus aigus dans notre regard critique sur ce qui fonde notre exigence, telle qu’exposée dans nos documents d’inscription à travers nos critères privilégiés de sélection : les recherches narratives, de forme, de temporalité, de dispositif, la singularité, la prise de risque, la personnalité d’une approche… Et nous laisse par conséquent d’autant moins réceptifs à des films relevant davantage de la notion de « case programme », d’illustrations thématiques ou d’engagements instinctifs, plus spontanés que réfléchis quant aux destinataires auxquels ils s’adressent.

Si l’on sait le volume « industriel » de production documentaire en progression constante depuis quelques années, on n’ignore pas parallèlement la difficulté d’existence, voire de survie, des auteurs, des petites structures de production : les négociations de plus en plus longues, sinueuses et rigides avec les responsables d’unités de programmes des chaînes, les budgets de plus en plus étriqués…

DV et Final Cut Pro « à la maison » créent l’illusion d’une autonomie, d’une autarcie de productions qui semblent avoir « pris le maquis » devant l’intolérance des chaînes pour les projets qui ne correspondent pas à leur formatage. Il n’est pas sûr, malgré la multiplication des festivals, des rencontres, la tentative de reconstitution de réseaux alternatifs de diffusion, que tous ces films trouvent un réel écho et partage.

Certains n’ont-ils pas manqué de ce regard aussi amical que critique qui permet la distance ? De cet accompagnement de production, qui n’est pas une simple médiation comptable avec diffuseurs et financeurs, mais un réel travail de collaboration ?

Il n’est pas indifférent non plus de constater que deux films comme ceux de Henri-François Imbert, No Pasaran, album souvenir et 17 ans de Didier Nion, que nous présentons en séances spéciales hors compétition, ont « coûté » entre trois et quatre ans de préparation et de réalisation à leurs auteurs. Ils ont été produits l’un et l’autre avec une perspective de sortie en salles (outre la diffusion Arte pour 17 ans). De plus, sans faire nécessairement l’objet d’un consensus absolu, ils ont été remarqués et sélectionnés dans des festivals aux orientations et philosophies fort diverses… Même le Festival du film d’entreprise du Creusot pour le film de Didier Nion, qui y a été primé – ce qui ne manque pas de sel quand on en connaît le sujet.

Petite radiographie du cru 2003

Est-ce un hasard si l’approche de la mort, la mélancolie, la dépression, l’Alzheimer (la « maladie de la mémoire ») prennent une place conséquente dans les thèmes abordés cette année ? Est-ce un hasard si l’identité, la nationalité, la double peine, l’exil, les réfugiés ont eux aussi provoqué une production plutôt abondante ? Doit-on à Djazaïr, l’année de l’Algérie, et à l’année du handicap des films qui réfèrent à l’un et l’autre ?

Un pays et son histoire meurtrie, falsifiée, occultée ; des personnes qui revendiquent légitimement d’être considérées pour elles-mêmes.

Habiter/cohabiter, l’école, les jardins comme espace d’utopie, de rêve ou de mémoire, le travail, la précarité, l’insertion, les interdits religieux et le voile, la transmission (c’est récurrent depuis plusieurs années), Sangatte (à qui nous consacrons une journée spéciale), le Chili, la Colombie, Madagascar, la Palestine, le Rwanda et le Burundi sont les sources d’inspiration et les sujets les plus souvent abordés.

Ce qui nous a sans doute le plus marqué, ce sont les approches originales, filmées avec retenue et délicatesse, des réalités africaines aujourd’hui. Une « noblesse » complètement antagoniste avec la perception médiatique actuelle du continent.

Quant à la question du « formatage » et de la durée : un film sur quatre reçus dure plus d’une heure (2 h 28 pour L’Aspect rose des choses de Ti Yan Wong, et jusqu’à 4 heures pour Les Mémoires séfarades qui se livrent dans le film de David Benchetrit). Quelques films s’inscrivent dans une perspective de moyen métrage, autour de 45 minutes, comme Le Collectionneur, portrait par la cinéaste turque Pelin Esmer.

Dans toutes les catégories, la présence de films étrangers s’intensifie : entre 25 et 30 % selon les catégories, et une trentaine de pays représentés, même si c’est parfois de manière unique, comme pour la Corée, le Bangladesh, l’Autriche, la Lettonie, la Grèce ou la Turquie.

Recherchée, suscitée, souhaitée, cette confrontation extrêmement enrichissante avec d’autres représentations du réel, d’autres modes de production, d’autres exigences d’écriture, paraît d’autant plus incontournable à l’heure d’un rétrécissement certain de perspective dans ce que nous pouvons juger de la production française de l’année.

Didier Husson

Films


19 histoires

19 histoires

Eric Watt | 2003 | 89' | France

« Pendant l’hiver 2003, nous sommes allés à la rencontre du 19e arrondissement de Paris, avec le désir de recueillir dix-neuf histoires. Très vite est apparu le thème de l’exil, l’exil par rapport à la langue, à la terre, mais aussi au passé, à l’enfance… Il est vrai que cet arrondissement de Paris est inépuisable en voix et récits d’ailleurs… »


De sable et de ciment

De sable et de ciment

Jorge Léon | 2003 | 55' | Belgique

Le point de départ du film est la mort d’une femme, d’une amie. Ana est née à Lisbonne et a fui la dictature de Salazar à l’âge de seize ans, enceinte. Marco, son fils, naîtra à Bruxelles, ville où Ana obtient le statut de réfugiée politique et ville où elle se suicide en 1993. « Il est impossible de construire une vie sur des fondations pourries », ce constat, Ana me l’a légué avant de se donner la mort, comme on lègue un testament. Le film rend compte d’un voyage vers ce que devraient être les fondations de la vie d’Ana : Lisbonne, la ville blanche. « Que reste-t-il d’une vie lorsqu’on décide d’y mettre fin ? Que reste-t-il d’une vie quand la mémoire se l’approprie ? » Le film soulève ces questions et se construit sur les images et les sons que ces interrogations génèrent.


Et les arbres poussent en Kabylie

Et les arbres poussent en Kabylie

Djamila Sahraoui | 2003 | 85' | France

Chronique attentive et chaleureuse du quotidien d’une petite ville d’Algérie avec, en toile de fond, l’aménagement et l’embellissement d’un des quartiers par ses habitants. On y rencontre le mécanicien amateur, le retraité France, le médecin, les vieilles femmes, les jeunes hommes… Tout le monde joue le jeu face à la caméra. Même quand les émeutes qui embrasent la Kabylie viennent bouleverser le cours des jours à la Cité des Martyrs.


Facteur toubab

Facteur toubab

François Christophe | 2003 | 63' | France

Yelli est travailleur clandestin en Italie. Le reste de la famille vit sans moyen au Sénégal. Le réalisateur, qui seul peut voyager librement, est au centre d’un échange de lettres filmées dont il est à la fois l’initiateur et le messager, et ce dispositif apparaît comme l’expression la plus juste de sa place et de son point de vue, car il lui permet d’expérimenter ce qui lui semble essentiel dans l’acte de filmer : relier ce qui est séparé…


Fleurette

Fleurette

Sergio Tréfaut | 2002 | 80' | Portugal

« Connaissons-nous les personnes qui nous sont les plus proches ? Voulons-nous vraiment les connaître ? Et elles ? Est-ce qu’elles veulent que nous les connaissions ? » Un fils cherche à comprendre le passé tourmenté de sa mère, Fleurette, âgée de soixante-dix-neuf ans. Malgré les obstacles aux questions de son fils, la mère dévoile peu à peu, au long du film, des événements secrets ou qu’elle a volontairement oubliés ; une autre vie, presque, qui apparaît comme une révélation.


Le Goût du koumiz

Le Goût du koumiz

Xavier Christiaens | 2002 | 55' | Belgique

Kolia tente de rassembler sensations et souvenirs épars qui ont présidés à la déportation de son père. Mais suturée au fer rouge, sa mémoire bute contre un mur. « Je ne me rappelle rien d’autre. Au-delà, c’est comme un rideau noir » constate-t-il. D’échecs en échecs, poussé par le vent, Kolia cherche à obtenir la réhabilitation de son père. Découvrant le lieu où celui-ci avait été déporté, une mine aujourd’hui abandonnée, Kolia décide de s’y rendre. Là, affrontant les démons refoulés, il se forge à son insu un autre avenir.


Kuoleman kasvot

Kuoleman kasvot (le visage de la mort)

Kiti Luostarinen | 2002 | 53' | Finlande

Engagée comme volontaire dans un hospice pour malades cancéreux en phase terminale, la cinéaste recueille avec tact leurs paroles et leur manière d’apprivoiser la mort. L’un planifie ses funérailles en détail, l’autre affronte la tristesse de devoir laisser son fils seul… Une réflexion sur la mort pour les « vivants ».


Lettres à Francine

Lettres à Francine

Fouad Elkoury | 2002 | 43' | France

Le voyage en Turquie d’un photographe avec, en filigrane, le récit d’une maladie… Le film s’organise autour de deux trames : le carnet de voyage composé essentiellement de photos en noir et blanc prises en Turquie et l’évocation de la maladie à travers quelques plans filmés entre maison et hôpital et surtout des conversations enregistrées.


Nosotros

Nosotros (Nous)

Diego Martinez Vignatti | 2002 | 70' | Belgique

En 1900 des millions d’immigrés arrivent au port de Buenos Aires. Ils ont tous le même rêve, faire fortune. Ils n’imaginaient pas qu’ils allaient créer quelque chose de plus important : une musique, une danse, une façon de marcher et d’aimer, une manière d’exister dans le monde… Nos grands-parents ont créé le tango. Aujourd’hui, nous, les héritiers de cette culture, nous continuons à danser comme nous vivons. Éternellement à Buenos Aires.


Nulla si Sa tutto s’immagina, secondo Fellini

Nulla si sa, tutto s’immagina… secondo Fellini

Susan Gluth | 2002 | 56' | Allemagne

Amours, solitudes et rêves dans une Italie belle et nostalgique, telle qu’on peut la rêver, avec pour guide Federico Felllini.


Racines lointaines

Racines lointaines

Pierre-Yves Vandeweerd | 2002 | 72' | Belgique

« J’ai voyagé à travers la Mauritanie pour retrouver un arbre que je vois de ma fenêtre en Belgique. Non pas un arbre mythique mais un arbre comme il pourrait en exister partout. Sur ma route, j’ai rencontré des hommes et des femmes qui m’ont fait part de leur perception de cette quête. Ce film est une traversée poétique à la recherche d’un ailleurs et d’autres manières de penser. Mais il est aussi le récit d’un amour inachevé, adressé à une femme restée au pays… »


Tehora

Tehora (Pureté)

Anat Zuria | 2002 | 63' | Israël

La Tehora, l’ensemble des règles anciennes qui régissent minutieusement les rites de purification féminine, est au cœur de la vie des familles juives orthodoxes. Selon ces lois, une femme ne peut avoir aucun contact charnel avec son époux pendant une période allant jusqu’à deux semaines après la fin de son cycle. Parler de ce sujet en public est proscrit. À travers le récit de la cinéaste et celui d’autres femmes, émergent peu à peu des interrogations profondes et une révolte.


Séances

dimanche 16 novembre 2003 à 14h30

Espace Jean Vilar - salle 2

dimanche 16 novembre 2003 à 16h00

Espace Jean Vilar - salle 2

dimanche 16 novembre 2003 à 18h00

Espace Jean Vilar - salle 2

dimanche 16 novembre 2003 à 20h00

Espace Jean Vilar - salle 2

dimanche 16 novembre 2003 à 21h00

Espace Jean Vilar - salle 2

vendredi 21 novembre 2003 à 20h30

Espace Jean Vilar - salle 2

vendredi 21 novembre 2003 à 22h00

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 22 novembre 2003 à 14h30

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 22 novembre 2003 à 16h00

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 22 novembre 2003 à 18h00

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 22 novembre 2003 à 20h30

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 22 novembre 2003 à 22h00

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Fleurette
    Sergio Tréfaut | 2002 | 80’ | Portugal