Mohamed Khattab tient l’épicerie de Mafrouza. Cheikh, il fait aussi le sermon du vendredi dans la mosquée du quartier. Mais en ces jours de fête où se prépare l’Aïd, des « barbus » viennent s’emparer de ladite mosquée. Les gens de Mafrouza racontent cette prise de pouvoir avec lucidité et calme, c’est-à-dire sans diabolisation et avec la force d’une parole qui recourt aux arguments à la fois du cœur et de la raison. Comme le dit l’ami fidèle de Mohamed Khattab : « Les Frères cherchent à attirer les gens ; si tu aimes quelqu’un, tu n’essaies pas de l’attirer, tu lui parles directement. » Blessé, Mohamed Khattab garde sa dignité, son ironie et le secret sur ses intentions. Mais il n’a pas dit son dernier mot. La suite des événements lui donnera l’occasion de « parler directement » pour dire ses stratégies, sa rage et sa résistance, mais aussi sa complicité et sa tendresse pour cette caméra avec qui est venu le temps de la séparation puisque le tournage vient à sa fin, au terme de deux années passées à filmer dans le quartier.
La Main du papillon (Mafrouza 4)
Deux événements en ce début d’hiver à Mafrouza. La naissance du petit garçon d’Adel et Ghada, avec son cortège d’attente, de tensions, de joie et de fête. Et les fiançailles d’une jeune fille, Gihad. Au fond des maisons, entre intime et sacré, entre chuchotements, cris et rituels, les destinées des individus se dessinent. Face à l’agitation collective des familles, tour à tour avec et contre elle, chacun trouve en actes comment exister et construire sa place dans le monde qui l’entoure. En actes mais aussi par la parole, qui vient ici convoquer l’imaginaire pour penser la réalité, la rendre vivable et parler ces zones obscures de la mise au monde où se nouent la vie, la mort et la différenciation sexuelle.
Que faire ? (Mafrouza 3)
On partage la douceur de la fin d’été avec quelques personnes de Mafrouza. D’actes graves en passe-temps frivoles, chacun invente les chemins d’une étrange joie de vivre, faite d’ardeur, de transe et d’intériorité. Et chacun raconte aussi ce choix de la liberté, qui s’exprime au fil des errances et des rires, des cigarettes et du thé partagés avec la caméra.
Mafrouza / Cœur (Mafrouza 2)
Juillet, sous la chaleur. La caméra est de retour, ce qui fait débat à Mafrouza. Face à l’hostilité des uns, s’exprime et se renforce la sympathie des autres avec qui le film poursuivra sa route au fil de l’été dans le quartier. Tout semble avoir été frappé de destruction. Des habitations inondées, un four détruit, un couple au bord du divorce, une joue ouverte par une lame de rasoir. Chacun résiste, se reconstruisant ou reconstruisant le monde autour. Om Bassiouni reconstruit le four. Une amie des Chenabou vient réconcilier le couple déchiré. Hassan, jeune voyou-chanteur, fait recoudre sa joue ouverte par une lame de rasoir. Les gens de Mafrouza opèrent ces reconstructions sous l’oeil de la caméra qu’ils interpellent et questionnent. Leur répondant, la caméra devient personnage du film et trouve ainsi, au gré des échanges et des rencontres, un regard qui se fait amoureux.
Mafrouza / Cœur part du chant d’un jeune garçon du bidonville de Mafrouza à Alexandrie Égypte, pour nous faire entrer de plein pied dans la vie du quartier et nous faire partager les histoires de femmes et d’hommes qui y vivent. En suivant leurs amours, et leur solidarité, qui les unissent, mais aussi parfois les désunissent, et en ouvrant avec humour le film aux questionnements que suscite la place de la caméra dans le quartier, Mafrouza / Cœur nous emmène au plus profond des rapports humains entre les êtres, de la crise à la grâce en passant en passant par le rire.
Mafrouza – Oh la nuit ! (Mafrouza 1)
La première promenade à Mafrouza est archéologique. Mais une fête de mariage nous détourne et nous plonge soudain dans le présent du quartier, sa joie tendue et sa vitalité. Une fois passé ce rite d’entrée, l’avancée se poursuit par des rencontres avec plusieurs personnes dont on découvre les combats quotidiens. Abu Hosny, vieil homme solitaire qui écope sa maison inondée. Om Bassiouni, forte femme qui cuit son pain sous la pluie de l’hiver. Les Chenabou, couple de chiffonniers musulmans qui demandent la protection de Saint-Georges. Et enfin, Adel et Ghada, un jeune couple aimant qui se raconte avec une étonnante liberté de parole sur l’amour. Cette première plongée dans la vie du quartier est aussi le temps de l’étonnement, qui laisse place à l’émotion singulière des premiers échanges.
We – 1st person plural
À partir des archives familiales en Super 8 et de sons et images glanés au cours de ses voyages, Vika Kirchenbauer livre un collage poétique sur le comportement humain.
Place de l’Europe (autour)
Très souvent, le soir, je me promène dans ce quartier quand les sans-abri se couchent.
Time of Breadth
Time of Breadth met en scène une conversation téléphonique entre l’artiste et sa mère à propos des guerres libanaises. Il en découle un portrait politique à échelle intime qui révèle la vulnérabilité de l’artiste face à un passé douloureux.
Dissonant
Dans Dissonant Manon de Boer filme la danseuse Cynthia Loemij en train d’exécuter une réponse de dix minutes au trois sonates pour violon seul d’Eugène Ysaÿe – pièce musicale dont Loemij a des souvenirs très nets. La caméra suit ses mouvements. Une limite temporelle physique – la durée de trois minutes de la bobine 16 mm – interrompt l’enregistrement du mouvement par la caméra. Tandis que la danse continue et le son des mouvements demeure encore audible, l’écran reste noir pendant la minute nécessaire pour remplacer la bobine de film. C’est pendant ces moments d’interruption de l’image, qu’un jeu avec la mémoire des spectateurs se met en route. Comme Loemij qui doit retrouver la musique qu’elle danse dans sa mémoire, le spectateur projette l’image du corps de Loemij dansant sur l’écran noir, aidé par le son et le souvenir de ses mouvements répétitifs. En respectant la durée originelle de la danse ainsi que les durées de chaque bobine individuelle de film, le public est confrontée à la déconcertante dissonance de l’image et du son.
Éloge de la raison
Une topographie de l’univers mental d’un drogué qui fait écho au chaos du monde l’environnant.
