Campello Alto

Campello Alto

Le message des horizons, titre originel de la série, en restitue encore mieux l’esprit : interprétation savante et perspicace des traces, des activités humaines, des harmonies, des nécessités, qui modèlent et façonnent un paysage. Ici celui d’un village d’Ombrie, campé sur sa colline et clos dans ses remparts.

Le Détroit de Gibraltar

Essai, vidéopoème…

Depuis quelques années, je songeais à écrire un poème avec des matériaux autres que les mots. Et comme je suis persuadé que l’une des formes les mieux adaptées à l’expression poétique contemporaine est la vidéo, je viens d’en réaliser une à propos d’un site symbolisant de manière exemplaire le passage, l’entre-deux, l’échange, la rencontre de cultures : le Détroit de Gibraltar. Car, c’est sans doute dans les « zones de turbulence », les « points sensibles », que la plupart des choses passent, se passent, peuvent être comme « transportées »…

Il s’agit d’une vidéo entre le document et la fiction, l’essai et la fiction, l’essai et la poésie, l’Europe et l’Afrique, l’Atlantique et la Méditerranée, sur ce qui abolit plus ou moins la frontière, toutes les frontières : les flux, les réseaux, les hommes, les marchandises, le vent, les oiseaux migrateurs, les satellites, les langues, les livres, la musique, les images TV…

C’est également un film sur le passage entre la poésie orale et écrite, le chant et le texte, de celui-ci à l’image (bref, sur les constituants de la vidéo, sur ce qui fait qu’elle est de toute évidence un médium qui, à travers la simultanéité, les rapports d’opposition ou de convergence entre le son, le texte, la voix, l’image, l’écran permet ľémergence d’une intensité poétique). Un éloge de l’hybride, du mélange, du divers, du métissage : un vidéopoème.

Images

Elles sont celles du tournage, de photographies et de documents tirés des archives de la Bibliothèque Générale de Tétouan, au Maroc, et d’une séquence de Belle de jour de Luis Buñuel.

Pour le tournage, on distingue deux types d’images :

  • Les « volées », caméra à l’épaule ou à la main, sans recherche esthétique particulière si ce n’est leur urgence : le « trabendo » de Tétouan, la « route du kif », la frontière entre l’Espagne et le Maroc (Ceuta), les ordures à ciel ouvert près de l’Oued Martil.
  • Les travellings, les panoramiques ou les plans fixes proposant un point de vue plus esthétique.

Son

Toute la bande son est fragmentée, hybride. Elle se constitue des cing langues du Détroit de Gibraltar (espagnol, arabe, berbère, français, anglais) et de musiques liées à cette région : Orchestre Andalou de Tanger avec el Lebrijano, Brian Gysin (écrivain, peintre et compositeur de musique qui vécut à Tanger), les Jajouka (musique sacrée du Rif), Djamel Allam (algérien, chanteur engagé), Mohammed el Barrak (lecteur du Coran), Paco de Lucia (guitariste flamenco), Antonio Molina (chanteur de variété andalou) et llaggi Srifi (musique traditionnelle du Rif) ; du poème El paso de la siguiriya de Felerico Garcia Lorca (lu dans sa version originale) ; et des sons « réels » enregistrés lors du tournage (la rue, le bruit du port et de la mer, les amarres des bateaux, les différentes chaînes de télévision, les conversations à la Bibliothèque Générale de Tétouan…).

Écran, effets spéciaux

Toutes les séquences permettant la fabrication du film (le studio vidéo, les deux monitors utilisés pour le montage, les changements de cassette sonore, le bureau, la machine à écrire, la main qui écrit, la bouche, l’oreille), que l’on peut intituler les conditions de production,  sont en noir et blanc.

Toutes les séquences concernant la nature, le passage de la terre au ciel, de la loi à la grâce (montagnes, mer, vagues, palmiers, meutes de chiens, ciel), sont en surimpression bleue.

La lecture du manifeste sur la poésie dont je suis l’auteur se déroule sur un plan fixe pris de Balyounesh (le point d’Afrique le plus proche de l’Europe, 15 km).

À chaque changement de lieu, le trajet se faisant du nord au sud, et d’ouest en est (Algeciras, Tanger, Balyounesh, Ceuta, Marina Smir, M’Dicq, Martil, Tétouan), l’écran devient noir avec des flux de lumière.

Le passage de la frontière, à Ceuta, est fait d’une succession d’images floues et saccadées.

L’ensemble de ces diverses techniques sont utilisées de manière signifiante afin que le film rende compte d’un déplacement de frontières habituelles de la perception, de l’émotion, de la pensée et de la vision que j’intitule la poésie.

El paso de la siguiriya (le passage de la séguidille)
de Federico García Lorca :

Parmi des papillons noirs, va une fille brune à côté d’un blanc serpent de brouillard.
Terre de lumière, ciel de terre.
Elle est enchaînée au frémissement d’un rythme qui jamais n’arrive ; elle a un cœur d’argent et un poignard dans la main droite. Où vas-tu, séguidille, avec un rythme sans tête ? Quelle lune recueillera ta douleur de chaux et de laurier rose ?
Terre de lumière, ciel de terre.

Méditerranée

Une leçon de regard, une immersion dans les mythes et l’histoire, et un beau texte du Sollers de la meilleure époque. Attention chef d’œuvre, inscrit, éblouissant dans la mémoire. Oui, mais ! Le montrer demande une démarche détective plus prosaïque pour trouver une copie de bonne qualité. Promis nous faisons tout notre possible – mais Pollet lui-même n’y croit guère. Si nous n’arrivons pas à le faire mentir, consolez-vous avec la sortie en janvier de Dieu sait quoi, son dernier opus nourri des textes du poète Francis Ponge.

Aqabat Jaber, paix sans retour ?

Aqabat Jaber, paix sans retour ?

À quelques kilomètres de Jéricho, paroles croisées recueillies dans les premiers mois de « l’autonomie palestinienne »…

« Tout ce que je sais de mon village, c’est son nom ». « Aucun peuple au monde n’accepte l’occupation », « Le vainqueur impose sa loi », « Dans ce camp, nous n’avons pas eu d’enfance, nous sommes dépendants ».

Derrière la « Question de la terre », se profile en ombre portée celle de l’identité, de l’autonomie personnelle, de l’impossibilité de « penser » le renoncement, de refuser l’humiliation. Comment à partir de ce nœud complexe donner un sens à la paix ? Peut-on envisager la paix israélo-palestinienne sans le retour des réfugiés palestiniens sur leur terre natale devenue Israël ? S’agit-il d’un retour physique ou d’un retour symbolique ondé sur la reconnaissance de l’injustice infligée au Peuple de Palestine en 1948, lors de la création de l’État d’Israël ? Après avoir tourné Aqabat Jaber, vie de passage à la veille de l’Intifada, Eyal Sivan revient dans ce camp de réfugiés au lendemain de l’évacuation de la région par l’armée israélienne. À quelques kilomètres de Jéricho, Aqabat Jaber, construit il y a cinquante ans, est un camp palestinien aujourd’hui sous autonomie palestinienne. Ses trois mille habitants n’ont pourtant pas changé de statut. Après les accords de paix, ils restent des réfugiés et ne peuvent rentrer dans les villages dont leurs parents ont été chassés. Au cœur du conflit israélo-palestinien, la question du retour des réfugiés déterminera l’avenir du Moyen-Orient. Ce film qui se veut analogique raconte l’histoire des réfugiés palestiniens comme celle de tous les réfugiés, populations déportées, personnes déplacées, qui sont au centre des grands conflits du XXe siècle…

Que sont mes amis devenus ?

Que sont mes amis devenus ?

« Au cœur de cette histoire, il y a lvana, ex-yougoslave de Belgrade. Et autour d’elle, disséminés dans le monde, ses amis. Certains sont restés à Belgrade et vivent l’exil sur leur propre sol, d’autres ont préféré partir. Il s’agit bien d’un documentaire sur l’exil, sur l’engagement, sur la dignité humaine. »

À l’instar de L’homme qui marche du même auteur, présenté à Gentilly dans la thématique Les Territoires de la Mémoire, ce film propose une complexité et différents niveaux de lecture et de décodage qu’une seule vision n’épuise pas.

Son dispositif singulier – caméras confiées aux différents protagonistes pour témoigner de « leur réalité » à leur guise et le montage-brassage de ce puzzle – navigue entre fiction et documentaire. Que sont mes amis devenus ? pose aussi les questions de l’engagement d’un auteur, du processus de réalisation et de ses « empêchements », de ses contradictions et paradoxes. Reste « l’objet-film » livré au spectateur et à ses interprétations. Il signale aussi de manière prémonitoire le deuil de l’espérance d’une Bosnie pluriculturelle et l’évidente non-résolution du problème des réfugiés…

Territoire(s)

Territoire(s)

Territoire(s) traite de « l’idée de territorialité ». À travers les grandes dates de l’histoire de l’Algérie, le film explore et questionne les espaces d’appartenance politique, religieuse et sociale. Mêlant et confrontant images d’archives, images actuelles et images fiction, ce document propose un regard personnel sur la violence des deux rives de la Méditerranée à travers trois séquences :

L’Algérie et sa violence « archaïque » : violence de la conquête, violence de la colonisation, violence de la décolonisation, violence de l’indépendance, violence politique. L’Occident et sa violence de « l’hypermodernité » : violence de la dissuasion, violence de pacification, violence du consensus, violence de la communication virtuelle. Le terrorisme et sa violence « médiatique » : violence « exportée » et surmédiatisée.

Un documentaire de création qui s’appuie sur un montage complexe et intense articulé par des proverbes populaires algériens et une bande son originale et hybride.

Jacques Berque (1910-1995), décédé le 27 juin 95, traducteur du Coran, professeur au Collège de France pendant un quart de siècle, est l’un des plus grands spécialistes du Monde Arabe et de l’Islam. II nous livrait une analyse fine et juste de l’actualité arabe et islamique. En dépit de la faillite tragique des rapports de l’Islam et l’Occident, Jacques Berque estimait que la reconstitution sur de nouvelles bases demeurait possible.

Contexte :

Il y a confrontation avec un monde marqué par la mondialisation des échanges, les islamistes expriment d’abord une révolte contre l’ordre établi dans les pays issus de l’indépendance. Toutes les idéologies de légitimation, en particulier celles importées par le Nord, comme le libéralisme ou le socialisme, sont révoquées, tenues par les islamistes et le peuple pour discours menteur.

En Algérie, le FIS entreprend une patiente conquête à partir de la société civile, son implantation sociale en profondeur, conjuguée à l’impopularité du pouvoir permet au mouvement islamiste de se constituer en « contre société ».

L’Islam « actuel » est en train de faire le vide autour du système occidental (pays de l’Est y compris) et de pratiquer de temps en temps, par un seul acte ou une seule parole, des brèches dans le système, où les valeurs occidentales s’engouffrent dans le vide. L’Islam n’exerce pas de pression révolutionnaire sur l’Occident mais il se contente simplement de le déstabiliser par cette « agression virale » au nom du principe du mal.

Le terrorisme est le miroir transpolitique du Mal. Les occidentaux n’ont plus la force de dire le mal. Il est dit ailleurs, face au monde entier, dans un rapport de force politique, militaire et économique, que seuls l’Ayatollah Khomeini, Saddam Hussein puis les islamistes en Égypte et en Algérie par exemple, disposent d’une seule arme, immatérielle : le principe du Mal. Ils incarnent la terreur, ce qui pour les occidentaux est inintelligible, puisque le moindre Mal se trouve asphyxié par le fameux « consensus virtuel ».

Le pouvoir n’existe que par cette puissance symbolique de désigner l’Autre, l’Ennemi, l’Enjeu, la Menace, le Mal. L’Occident, à force de laisser rayonner les valeurs positives, est devenu vulnérable à la moindre attaque virale.

L’Occident n’oppose à ce Mal que les « Droits de l’Homme ».

Le territoire est doublement mis au défi. Il y a adéquation entre l’imaginaire ethnique et l’espace, ce qui implique souffrances, génocides… violences, violence des discours, de la production, de la lecture et de la transformation des images médiatiques… Surabondance, confusion et amalgame engendrés par l’information et sa communication.

Parsha (Le Compromis)

À partir des coulisses du théâtre où s’est montée pour la première fois une création israélo-palestinienne, Roméo et Juliette de Shakespeare, fut produit par deux troupes de Jérusalem, Al-Kasaba, de l’Est arabe, et Khan, de l’Ouest juif.

Le film re-présente à travers interviews et répétitions, exercices et réflexions à chaud des metteurs en scène et des acteurs des deux bords, les difficultés, les espoirs, l’amour, la haine, les désespoirs aussi qui ont présidé à cette création. La vie quotidienne des acteurs de cette histoire, et en contrepoint, rythmée par Euronews, l’actualité du processus de paix et des explosions terroristes qui ont suivi la fameuse poignée de mains. À la lumière des événements actuels, on entend mieux les incertitudes et le tragique espoir de paix des acteurs, auquel ils n’osent pas croire. La lecture de Shakespeare s’en trouve curieusement éclairée, et la fin réconciliatrice des deux familles Montaigu et Capulet remise aux calendes.

Graines au vent

Suivre la journée d’un « poulbot » marseillais, qui n’ira pas en classe, parti sur la route du soleil comme le plombier zingueur de la fête continue. Graines au vent raconte cette beauté terrible et rebelle, celle du cancre qui lance le cri d’anarchie, dont il n’a pas conscience.

Petit, dégourdi, l’enfant d’un après-midi croise au hasard tout son bonheur à venir, sur le pont des marchandises.

Les pétroliers, en cale sèche, les bateaux pleins de chevaux en partance pour les abattoirs, le jeu des ouvriers s’amusant à apprendre au garçon les gestes du travail des grands.

Dans le premier métier de Carpita, enseignant, ses collègues lui envoyaient les cancres, disant qu’il savait en faire quelque chose. Lui, rappelle que sur du béton, les graines poussent moins bien que sur un peu de terreau.

Marseille sans soleil

« Pour mémoire «. Film dans le film est tourné par une petite équipe. Le sujet : parler de Marseille et de l’ami mort à la guerre d’Algérie, celui-là même qui a écrit le scénario.

Paul Carpita se souvient que son père docker lui fit connaître sa ville natale, qu’à Marseille chez les dockers, revenir à la maison la gamelle pleine signifiait, pour le journalier, une journée sans embauche.

Marseille, sans soleil, c’est pour l’auteur, l’absence de maquillage et de clichés.

Si Marius et César sont présents, ils le sont de manière dérisoire. Film tourné à la vitesse d’un jour, qui n’a que vingt-quatre heures, l’histoire rebondit, sans cesse, entre le souhait et la réalité.

Dire l’amour pour un endroit qui a une âme que l’on ne voit pas. Penser rues, ruelles, avenues, boulevards sans s’y attarder,regarder le vieux port et la place aux huiles en 1960 alors que, de l’autre côté de la Méditerranée, c’est la guerre sans nom.

457 Marseillais(es) sur une chaise

Portrait de deux « tribus » marseillaises : celle, maghrebo-gitane, de Bassens, une cité de transit… depuis trente ans, dans les Quartiers Nord et celle des comoriens, les plus nombreux parmi les récents arrivants de ce flux qui irrigue Marseille depuis vingt-cinq siècles.

Portrait dont la parole témoigne de vécus, celui d’un supposé ghetto, celui d’une supposée incapacité à l’intégration, dont l’une des qualités est bien cette réjouissante énergie démocratique (comités des quartiers, associations) se nourrissant d’une longue tradition villageoise, pour les comoriens, ou d’une lutte contre leur propre abandon… par la société civile, pour Bassens.

À l’aune d’une valeur que notre monde contemporain a quelque mal à pratiquer : la solidarité… Et ce, dans la lumière revendiquée : la beauté.

Qu’alors cette parole démocratique et « tribale » ait été « appelée » – plutôt que « cadrée » – par des artistes dont deux artistes indiens américains, « archétypes » universels de l’homme tribal hollywoodien, quoi de plus normal puisqu’il s’agissait bien de retourner quelques clichés dans ce très vieux port ou cent vingt-huit tribus, un jour, ont entonné, ensemble, un chant nouveau : La Marseillaise…

Écoute, respect… voilà peut-être les deux notes fondamentales d’un nouvel hymne à travailler dans son écho originel et universel…

Que son air se doive d’être beau mais moins martial qu’un autre… sans nul doute, et c’est à notre sens, le moins que puissent faire des artistes, ensemble, aujourd’hui… Parole d’humanité ! Marseille(s) s’en voudrait un humble écho… où ont résonné en sympathie, sens musical compris.