Une femme (Laura), un ordinateur, un interlocuteur invisible. À partir de ce dispositif conçu comme un jeu vidéo avec « ses niveaux » et navigations dans les archives et témoignages, le film resitue le rôle de la bataille d’Okinawa, épisode tragique de la seconde guerre mondiale pratiquement inconnu en Occident qui pourtant eut une influence considérable sur la façon dont elle s’acheva.
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L’auteur de La vie RFA, et Vidéogramme d’une révolution, se met à sa table de mixage pour réaliser un panoramique sur ses films. Et disséquer à partir de fragments la composition des images et des sons.
Berlin 10/90
« Dans une série télévisuelle dont la figure imposée est le plan séquence, Robert Kramer invente un dispositif qui multiplie la narration. Enfermé dans la salle de bains d’un hôtel de Berlin, face à un téléviseur qui projette des extraits d’actualités et des séquences tournées par lui-même, le cinéaste se livre au difficile exercice d’autofilmage tandis qu’il improvise sur le sens de sa présence dans la ville de ses origines. Travail doublement magnifique d’une performance servie par l’imagination filmique, les images renvoyées par l’écran font écho aux pensées du cinéaste, lui donnent cette méditation à voix haute sur sa propre errance. Réflexion métaphysique sur les cicatrices laissées par la guerre, la Shoah, l’exil de sa famille, où il s’interroge sur les traces de l’histoire. »
Source Documentaire sur grand écran
Si j’avais quatre dromadaires
« En 1966, au moment de la remise en cause du Stalinisme et de l’idéologie communiste, le photographe Chris Marker décide de revisiter les photos qu’il a prises au cours de ses nombreux voyages, d’en reconsidérer le sens, la subjectivité. L’autocritique est prétexte à un tour du monde. Nous passons de l’URSS à la Corée, de la Grèce à Cuba, tandis que le cinéaste interroge les images et s’interroge sur la photographie, sur son rôle de double. Fidèle à lui-même, Chris Marker nous apprend à regarder. Loin de se poser en pédagogue, il nous entraîne dans une sorte de jeu des erreurs plein d’humour – le commentaire à trois voix y contribue – où se dessiller les yeux est un bonheur. »
Source : Documentaire sur grand écran
La Marelle de Chris Marker
« Une aire de jeu sans limites, un champ uniformément quadrillé que viendront occuper progressivement, en lignes horizontales et verticales se recoupant, les lettres formant les titres des films de (ou co-signés par) Chris Marker. Dans les espaces délimités par les titres qui se succèdent et s’entrecroisent, apparaissent les photogrammes des films concernés aux rythmes des phrases du commentaire. »
Out of the present
« Le premier space trip sur pellicule. L’absence de pesanteur n’est pas un handicap pour faire un film. Ici, deux caméras 35 mm ont été envoyées dans l’espace : opération spectaculaire, exclusivement cinématographique. À terre Vadim Lussaw, le chef opérateur de Solaris (le film de Tarkovski) dirige la prise de vue… En orbite, deux cosmonautes suivent ses indications durant un space walk. Action…
Ensuite les caméras seront désintégrées lors de leurs rentrées dans l’atmosphère. Le trip fini, les images conservées, voici l’histoire. En mai 1991, les cosmonautes Anatoli Artsebarski et Sergueï Krikalev quittent la terre à destination de la station Mir dans le cadre de la mission Ozon. Tandis que le commandant de bord retourne comme prévu sur terre après cinq mois, l’ingénieur de bord ne devait revenir qu’après dix mois, contraint de rester en orbite du fait des événements politiques. En effet en août 1991, pendant que Sergueï Krikalev séjourne dans la station, se déroule à Moscou le putsch qui entraîne non seulement la disparition de l’empire soviétique mais aussi la fin d’une époque historique. L’idée du film est simple : son motif est classique : l’Odyssée… Ici, ce ne sont plus les dieux de l’Olympe qui se disputent sur le déclin de Troie, mais des techniciens qui, depuis le ciel, assistent à la décomposition d’un empire. Leur vision globale ne perçoit certes pas les chars qui perturbent le trafic dans les rues de Moscou. Mais depuis la station, ils captent tout autre chose : le rythme de la nature, les changements de la couleur du globe au gré des saisons. En août 1991, une époque a pris fin, sans qu’une autre ait vraiment commencé : les terriens règlent leurs comptes avec le passé alors que dans la station spatiale, la Révolution d’Octobre a survécu… », Catalogue Vue sur Les Docs, 1996
Le Tombeau d’Alexandre
Né en 1900, Alexandre Medvedkine resta toute sa vie fidèle à l’idéal communiste. Mais le fondateur du ciné-train de l’agit-prop des années trente, ne manqua pas de dénoncer de manière corrosive les aberrations du système comme dans son film satirique culte Le Bonheur. Marker « rembobine » le film d’une œuvre, d’un engagement, d’une esthétique. Mais le siècle s’achève dans la confusion de l’après-putsch de 1991 qui signe la fin de l’Union Soviétique. Une « conclusion » que Medvedkine ne connaîtra pas…
Intervista, quelques mots pour le dire
« L’absence de son pourrait être un accident… Une femme a laissé derrière elle avec les années, les événements, les naissances, les joies, les malheurs, l’optimisme, la peur, les informations, les vieux journaux, le communisme, les conjonctures, les déceptions, les rébellions et aussi une interview… muette, le son ayant été perdu. L’interview réalisée il y a vingt ans alors que cette femme était responsable de l’Alliance des jeunes communistes en Albanie. Cette femme est ma mère et j’ai retrouvé cette interview lors d’un déménagement. La clé est dans la lecture des mouvements de ses lèvres. J’ai fait appel à une école de sourds-muets. Vingt ans après, ma mère se voit confrontée à son discours d’alors. », Anri Sala
Sans soleil
Une femme (Florence Delay) lit les lettres du « cameraman hongrois » Sandor Krasna qui parcourt le monde du Japon à la Guinée-Bissau. Le cinéaste, à son synthétiseur, articule entre musique, photo, cinéma et vidéo une composition mosaïque qui navigue entre histoire et mémoire.
L’Évangile selon les papous
La tribu des Hulis est une des neuf cents tribus de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Vivant dans une des parties les plus reculées de l’île, elle a vu les premiers Blancs, des missionnaires méthodistes, arriver en 1955. Ces missionnaires sont depuis en concurrence avec d’autres Églises pour évangéliser le plus grand nombre possible de Papous. Si les femmes voient, dans les baptêmes, la possibilité d’accéder à une nouvelle reconnaissance, il n’en est pas de même pour les hommes. Le baptême implique, en effet, de renoncer à la polygamie, aux guerres tribales et à une grande partie de leurs traditions. Les missionnaires réussissent à convaincre les derniers réfractaires, en leur annonçant, pour la fin du millénaire le retour du Christ, de l’Antéchrist, et donc l’heure du Jugement dernier. Le film accompagne Ghini et d’autres vieux guerriers qui, sous la pression des missionnaires, ont détruit la maison des ancêtres pour y construire une église et s’y faire baptiser le jour de Noël.
