Sélection Films Courts

De la temporalité et de l’exposition des films de court métrage

Si l’on devait s’en tenir aux critères de classification du Centre national du cinéma, tout film de moins d’une heure entre dans la catégorie du court métrage… Ce principe de catégorisation reste une exception française. Paradoxalement à ce titre, l’essentiel de la production documentaire, elle-même calibrée sur les formats de production télévisuelle (autour du 52 minutes standard) relèverait du court métrage… Si ne subsistait un paradoxe : par leurs modes de financement, leurs guichets d’aide, leurs supports de réalisation comme de diffusion (la vidéo, la télévision), ces réalisations restent considérées comme des « non-films » au regard des critères d’exploitation dont la salle de projection reste le vecteur « noble ». La critique les remise – sans nécessairement citer les auteurs – dans les rubriques de programme télévisuel. Comment par ailleurs les visionner, les apprécier, les ressentir comme des courts métrages… On sait les modes d’expression et de création souvent liés à la reproduction et à la fabrication industrielle, dépendants d’arbitraires techniques, mécaniques et/ou commerciaux comme la durée du magasin d’un film, le nombre de passages supportés pour la lithographie, la durée du microsillon comme un temps d’antenne programmé en fonction des impératifs publicitaires.

Ces contraintes peuvent-elles pourtant induire la définition d’un genre que serait alors le court métrage ? Toute forme de création reste plus ou moins dépendante, même s’il s’agit souvent de tenter de les outrepasser, d’un support, d’un format, des possibles d’une technique comme des représentations sociales et culturelles qui lui sont assignés dans une société et une époque données : le rondeau, l’opéra, le quatuor, le roman, la nouvelle, le haïku, le pamphlet, le triptyque, le tondo, le slapstick, le clip et donc le « court » dont les adeptes sont grandissants.

Durant l’avènement de la télévision (les années cinquante et soixante), même quand il ne se considérait pas, à juste titre, assez « estimé », le court métrage (Resnais, Franju, Marker, Pollet, Godard, Rouch) restait produit et diffusé. Puis advint le trou noir des années soixante-dix, jusqu’à la « renaissance » initiée par le Festival de Clermont-Ferrand (puis une kyrielle de manifestations : Brest, Pantin, Lille, Grenoble) et par le travail de l’Agence du court métrage à partir de 1983.

L’Agence du court métrage à qui nous sommes heureux de proposer une carte blanche à l’occasion de ses 20 ans, a de manière opiniâtre et structurée mis au point un système de diffusion alternative et parallèle touchant aussi bien les salles que les chaînes, favorisant la réflexion, la formation, les publications. Et plus globalement favorisant la reconnaissance d’un public élargi.

La forme courte plus que toute autre sans doute, permet toutes les explorations et les approches de la fiction classique à l’animation, de l’essai à l’expérimental. Ces modes d’exposition sont extrêmement variés : avant-programmes, regroupements thématiques ou stylistiques, émissions et festivals dédiés.

Reste que sur cette question de la durée, de la temporalité, le court métrage est un objet singulier et protéiforme. Des films comme ceux de la série Décadrages de Magouric Production (les réalisations d’Alain Guiraudie notamment) ont permis d’imaginer dans certaines conditions le développement du moyen métrage. Car si l’étirement d’un sujet ou d’un synopsis est souvent rédhibitoire, le diktat de l’ellipse peut induire aussi ses dérives. Dans les festivals de documentaires, le court métrage reste souvent un avant-programme dans une projection, même s’il peut obtenir le Grand Prix comme le film de Vladimir Eisner au FID de Marseille en 2003. Aux Écrans documentaires comme à Docs en courts de Lyon qui nous a rejoints sur cette césure temporelle des « 40 minutes » (un choix d’intuition sensible qui confirme sa validité chaque année), nous avons pris le parti de regrouper en « partitions » les œuvres, en espérant instaurer un dialogue, des résonances, des « colorations » éphémères et nécessairement incertaines. Nous avons aussi comme toujours pour cette sélection privilégié l’essai et la démarche aventureuse, expérimentale, sensible…

Didier Husson

Films


Al Maljaa

Al Maljaa (Le Refuge)

Nadia Touijer | 2003 | 24' | Belgique

À la périphérie de Tunis, s’étale le cimetière du Jallez. Ce lieu immense est sillonné chaque jour par des silhouettes à la recherche d’un travail mais aussi d’un point d’ancrage.


Black Spring

Black Spring (Printemps noir)

Benoît Dervaux | 2003 | 26' | France

Black Spring, la dernière création du chorégraphe Heddy Maalem, est une interrogation du regard occidental sur l’Afrique à travers les corps. Le film se saisit de la matière dansée du spectacle qui, confrontée à des images de l’Afrique d’aujourd’hui élargit notre propos vers une question essentielle : celle de notre regard sur l’autre.


Lettre à L. et à elles toutes

Lettre à L. et à elles toutes

Swann Dubus-Mallet | 2003 | 16' | France, Madagascar

Il rentre de Madagascar avec les pellicules qu’il n’a pas pu tourner là-bas. Il les impressionne finalement dans le RER, entre Roissy CDG et la Gare du Nord et pense à notre incapacité à réaliser des images utiles, à la stérilité des enregistrements du bonheur. « L’image était impuissante, il fallait lui substituer une conversation patiente et éclairée. Ce sont les personnes dont la condition m’était la plus étrangère – les prostituées – qui m’ont expliqué que je ne pouvais pas comprendre… »


La Motivation !

La Motivation !

Emmanuel Gras | 2003 | 26' | France

Portrait de Carine, jeune mère issue de la DDASS. Son combat pour élever son fils. Pour s’élever socialement.


Le Musée effilé

Fabien Soret | 2002 | 26' | France

Le musée effilé est un film sur un regard, mais aussi un documentaire autour du Musée des Beaux-Arts de Dunkerque. Transformé, mis en scène, le musée révèle ce qu’il peut produire comme possibles, comme récit. Considéré comme un personnage à part entière, le musée devient un personnage de fiction…


Nyde

Nyde

Salvatore Lista | 2002 | 23' | France

« On dit souvent qu’il faut d’abord se perdre pour oublier ses certitudes et accepter enfin le voyage que l’on a entrepris. Je suis allé à New York pour faire les repérages d’un film. Au fil de mon errance, les images de cette quête urbaine m’ont échappé pour raconter autre chose, presque malgré moi. Pour que mon regard sur la ville trouve sa singularité, il a fallu laisser la ville elle-même le choisir, le déterminer, le modeler, jusqu’à ce qu’il trouve la forme, que, délicatement, plus que toute autre ville, elle lui avait insufflé. »


Paralleluniversen

Paralleluniversen (Univers Parallèles)

Carolin Schmitz et Heike Mutter | 2002 | 28' | Allemagne, Chili

Paralleluniversen est la tentative d’expliquer notre monde comme élément d’un autre monde, un monde bien plus grand, l’univers, qui lui-même ne serait qu’un univers parallèle à un autre univers…


Le Partage des larmes

Le Partage des larmes

Anna-Célia Kendall | 2002 | 31' | France

« Je suis une grande pleureuse. Comme je n’ai pas réussi à endiguer mes larmes, j’ai résolu d’en faire quelque chose : un film. Et je me suis lancée dans une enquête auprès de mon entourage. J’ai également trouvé des compagnons d’infortune au Louvre. Je me suis trouvé des émotions communes, avec les larmes en partage… »


Portret

Portret (Portrait)

Sergueï Loznitsa | 2002 | 28' | Russie

Portraits de paysans et d’artisans dans des villages de l’ex-Union Soviétique. Construit d’après la règle mathématique du nombre d’or, le film tente de révéler à travers ces portraits la matière du temps qui passe et le caractère éphémère de nos vies…


Le Singe de la lumière

Le Singe de la lumière

Erik Bullot | 2002 | 23' | France

« Le son est le singe de la lumière », écrit le père jésuite Athanasius Kircher. Les lois de l’optique sont-elles transposables dans le monde sonore ? Peut-on voir le son ? Autour des relations du visuel et du sonore, de la voix et de ses représentations, ce film expose et confronte une série d’actions, librement inspirées des leçons de choses ou des traités d’acoustique : chanter, sténographier, écouter, parler, bégayer, imiter la langue des oiseaux, bruiter, jouer de divers instruments…


The Take Project

The Take Project (Le projet de saisie)

Zoé Inch | 2003 | 26' | France

Une jeune femme arrive dans une petite ville de province. Elle a une mission secrète ; s’introduire dans une des vieilles maisons surplombant le pont qui traverse la rivière. Là, loin des regards, elle tente de s’emparer, non seulement de la maison elle-même, mais surtout de tous ses souvenirs…


Touchée

Touchée

Laetitia Mikles | 2003 | 28' | France

Annabelle, Christophe, Damien, Maïté et Jérôme sont sourds. Ils s’expriment en langue des signes. Mais Annabelle, Christophe, Damien, Maïté et Jérôme sont aussi aveugles. Ils ont besoin de signer dans les mains les uns des autres pour se comprendre. Leur langue tactile est sensuelle et mystérieuse. Ils ont besoin de se toucher pour se rencontrer, se raconter des blagues, se disputer, ou pour s’aimer…


Séances

jeudi 20 novembre 2003 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 1

jeudi 20 novembre 2003 à 16h30

Espace Jean Vilar - salle 1

jeudi 20 novembre 2003 à 22h00

Espace Jean Vilar - salle 1