En 1972, Jean Gaumy, photographe de l’agence Magnum, réalise un reportage sur les filletières d’une fabrique de harengs fumés, une boucane de Fécamp. Dix ans plus tard, il revient filmer ces femmes qui vident le poisson et le découpent en filets : mains expertes, gestes répétés parfois depuis plus de vingt ans. Des ouvrières qui, par leur vitalité, leurs chansons et leurs rires, échappent au quotidien des poissons.
Leur dextérité, la précision de leurs gestes pourraient faire oublier la dureté du travail si leurs doigts rougis et écorchés ne la rappelaient constamment. Les unes face aux autres. Autour d’une grande table, elles combattent par leur gaieté et leur entrain l’environnement froid et obscur de l’atelier dans lequel elles ont introduit l’atmosphère chaleureuse de femmes entre elles. Lorsqu’elles réclament au réalisateur les photos prises il y a dix ans, les moqueries fusent, les souvenirs reviennent, l’émotion les étreint à revoir telle femme morte depuis, telle autre partie à la retraite, et elles s’étonnent que cette petite fille travaille aujourd’hui à la boucane… Une première expérience cinématographique pour elles comme pour le réalisateur, à la fois ludique et sensible.
Comme des ombres furtives, elles sortent du métropolitain à l’aube, souvent âgées, portant le fichu qui leur donne des airs de babouchka, elles témoignent de la condition de « femmes de ménage » dans la France en pleine « modernisation » des années soixante…
Ce « reportage » (le documentariste savait se faire modeste à l’époque) de Jacques Krier fait partie de la série conçue par Eliane Victor, « Les femmes aussi » qui au mitan des années soixante, esquissait un portrait à facettes de la condition féminine. Au temps de l’ORTF, d’une télévision noir et blanc de service public, plutôt audacieuse dans la France des « Trente glorieuses » aux « valeurs » étriquées et confites.
« Une caméra de télévision » inspirée par le cinéma direct qui sait recueillir avec empathie les témoignages de ces septuagénaires, de ces immigrées espagnoles ou italiennes qui précédèrent nos modernes « techniciens et techniciennes de surface ».
En 1940, Ernst Jünger, écrivain, aristocrate et officier allemand, est affecté au commandement militaire de Paris. La Guerre d’un seul homme conjugue les extraits de son journal intime (de 1940 à 1944) aux images d’archives de l’époque. Évocations de massacres, manifestations officielles, scènes de la vie quotidienne, spectacles culturels et mondains défilent au son claironnant de la propagande et se mêlent aux phrases douloureuses du narrateur.
Pendant de longs mois d’attente de la « drôle de guerre », trois soldats ont écrit presque chaque jour à celles qu’ils aimaient. Maurice Jaubert était musicien, Paul Nizan, écrivain et Roger Beuchot – père de Pierre Beuchot – était ouvrier. Ils sont morts tous les trois dans les combats du printemps 1940. Le Temps détruit, c’est l’histoire de ce quotidien vécu par ces trois hommes, raconté à travers les lettres d’amour qu’ils envoient inlassablement à leurs femmes, avant d’être tués.
Recueil et mise en scène de petits films d’amateurs tournés entre 1940 et 1943 dans l’Europe occupée. L’existence au quotidien, la vie de famille aussi bien que les grands événements, voilà ces Temps de guerre… Les documents sont passionnants parce que tournés sans but esthétique ni souci de propagande. Dans chacun des pays occupés, les réactions sont très différentes, selon qu’on résiste ou qu’on plie l’échine. En Europe de l’est, les populations sont réduites à l’état d’esclaves. Ailleurs, la collaboration des États penche du côté d’une Europe asservie.
« Mon film n’est bien entendu pas un film sur l’Holocauste, ce n’est pas non plus la biographie d’un criminel contre l’humanité. C’est essentiellement un film sur le comportement des gens face à la réalité de cette carrière : les phénomènes de rejet, de complicité ou d’indifférence calculée. Comment les gens se définissent face à cet homme qu’on ramène à Lyon et qui est sans doute le dernier grand criminel à être jugé avant la solution biologique… », Marcel Ophüls
Le procès de Nuremberg et sa portée symbolique. « Nuremberg dans la structure du film joue le même rôle que Clermont-Ferrand dans Le Chagrin et la Pitié : c’est le lieu où les destins individuels et les destins collectifs se rencontrent. Pour la construction du film, c’est le manche de l’éventail. À partir de là, l’enquête permet des retours en arrière mais aussi des réflexions sur le présent et débouche sur l’avenir. Vietnam, Algérie, bombe atomique, stalinisme, CIA, tortures en Amérique Latine et ailleurs. Hitler, semble être à la fois le grand vaincu et le grand vainqueur du XXe siècle. », Marcel Ophüls
Ce film sur les correspondants de guerre et la manipulation de l’information par les médias, est le fruit de six voyages de Marcel Ophüls dans Sarajevo assiégé. L’hôtel Hollyday Inn, lieu de séjour des journalistes devient le premier « décor du film ». Marcel Ophüls accompagne des journalistes comme John Burns, correspondant du New York Times dans et hors la ville assiégée… Et comme contrepoint usuel dans la méthode du cinéaste, différents témoignages tissent un vaste panoramique sur l’évolution des rapports entre journalisme et censure depuis la Guerre de Crimée, moment « fondateur » du reportage de guerre : Martha Gellhorn durant la guerre d’Espagne, Robert Capa au Vietnam, la Guerre du Golfe…
« C’est une phrase en exergue du livre de Philip Knightley, The first casualty, qui m’a donné l’envie de faire un film sur les reporters : “La première victime de la guerre, c’est la vérité”. C’est un projet auquel je tenais et il n’y a pas depuis quinze ans un producteur à qui je ne l’ai proposé. » Marcel Ophüls
« L’idée de November days était de se servir des souvenirs d’hommes politiques à présent retirés du pouvoir pour porter un regard sur une Europe en pleine évolution. Durant les deux derniers mois de l’année 1989, sans que personne ne s’y attende, la période de l’après-guerre a pris fin avec l’effondrement du mur de Berlin. Ce film est un kaléidoscope de pensées, d’images, d’intelligences, tourné dans des bars, des restaurants, des taxis, des chambres, des rues… Avec des extraits d’actualité pris sur cette nuit-là, l’image inoubliable de l’homme au marteau, celle du couple buvant du champagne, et les Vopos qui les encourageaient… Suivre ensuite ces mêmes hommes et les filmer dans leur quotidien, mettre en parallèle leurs problèmes personnels et politiques qui résultent de ce moment magique et historique. Passer de l’euphorie au désenchantement puis recommencer. » Marcel Ophüls
Deux époques : L’effondrement, Le choix.
Une ville sous l’Occupation, Clermont-Ferrand. Témoignages. Ceux des fermiers maquisards Louis et Alexis Grave, de l’ancien Waffen SS de la division Charlemagne, Christian de la Mazière mis en scène dans le symbolique château de Sigmaringen. Des figures de la scène politique de l’époque… Pour une évocation plus que contrastée de la Résistance et du régime de Vichy…