Cinq ans après le tournage de Close-Up par Abbas Kiarostami, Close-Up Long Shot refait la focale sur Hossain Sabzian, protagoniste fabulateur. Il s’explique : loin d’être un imposteur, il nous communique son amour du septième art, la conception qu’il en a. Il nous raconte comment sa vie a changé depuis le tournage. Il nous livre ses réflexions sur sa condition, ses désirs, ses peurs et nous apparaît comme le miroir où peuvent se retrouver les cinéphiles et acteurs anonymes. Close Up Long Shot est une succession d’interviews et d’entretiens. Un peu comme une pyramide. Interviews entrecroisés des personnes qui le côtoient. Isolement. Puis, un long plan séquence sur Sabzian lui-même. Les cadres sont serrés, saisissent les émotions au plus près. Enfermement.
Tu vois c’que je veux dire
Parti à New-York pendant trois mois pour garder sa petite cousine, Alexis a le mal du pays à l’idée d’envoyer à son amie des photos et des cassettes audio, sortes de cartes postales sonores où il parle de lui et de ce qu’il vit. À son retour, il rencontre Michel Dupuy auquel il raconte son voyage en s’appuyant sur ses souvenirs audios et visuels. Intéressé, le réalisateur propose alors à Alexis d’élaborer un film à partir de cette « matière » riche mais peu utilisable dans sa forme brute. Il aura fallu près de cinq ans pour que ce film se fasse et qu’il se dégage une réelle authenticité. Car malgré les apparences de fiction, il s’agit bien là d’un documentaire sur un voyage, une ville mais aussi sur Alexis, sa petite cousine et la solitude.
Pharmacies de nuit
Dans le 12e arrondissement de Paris, une pharmacie ouverte la nuit…
Textes de Vincent Ravalec.
Concessions à perpétuité
Que faire des vestiges archéologiques lorsqu’ils sont mis à jour lors de travaux en milieu urbain ? En France, dans le meilleur des cas, les archéologues sont là pour faire des relevés. Ils sauvent l’information que livre le passé, puis détruisent presque toujours les constructions anciennes « in situ » afin de laisser la place à l’ouvrage moderne. C’est l’usage. Les gens qui en sont informés ne trouvent rien à redire. Mais ces gens préfèrent se taire. En effet, ils semblent craindre la force d’une opinion publique qui pourrait exiger que les vestiges restent en place et cela « empêcherait le monde d’avancer » ainsi que le déclare un technocrate. De 1993 à 1996, pour la première fois, une fouille urbaine a été filmée intégralement, avec ses découvertes et ses péripéties. La caméra s’est glissée dans les bureaux, les réunions, ainsi que dans la rue, enregistrant les protestations des uns, la langue de bois des autres, et l’émotion de tous. Car la découverte de nombreux sarcophages mérovingiens de la place Baudoyer dans le centre de Paris a rendu nerveux les politiques, les riverains, les promoteurs, mais aussi les archéologues.
Les gens de la rue estimaient que l’on touchait à l’essentiel. Le chef de fouille pense pour sa part avoir sauvé l’essentiel. Concessions à perpétuité ne prend pas partie, mais dit ouvertement les choses.
April in Kilcrohane
La vie d’un village irlandais en dix-neuf plans fixes pendant une durée d’un mois : avril. Sans musique ajoutée, sans paroles et sans discours.
Darko et Vesna
Au début de la guerre en Bosnie, Vesna a fui Sarajevo avec ses deux enfants, laissant derrière elle son mari Darko, mobilisé dans l’armée bosniaque. Deux années plus tard, Darko quitte enfin Sarajevo pour rejoindre sa famille, en exil sur une presqu’île paradisiaque au large de Split. Ces deux années d’exil ont été vécues très différemment par Darko et Vesna, modifiant complètement leurs rapports. Ils ne se retrouvent plus, même dans les moindres petits détails de la vie. Darko et Vesna laissent entrevoir progressivement cette zone d’ombre que l’on tait publiquement à chaque armistice : les ravages intérieurs et psychologiques de la guerre.
Chargée de famille
« Avoir une famille, c’est une expérience humaine universelle. Même les orphelins savent ce qui leur manque, mesurent le vide de ce qu’ils n’ont pas connu ou perdu trop vite. Qu’est-ce que transmet une famille ? À quoi sert-elle ? Comment pèse-t-elle ?
À travers quatre générations d’hommes et de femmes d’une même famille, par l’addition de portraits successifs entrecoupés d’archives familiales 8 mm et Super 8, j’ai cherché à reconstruire le puzzle d’une famille et approcher cette notion aux mille définitions du dictionnaire.
Comment peut-on être à la fois et aspirer à être “un”, indivisible et faire partir d’un tout auquel on se raccroche et qui est sa famille ? Chargée de famille se veut être cette approche à la fois générale et générique en même temps qu’une démarche très personnelle puisqu’il se trouve que c’est “ma” famille que j’ai choisie de filmer. »
Lili m’a dit
Mes Vidéos 91-95
- Série : À quatre ans, je dessinais comme Picasso (1991)
- Film de famille, 3′
- Tout le monde meurt, 2’26
- Souvenir rêvé, 1’22
- Série : Petites scènes de la vie ordinaire I (1992-1993)
- Le jeudi de l’Ascension, 1’52
- Papa gros con, 1’25
- Filme ma poupée,1’41
- La vache qui parle, 5’19
- Série : Les grands moments de la photo de famille (1992-1993)
- Famille B, 4’26
- Maintenant, 1’05
- Épilogue, 50”
- Série : Petites scènes de la vie ordinaire II (1994-1995)
- La tarte au citron, 4’23
- La forêt de Rambouillet, 2′
- Les joujoux de Noël, 5’34
La Vision théorique
« … Du plan serré au plan large, du cinéma primitif (L’Arroseur arrosé) avec ses séries de plan-séquence autonomes. Aux mises en scène avec personnage pour lesquelles il conçoit à chaque fois des micro-scénarios. Un cadrage et un montage. On peut voir se dessiner une forme linéaire qui vise, sur la base des mêmes éléments, un vocabulaire structuré de la relation à l’autre, avec tout ce que cela implique de rapport de force ou de séduction. Ce qui demeure tout au long de ce parcours demeure l’ambiguïté et la tension de la position de l’artiste Bord-Cadre, entre absence et présence. En y ajoutant de l’intérieur, de nouveaux syntagmes, Joël Bartoloméo s’applique à élargir un corpus initialement restreint, à le desserrer de son emprise avec le genre, de la photo de famille au cinéma amateur. », Stéphanie Moisdon-Trembley, présentation de l’édition vidéo
La Vision « People »
« Volubile, passionnée et adepte des équations insensées, voici Lili, belle comme une héroïne de Woody Allen. Timide, rire de ventriloque et lunettes-bicyclette, tout droit sorti d’une comédie de Jacques Tati, voilà Joël, son mari. Nom de couple, les Bartoloméo, tous deux nés à Bonneville (Haute-Savoie), dans la même maternité, accouchés par la même sage-femme, elle en 1956, lui, un an plus tard. C’est lui, l’artiste, lui qui depuis dix ans filme en vidéo et presque en huis clos leur vie quotidienne avec les jumeaux, Coline et Fabian, onze ans et bien sûr Lili. » En fait, précise Joël Bartoloméo ce sont des films de famille anti famille qu’il a commencé sans vraiment savoir ce qu’il allait en faire, absorbé par cette caméra qui est devenue un outil à enregistrer les rites et rituels de sa petite tribu, Toujours prête à entrer en action. « Un chien » ajoute Lili.
Portrait par Brigitte Ollier, série Duos intimes (Libération, 19 août 1997).
La Vision des « Écrans Documentaires »
Au-delà de l’originalité du dispositif artistique posé par Joël Bartoloméo, ses travaux vidéos interrogent les perspectives du « cinéma des familles » à l’ère caméscope. Contiguïté et détournement, décalage et subversion, effet de loupe sur l’intime… Des films à priori sans visée « documentaire ». Comme semblerait l’attester d’ailleurs le circuit artistique dans lequel ils sont diffusés : Semaine internationale de la vidéo de Genève, Centre Georges Pompidou, Espace Croisé de Lille, etc. Pourtant la porosité des « genres », des actes, tels qu’ils sont par habitude dûment étiquetés en est d’autant plus questionnée. En fonction du contexte de diffusion, la maîtrise d’une œuvre échappe-t-elle à son auteur ? De quel point de vue la découvre-t-on et dans quelle perspective ? Qu’est-ce qui fait l’acte artistique et sa reconnaissance ? Les Archives Bartoloméo deviendront-elles documentaires ?
Joe et Maxi
« Faire le film, c’était voir mon père, c’était me voir moi-même » déclare à la fin de Joe et Maxi, la jeune réalisatrice (vingt-trois ans à l’époque) Maxi Cohen. Comprendre un père et le regard qu’il porte sur vous. Se comprendre. Ce « rêve de film » remontait dix ans en arrière quand Maxi Cohen imaginait faire le portrait d’un « héros énigmatique », aventureux, candide et charismatique. Deux événements décideront de l’accomplissement de son projet : la mort prématurée de sa mère atteinte d’un cancer et la rencontre d’un complice, Joël Gold permettant d’envisager ce portrait. Mais si intimement lié à la vie, le film tourne au journal de bord d’une rencontre et de la maladie…
