Signer ici est une sorte de road-movie le long du sillon naturel, chargé de magie, qui traverse l’Europe. Des Alpes suisses à la Pologne orientale, du Stromboli en Islande… Une tentative de grande envergure pour trouver le rythme idéal du voyage. Roman Signer balise nos étapes à l’aide de ses instruments très personnels ; interventions d’une concision séduisante et pleines d’humour subtil. Signer ici est aussi un voyage à travers des états d’âme. Un exercice de funambulisme entre l’espièglerie et la mélancolie. Le danger – y compris le danger psychique – stimule les sens.
Aline Cézanne
« Durant l’été 2008, nous avons accompagné notre amie Christine Toffin à Bourron-Marlotte rendre visite à sa tante Aline Cézanne, la petite fille du peintre. Bourron-Marlotte est un village près de Fontainebleau où Auguste Renoir et Paul Cézanne venaient peindre dans leur jeunesse. Puis Jean Renoir y a acheté la Villa Ste El, et fait acheter à son ami Paul Cézanne, le fils, “la Nicottière” – où Aline est élevée.
Un portrait où se croisent la peinture et le cinéma. Une histoire du XXe siècle qui nous amène à ce seuil d’intimité où la vie et la création se mêlent et révèlent de l’enfance à la vieillesse des survivances – de l’image et de la nature en une sorte de bienveillance, une volonté de dialogue. »
Pierre Creton et Vincent Barré
L’Heure du berger
« Un certain type de vie quotidienne (heures fixes, mêmes personnes, formes et lieux de piété) amenait des pensées surnaturelles. Sortir de ce schéma et les pensées s’envolent. », Cesare Pavese
« J’avais littéralement organisé ma rencontre avec Jean Lambert. Très vite, je redoutais sa mort. N’avait-il pas tenté de me prévenir : choisir un ami si vieux. La nuit, nous écoutions des javas jusqu’à ce que la peur se dissipe. Nous avions en tous cas bien ri devant la caméra toute seule bêtement en train de nous filmer. »
« En septembre 1999 j’achetais la maison de Jean Lambert, qui venait de mourir, pour tenter de finir le film commencé avec lui deux ans auparavant : La Vie après la mort. Déjà dans ce premier film tout se passait dans sa maison, avec lui, puis sans lui : tentative de filmer son absence. Dans L’heure du Berger c’est sa présence en tant que fantôme que j’ai voulu saisir. C’est un film que je n’ai pas vu venir. Au printemps 2007, alors que cela arrivait régulièrement, Jean est revenu, mais cette fois plus présent. Dans un même mouvement j’ai profité de sa présence et je l’ai nourrie, pour envisager un second film : sept ans après sa mort… toujours dans sa maison. », Pierre Creton
Papa, Maman, Perret et Moi
« Parce qu’elles nous enseignent que la destruction n’est jamais absolue – fût-elle continue – les survivances nous dispensent justement de croire qu’une « dernière » révélation ou une salvation « finale » soient nécessaires à notre liberté. », Survivance des lucioles, Georges Didi-Huberman
« L’enfant a dessiné « les immeubles du Havre ». Bien que le nom de l’architecte Perret lui soit extrêmement familier, il les a signés de son prénom à lui : Vincent. […] J’ai demandé à Elisabeth et Pierre, ses parents tous les deux guides conférenciers, d’habiter l’appartement témoin comme s’ils étaient chez eux, ce qui n’est pas loin de la réalité et du fantasme des visiteurs (la muséographie du quotidien aidant). Vincent, en dehors du passage incessant du public ne fut pas dépaysé, habitant en temps normal un autre appartement de la reconstruction, lui aussi minutieusement reconstitué par ses parents dans l’esprit moderne de l’après guerre : un projet vieux de soixante ans mis en œuvre par celui qui est devenu le maître à penser de la famille, Auguste Perret. », Pierre Creton
Deng Guo Yuan
« J’ai repensé à Marguerite Yourcenar dans une de ses Nouvelles orientales, Comment Wang-Fô fut sauvé : « Le monde n’est qu’un amas de taches confuses, jetées sur le vide par un peintre insensé, sans cesse effacées par nos larmes ». Découvrant le travail de Deng (entre la peinture traditionnelle chinoise, Claude Monet et Cy Tombly) alors que je terminais La Trilogie en Pays de Caux, je me suis senti formellement proche, bien que chez lui la figure n’apparaisse pas. Le noir et blanc de ses peintures au lavis sur papier m’a permis dans ce film des passages du noir et blanc à la couleur, comme ils existent avec d’autres sens dans les autres films du recueil : les extraits de Jean Renoir dans Aline Cézanne, les photos du Havre détruit dans Papa, Maman, Perret et moi, les images infrarouges prises par Georges-Arthur Goldschmidt dans Le Paysage pour témoin. Dans l’atelier de Deng, la tentative complètement artificielle de reconstituer la nature m’a frappé. C’est ce que j’ai tenté de capter, essentiellement par le son : le mainate, le grillon, le vent du ventilateur dans les plantes vertes… »
Pierre Creton
Maniquerville
« Maniquerville, centre de gérontologie « Yvon Lamour » construit en 1974 à côté d’un château du XIXe siècle fut un hospice pour tuberculeux puis un asile. Ce centre, aujourd’hui maison de retraite médicalisée dépendant de l’hôpital de Fécamp, n’est plus aux normes et déménage dans deux ans. Il semble que ce soit pour tous, résidents et soignants, une perte de quitter les vieux arbres du parc. Ce film est le troisième volet de la Trilogie du Pays-de-Caux : après l’adolescence et l’âge adulte, la vieillesse. Comme dans Secteur 545, Creton entrelace documentaire et fiction, injecte de l’imaginaire et des personnages dans la réalité du centre de gérontologie. Documentaire : la vie des résidents, la solitude intérieure de la vieillesse, et la violence des travaux au-dehors. Fiction : une jeune animatrice du centre, Clara, propose à la comédienne Françoise Lebrun de venir faire des lectures aux résidents, pour stimuler leur mémoire. Un lien très fort s’instaure entre les deux femmes, qui partagent deux passions : les livres et les fleurs. La fiction contamine et enchante la réalité : au fil des lectures de La Recherche du temps perdu, le temps proustien de la littérature et du souvenir s’insinue dans le film, illumine le gris du quotidien. »
Cyril Neyrat
Ami, entends-tu
« Mon siècle, ma bête, qui saura
Plonger dans tes pupilles
Et de son sang coller
Les vertèbres de deux siècles ?
Le sang bâtisseur jaillit
De la gorge des choses terrestres,
Sur le dos seule la sangsue tremble
Au seuil des jours nouveaux. »,
Ossip Mandelstam
Un long cri mêlé à celui du vent
Un long cri mêlé à celui du vent ou une immersion fantastique et fantasmée au cœur du port industriel de Marseille, tel un monde à part voué aujourd’hui à disparaître.
Les Larmes de l’émigration
Les larmes de l’émigration c’est l’histoire de ma mère qui attend mon père, parti il y a plus de vingt ans. C’est aussi l’histoire de ma sœur qui, aujourd’hui, attend son mari parti il y a cinq ans et celle de ma nièce qui elle non plus ne connaît pas son père.
Avec ma caméra, je repars après deux ans d’absence dans ma communauté à Agnam Lidoubé, un village du Fouta sénégalais, pour comprendre comment et pourquoi ma mère a passé toutes ces longues années à attendre.
Los jóvenes muertos
Depuis la fin des années 1990, plus de trente adolescents ont mis fin à leurs jours à Las Heras, une ville de la province de Santa Cruz, sans laisser aucune indication pouvant expliquer leur geste. À partir de ces suicides et d’autres décès plus récents, ce film évoque la vacuité et le mystère qui entourent la vie et la mort de ces jeunes.
