Malgré une mise à distance volontaire dans son exil anglais, son immersion dans une autre culture et d’autres modes relationnels, le réalisateur éprouve le besoin du Retour pour solder ses doutes et faire le point… Un film pour éloigner de ces questionnements et un miroir aussi, pour les membres de sa famille.
Après quelques années à l’étranger, Toichi, le réalisateur retourne dans sa ville natale d’Osaka pour filmer les siens. Dans les mille et un détails de la vie quotidienne vont se révéler les fractures visibles et les problèmes plus secrets de cette famille prise entre deux cultures, la japonaise et la coréenne, dont les relations ont toujours été difficiles. Le père entretient une autre famille en Corée, la mère se pose des questions sur son présent et son avenir. Le frère est pris entre ses affaires dans l’entreprise paternelle et la secte dont il est adepte. Une des sœurs a fait ses choix et assume son indépendance. Quant à Toichi, son dilemme n’est pas moindre : doit-il pour de bon rentrer au Japon et jouer le rôle traditionnellement dévolu à l’aîné des fils ? Ou peut-il retourner en Occident, et assumer seul ses choix de vie ?
Ce qui est dit, ce qui est tu. Ce qui fait souffrance pour les uns, pour les autres. Ce qui se transmet. Et le temps qu’il faut pour le dire. Trois générations face au travail de mémoire. Intensité et pudeur… Trois rescapés d’Auschwitz racontent de quelle façon et dans quelles circonstances, ils ont révélé leur histoire depuis leur retour. Leurs descendants expriment ce qu’ils ont ressenti en la découvrant, en quoi elle a marqué leur identité et ce dont ils se sentent investis. Ainsi se constitue un récit complexe, quelquefois contradictoire, qui met en lumière les effets de la parole et des non-dits sur trois générations et plus généralement soulève la question de la transmission de l’histoire.
Un fils, un père. Une mémoire à trous et caches. Un voyage à deux pour la réactiver, la soumettre à la question. Pour tenter de comprendre, de se comprendre aussi sans doute… « Je me souviens des dimanches froids et gris où toute ma famille se réunissait autour de l’album de photos. Pendant ce temps, la vie du petit village suisse s’écoulait lentement. Parmi les innombrables photos de vacances en Italie, notre pays d’origine, l’une m’attirait de manière inquiétante, sinistre. On y voyait six personnes pendues. C’étaient des noirs aux longs vêtements blancs. On distinguait la corde autour de leur cou. La photo resta gravée dans ma mémoire… et je grandis. Peu à peu, le mystère de cette image se révéla : mon père avait participé comme soldat à la guerre d’Éthiopie en 1936. Ensuite il vécut quinze ans à Asmara, la capitale de la colonie italienne d’Érythrée, avant de rentrer en Italie puis d’émigrer en Suisse. Je n’ai jamais rien su de cette longue période. On n’en parlait pas. C’était une période tabou pour nous comme d’ailleurs pour tous les italiens. Un jour, je décidais de tourner un film autour de ces deux tabous, le privé et l’historique. »
Par l’auteur (avec Corine Miret) des cartes postales vidéos du « Voyage en Orient ». Un film de (par, pour la) famille et pour soi à travers elle. Un voyage comme une « lettre au père » qui musarde dans la mémoire et les clichés de l’Orient. Et une tentative de décryptage de certaines des représentations imaginaires que nous en avons.
Ira Wohl filme son cousin Phil, handicapé mental adulte, qui jusqu’à ses cinquante-deux ans, a été complètement protégé du monde par ses parents. Une caméra témoin mais aussi participative qui accompagne le processus d’ouverture d’une chrysalide durant plus de trois ans. Si Best Boy est l’histoire d’une « émancipation » et d’une découverte du monde, tous les acteurs du cercle familial évoluent avec lui…
Ira Wohl a commencé sa carrière de cinéaste au début des années soixante-dix en tant qu’assistant sur le film d’Orson Welles Don Quichotte avant de travailler en télévision et de réaliser plusieurs courts et longs métrages documentaires. Depuis 1990, Ira Wohl est devenu psychothérapeute et réalise des séries documentaires sur les diagnostics psychologiques.
Il réalisera ensuite Best Man : Best Boy et chacun d’entre nous vingt ans après, puis Best Sister.
Dans le même esprit et le même principe du montage de films amateurs que leur précédent film Terre Neuvas (avec Manuela Fresil en plus dans l’équipe)…Les auteu·rices évoquent cette fois un demi-siècle de congés payés. Une douce balade entre fête villageoise et bord de mer, entre farniente et randonnées. Avec des madeleines d’enfance, des romances adolescentes. Une partition savamment articulée, pour fusionner après un long travail de collecte – une myriade de mémoires intimes qui peuvent ainsi rencontrer notre imaginaire collectif.
Sur les traces de Joseph Morder, cinéaste expérimental qu’il admire, Rémi Lange filme en Super 8 son ciné-journal, tenaillé par la nécessité d’une révélation… Film-démarche. Film-questions à tiroirs. Qui brassent… la question d’identité. Celle du rapport à l’autre quand tourne la caméra. Celle de la restitution de l’échange. Celle encore de la diffusion d’un travail filmique. Car Omelette, existe aussi dans une version « abrégée », en durée comme en sens : Les anges de nos campagnes, qui fut diffusé dans l’Œil du Cyclone sur Canal+. Le même film et un autre aussi…
Ainsi une « documentariste », une cinéaste, nous place face à une réflexion en action. Produit du sens, des sentiments, des impressions, des questionnements, interroge des engagements, des relations, ses émotions, le temps qu’il fait, l’air du temps. Les siens et peut-être une part du nôtre. Une caméra Hi8 pour faire une « mise au point ». Pour elle, pour nous. Libres à nous. C’est du cinéma, donc des images en mouvement, une voix, des sons, des lumières, une aube, le paysage d’un corps, de la brume en montagne. Des paroles et des silences. Les siens, les siennes que rien ne nous oblige à faire nôtres. C’est du cinéma qui parle de la vie. En direct, en différé. Cela reste donc de la représentation. Du passé déjà, des indices, des signes, des détails infimes qui permettent peut-être de « voir venir » l’avenir. De refuser ou nous approprier ce qui est dit dans cet acte. Qui ne nous objurgue pas à communiquer mais à prendre le temps, le temps du film comme il vient, comme on le ressent. Chacun, seul et ensemble comme toujours au cinéma. « De janvier à septembre 1995, j’ai voulu filmer ma vie en Hi-8. Cette année j’ai aimé un homme et j’ai filmé ma mère. Comme beaucoup d’autres, je me suis demandée pour qui il fallait voter et dans quel collège je devais envoyer mon fils ; c’était la même question, celle de notre devenir collectif et du libéralisme triomphant. J’ai aussi filmé le soleil sur le plancher, la dépression, les fleurs et les vacances. Je voulais surtout saisir le temps qui passe et nous transforme, j’aurais pu appeler le film : Devenir. En le faisant, chemin faisant, j’ai repris goût à la vie. J’avais fait un film sur le manque et il me semble que c’est un film sur le bonheur d’une femme banale mais cinéaste, cinq ans avant l’an 2000. »
En mai 1981, une famille juive soviétique quitte l’URSS pour les États-Unis, emportant quantité de valises au contenu hétéroclite. De Moscou à Los Angeles, en passant par Vienne et par Rome, Jean-Luc Léon a filmé la chronique souvent cocasse de la découverte de l’Occident par cette famille, d’émerveillements en petits désenchantements jusqu’à l’installation définitive. Dix ans plus tard, le cinéaste retrouve trois citoyens américains : après la chute du mur, Isabelle et Ilya Lapirov, et leur fils Innokenti devenu Ken retournent pour la première fois en vacances à Moscou…
C’est l’un des premiers films de l’auteur de De beaux lendemains, prix du jury à Cannes cette année et sur les écrans depuis octobre. Issu d’une famille arménienne installée à Toronto, Atom Egoyan n’a cessé depuis ses premiers films au début des années quatre-vingt, d’installer dans ses scenarii, un principe de mise en abîme des images où télévision et vidéo (familiale, de surveillance) fabriquent mémoires et effets de miroir. Réfléchissant traumatismes, fantasmes pervers ou nostalgies bienheureuses. Mais Family Viewing est en sus une fable moderne : sur le primat du télévisuel et de l’irréalité « écranique », tyrannique, absorbante au sens littéralement physique du terme. Sur la désagrégation (mais aussi la possible recomposition imaginaire) de la cellule familiale nucléaire. C’est encore l’inventaire du mensonge et du faux-semblant, de l’hypocrisie et de l’enfermement quasi mutique, régissant nombre de relations humaines. Et en prime un regard sur la vieillesse et la manière dont elle est considérée. Mais dans cet apparent processus d’accablement, Egoyan nous ménage des points de fuite dans ces impasses.