« En 1966, au moment de la remise en cause du Stalinisme et de l’idéologie communiste, le photographe Chris Marker décide de revisiter les photos qu’il a prises au cours de ses nombreux voyages, d’en reconsidérer le sens, la subjectivité. L’autocritique est prétexte à un tour du monde. Nous passons de l’URSS à la Corée, de la Grèce à Cuba, tandis que le cinéaste interroge les images et s’interroge sur la photographie, sur son rôle de double. Fidèle à lui-même, Chris Marker nous apprend à regarder. Loin de se poser en pédagogue, il nous entraîne dans une sorte de jeu des erreurs plein d’humour – le commentaire à trois voix y contribue – où se dessiller les yeux est un bonheur. »
Source : Documentaire sur grand écran
La Marelle de Chris Marker
« Une aire de jeu sans limites, un champ uniformément quadrillé que viendront occuper progressivement, en lignes horizontales et verticales se recoupant, les lettres formant les titres des films de (ou co-signés par) Chris Marker. Dans les espaces délimités par les titres qui se succèdent et s’entrecroisent, apparaissent les photogrammes des films concernés aux rythmes des phrases du commentaire. »
Out of the present
« Le premier space trip sur pellicule. L’absence de pesanteur n’est pas un handicap pour faire un film. Ici, deux caméras 35 mm ont été envoyées dans l’espace : opération spectaculaire, exclusivement cinématographique. À terre Vadim Lussaw, le chef opérateur de Solaris (le film de Tarkovski) dirige la prise de vue… En orbite, deux cosmonautes suivent ses indications durant un space walk. Action…
Ensuite les caméras seront désintégrées lors de leurs rentrées dans l’atmosphère. Le trip fini, les images conservées, voici l’histoire. En mai 1991, les cosmonautes Anatoli Artsebarski et Sergueï Krikalev quittent la terre à destination de la station Mir dans le cadre de la mission Ozon. Tandis que le commandant de bord retourne comme prévu sur terre après cinq mois, l’ingénieur de bord ne devait revenir qu’après dix mois, contraint de rester en orbite du fait des événements politiques. En effet en août 1991, pendant que Sergueï Krikalev séjourne dans la station, se déroule à Moscou le putsch qui entraîne non seulement la disparition de l’empire soviétique mais aussi la fin d’une époque historique. L’idée du film est simple : son motif est classique : l’Odyssée… Ici, ce ne sont plus les dieux de l’Olympe qui se disputent sur le déclin de Troie, mais des techniciens qui, depuis le ciel, assistent à la décomposition d’un empire. Leur vision globale ne perçoit certes pas les chars qui perturbent le trafic dans les rues de Moscou. Mais depuis la station, ils captent tout autre chose : le rythme de la nature, les changements de la couleur du globe au gré des saisons. En août 1991, une époque a pris fin, sans qu’une autre ait vraiment commencé : les terriens règlent leurs comptes avec le passé alors que dans la station spatiale, la Révolution d’Octobre a survécu… », Catalogue Vue sur Les Docs, 1996
Le Tombeau d’Alexandre
Né en 1900, Alexandre Medvedkine resta toute sa vie fidèle à l’idéal communiste. Mais le fondateur du ciné-train de l’agit-prop des années trente, ne manqua pas de dénoncer de manière corrosive les aberrations du système comme dans son film satirique culte Le Bonheur. Marker « rembobine » le film d’une œuvre, d’un engagement, d’une esthétique. Mais le siècle s’achève dans la confusion de l’après-putsch de 1991 qui signe la fin de l’Union Soviétique. Une « conclusion » que Medvedkine ne connaîtra pas…
Intervista, quelques mots pour le dire
« L’absence de son pourrait être un accident… Une femme a laissé derrière elle avec les années, les événements, les naissances, les joies, les malheurs, l’optimisme, la peur, les informations, les vieux journaux, le communisme, les conjonctures, les déceptions, les rébellions et aussi une interview… muette, le son ayant été perdu. L’interview réalisée il y a vingt ans alors que cette femme était responsable de l’Alliance des jeunes communistes en Albanie. Cette femme est ma mère et j’ai retrouvé cette interview lors d’un déménagement. La clé est dans la lecture des mouvements de ses lèvres. J’ai fait appel à une école de sourds-muets. Vingt ans après, ma mère se voit confrontée à son discours d’alors. », Anri Sala
Sans soleil
Une femme (Florence Delay) lit les lettres du « cameraman hongrois » Sandor Krasna qui parcourt le monde du Japon à la Guinée-Bissau. Le cinéaste, à son synthétiseur, articule entre musique, photo, cinéma et vidéo une composition mosaïque qui navigue entre histoire et mémoire.
L’Évangile selon les papous
La tribu des Hulis est une des neuf cents tribus de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Vivant dans une des parties les plus reculées de l’île, elle a vu les premiers Blancs, des missionnaires méthodistes, arriver en 1955. Ces missionnaires sont depuis en concurrence avec d’autres Églises pour évangéliser le plus grand nombre possible de Papous. Si les femmes voient, dans les baptêmes, la possibilité d’accéder à une nouvelle reconnaissance, il n’en est pas de même pour les hommes. Le baptême implique, en effet, de renoncer à la polygamie, aux guerres tribales et à une grande partie de leurs traditions. Les missionnaires réussissent à convaincre les derniers réfractaires, en leur annonçant, pour la fin du millénaire le retour du Christ, de l’Antéchrist, et donc l’heure du Jugement dernier. Le film accompagne Ghini et d’autres vieux guerriers qui, sous la pression des missionnaires, ont détruit la maison des ancêtres pour y construire une église et s’y faire baptiser le jour de Noël.
Nawa Huni
« Les indiens Huni Kuin vivent en isolement relatif et volontaire par rapport à la société nationale péruvienne, en forêt amazonienne, car les rencontres avec les blancs, les incas et les conquérants espagnols du passé, comme les péruviens et les brésiliens du temps actuel, ont toujours été violentes. L’image de cet homme blanc a profondément marqué l’imaginaire des Huni Kuin : il apparaît comme maître du métal, habitant des zones froides de la terre, fondateur de l’État, et porteur de maladies et de la mort. Cette image s’exprime à tous les niveaux du discours indien y compris lors de leurs cérémonies, où la drogue est largement employée. Ceci donna l’idée à deux ethnologues de filmer les réactions des Huni Kuin lorsque, un jour, ceux-ci leur demandèrent d’apporter un film sur leur propre grand village. Nawa Huni raconte cette rencontre avec des images du monde blanc et de ses techniques (port, sidérurgie, rues, intérieurs, télévision). Le film s’ouvre sur une introduction à la situation de ce peuple à l’aide d’images tournées en 1951 par un ethnologue allemand. Les réactions pendant les projections puis les réflexions des porte-parole offrent une vision distanciée de notre civilisation. »
Patrick Deshayes, Barbara Keifenheim
À propos de « Tristes Tropiques »
Prises de vue contemporaines de villages indiens du Brésil et images tournées en 1935 dont Lévi-Strauss n’avait plus souvenir. L’auteur de Tristes Tropiques, reconsidère sa démarche intellectuelle et personnelle d’anthropologue et analyse les séparations factices entre sens, connaissance et esthétique.
A Arca Dos Zo’e (Nos ancêtres les Zoe)
Images vidéo à l’appui, Waï Waï, chef des indiens Waiapi, raconte à son village son voyage chez les Zo’e, ethnie jusqu’alors isolée dont le dialecte et les traditions sont similaires à ceux des Waiapi. Aller-retour entre deux mondes, l’un encore vierge mais déjà menacé, l’autre déjà imprégné de la civilisation blanche, connaissant ses technologies et ses dangers.
