Comment dire, face au sang, au cri de la bête qui meurt, à cette peau rose qui nous ressemble, à ce ventre que l’on ouvre, ces images venues de l’inconscient, cette descente aux entrailles de la vie, où dans un même râle, se côtoient meurtre et accouchement… Comment traverser ces peurs, si ce n’est en osant s’éprouver comme « viande de boucherie », en s’autorisant à entendre ce cri de Bacon cité par Deleuze : « Pitié pour la viande… parce que tout homme qui souffre est de la viande ».
Gongonbili de l’autre côté de la colline
Gongonbili est un village isolé vers lequel aucune piste ne conduit. À la frontière de la Côte d’Ivoire et du Burkina-Faso, les Lobis ont toujours eu la réputation d’être rebelles à toute forme d’autorité centralisée. Le village est accusé par la rumeur d’être le repère des voleurs, des meurtriers et des sorciers aux pouvoirs puissants qui sévissent dans la région. Débattant de leur histoire, leur vie actuelle et leurs espoirs, les habitants de Gongonbili pensent que le temps est venu pour eux de s’ouvrir au monde. Malheureusement, un serment interdit tout contact avec l’étranger, qu’il soit blanc ou noir. De l’autre côté de la colline, dans les grottes, les génies cohabitent avec les armes volées…
Close-Up Long Shot
Cinq ans après le tournage de Close-Up par Abbas Kiarostami, Close-Up Long Shot refait la focale sur Hossain Sabzian, protagoniste fabulateur. Il s’explique : loin d’être un imposteur, il nous communique son amour du septième art, la conception qu’il en a. Il nous raconte comment sa vie a changé depuis le tournage. Il nous livre ses réflexions sur sa condition, ses désirs, ses peurs et nous apparaît comme le miroir où peuvent se retrouver les cinéphiles et acteurs anonymes. Close Up Long Shot est une succession d’interviews et d’entretiens. Un peu comme une pyramide. Interviews entrecroisés des personnes qui le côtoient. Isolement. Puis, un long plan séquence sur Sabzian lui-même. Les cadres sont serrés, saisissent les émotions au plus près. Enfermement.
Tu vois c’que je veux dire
Parti à New-York pendant trois mois pour garder sa petite cousine, Alexis a le mal du pays à l’idée d’envoyer à son amie des photos et des cassettes audio, sortes de cartes postales sonores où il parle de lui et de ce qu’il vit. À son retour, il rencontre Michel Dupuy auquel il raconte son voyage en s’appuyant sur ses souvenirs audios et visuels. Intéressé, le réalisateur propose alors à Alexis d’élaborer un film à partir de cette « matière » riche mais peu utilisable dans sa forme brute. Il aura fallu près de cinq ans pour que ce film se fasse et qu’il se dégage une réelle authenticité. Car malgré les apparences de fiction, il s’agit bien là d’un documentaire sur un voyage, une ville mais aussi sur Alexis, sa petite cousine et la solitude.
Pharmacies de nuit
Dans le 12e arrondissement de Paris, une pharmacie ouverte la nuit…
Textes de Vincent Ravalec.
Concessions à perpétuité
Que faire des vestiges archéologiques lorsqu’ils sont mis à jour lors de travaux en milieu urbain ? En France, dans le meilleur des cas, les archéologues sont là pour faire des relevés. Ils sauvent l’information que livre le passé, puis détruisent presque toujours les constructions anciennes « in situ » afin de laisser la place à l’ouvrage moderne. C’est l’usage. Les gens qui en sont informés ne trouvent rien à redire. Mais ces gens préfèrent se taire. En effet, ils semblent craindre la force d’une opinion publique qui pourrait exiger que les vestiges restent en place et cela « empêcherait le monde d’avancer » ainsi que le déclare un technocrate. De 1993 à 1996, pour la première fois, une fouille urbaine a été filmée intégralement, avec ses découvertes et ses péripéties. La caméra s’est glissée dans les bureaux, les réunions, ainsi que dans la rue, enregistrant les protestations des uns, la langue de bois des autres, et l’émotion de tous. Car la découverte de nombreux sarcophages mérovingiens de la place Baudoyer dans le centre de Paris a rendu nerveux les politiques, les riverains, les promoteurs, mais aussi les archéologues.
Les gens de la rue estimaient que l’on touchait à l’essentiel. Le chef de fouille pense pour sa part avoir sauvé l’essentiel. Concessions à perpétuité ne prend pas partie, mais dit ouvertement les choses.
April in Kilcrohane
La vie d’un village irlandais en dix-neuf plans fixes pendant une durée d’un mois : avril. Sans musique ajoutée, sans paroles et sans discours.
Darko et Vesna
Au début de la guerre en Bosnie, Vesna a fui Sarajevo avec ses deux enfants, laissant derrière elle son mari Darko, mobilisé dans l’armée bosniaque. Deux années plus tard, Darko quitte enfin Sarajevo pour rejoindre sa famille, en exil sur une presqu’île paradisiaque au large de Split. Ces deux années d’exil ont été vécues très différemment par Darko et Vesna, modifiant complètement leurs rapports. Ils ne se retrouvent plus, même dans les moindres petits détails de la vie. Darko et Vesna laissent entrevoir progressivement cette zone d’ombre que l’on tait publiquement à chaque armistice : les ravages intérieurs et psychologiques de la guerre.
Chargée de famille
« Avoir une famille, c’est une expérience humaine universelle. Même les orphelins savent ce qui leur manque, mesurent le vide de ce qu’ils n’ont pas connu ou perdu trop vite. Qu’est-ce que transmet une famille ? À quoi sert-elle ? Comment pèse-t-elle ?
À travers quatre générations d’hommes et de femmes d’une même famille, par l’addition de portraits successifs entrecoupés d’archives familiales 8 mm et Super 8, j’ai cherché à reconstruire le puzzle d’une famille et approcher cette notion aux mille définitions du dictionnaire.
Comment peut-on être à la fois et aspirer à être “un”, indivisible et faire partir d’un tout auquel on se raccroche et qui est sa famille ? Chargée de famille se veut être cette approche à la fois générale et générique en même temps qu’une démarche très personnelle puisqu’il se trouve que c’est “ma” famille que j’ai choisie de filmer. »
Lili m’a dit
Une table de petit déjeuner, au premier plan un bout de bol, derrière une femme, Lili, femme sans tête, décadrée mais qui parle. Le mouvement de ses mains accompagne ses paroles en des gestes suggestifs, comme un mime. Les doigts au centre de l’image sont nerveux, le discours est agité, Lili fait de la psychanalyse sauvage.
