Hayange, la vallée de la Fensch en Lorraine, « berceau et fleuron de la sidérurgie française », peut-on lire dans les encyclopédies, mais à l’aube du troisième millénaire, le constat est plutôt amer. Les usines, poumons économiques de la région et qui en avaient façonné le paysage, sont aujourd’hui détruites à 95 % et la population touchée de plein fouet par la crise. Attirées par les primes et les exonérations de charges, des entreprises de pointe s’y installent pour quelques années avant de délocaliser vers d’autres eldorados à la main d’œuvre bon marché. Qu’importe alors les chômeurs, les angoisses, et les vies brisées…
Telle est la vallée aujourd’hui : désemparée, abandonnée, sacrifiée sur l’autel de la mondialisation. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Comment vit-on à Hayange aujourd’hui ? Et puisque le XIXe siècle sera celui du néolibéralisme, qu’adviendra-t-il de cette population érigée dans le culte de la mono-industrie, du paternalisme des maîtres de forge et désormais orpheline de l’ère de fer ?
En septembre 1999, une nouvelle tombe de Zurich : la direction du groupe Slumberland, auquel appartient l’entreprise Epeda, a décidé la fermeture totale de l’usine de Mer, fondatrice des matelas Epeda, au cœur du Loir-et-Cher. Une décision inattendue qui touche 294 ouvriers. Un conflit s’ouvre. La vie se réorganise à l’intérieur des ateliers. Proche des corps, des regards, le récit d’une résistance au quotidien contre une fermeture que les ouvriers découvrent comme déjà programmée loin de Mer. En avril 2000, les camions qui partent d’Epeda n’emportent pas de matelas mais les machines les plus performantes de « l’usine ».
Optimum rapproche les destins de trois visionnaires anglais du XIXe siècle, qui ont partagé le credo devenu pour nous si familier : tout doit être utile, toutes les ressources humaines doivent être optimisées et rentabilisées. Jeremy Bentham (juriste), Charles Babbage (inventeur) et Francis Galton (statisticien) ont tendu leur force vers un « zéro défaut » appliqué à l’ensemble de la société. Le film retrace leur histoire, donne corps à leurs projets les plus audacieux, en reconstituant notamment par des animations les dispositifs dont ils ont rêvé. Ce faisant, il montre comment le calcul du bonheur peut se renverser ironiquement dans la plus noire des fantasmagories.
Le film retrace la tournée aux États-Unis en 2000 du contrebassiste Peter Kowald, un des piliers de la musique improvisée. À l’image de cette musique sans partition, ce « free improvised road movie » saisit au vol les péripéties de ce grand tour au volant d’une vieille Chevrolet Caprice. Nombreuses rencontres avec de grands noms du Free :George Lewis, William Parker, « Kidd » Jordan, Hamid Drake, Fred Anderson, Rashied Ali…
C’est au travers d’Ice Cream, chat cancéreux de la cinéaste, et donc d’un regard délibérément subjectif, que va s’entamer une visite très particulière à Alfort. L’école vétérinaire d’Alfort, arche de Noé en pleine ville, entre instinct et machine, est aussi un gigantesque vivier où observer les lois qui nous régissent, nos animaux et nous. Au gré de disciplines de plus en plus « éclairantes », allant de plus en plus profond ou de plus en plus loin vers l’abstrait – anatomie, chirurgie, imagerie médicale – vers la connaissance et la guérison, le film génère un trouble opaque et grandissant, poétique et enfantin, celui-là même provoqué par le regard animal où se lit comme une énigme enfuie. Peut-être, simplement, celle d’une mémoire douloureuse et lointaine qui ferait de la bête, comme le dit le beau mot de Walter Benjamin : « La réserve de l’oublié »…
« Raconté à la première personne, le film est le récit de la traversée que j’ai effectuée à bord d’un supertanker de trois cent mille tonnes, du Havre jusqu’au Golfe pendant un mois sans escale en compagnie d’Anne-Françoise Brillot, une amie photographe. J’ai suivi la vie et le travail dans cet espace clos, les relations entre les hommes de nationalités et de positions hiérarchiques différentes : onze français et vingt-et-un bulgares. Leur coexistence est difficile. J’ai tenté de comprendre ce qui les opposait et ce qui pouvait les rapprocher. Les marins parlent peu, leurs confidences sont précieuses. Elles m’ont permis de trouver progressivement ma place au milieu de leur histoire, petite histoire parmi toutes celles qui racontent la division internationale du travail. », Pascaline Simar
Un film artisanal et libre, personnel et ludique sous forme de lettre. Un film tissé de mille histoires et cousu de différentes textures, un livre d’images où un cinéaste prend position par rapport au cinéma et donne à voir les images et les histoires qu’il veut partager.
Près de quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un jardin ouvrier, quartier du Pont Rompu à Tourcoing, français et algériens cultivent leur bout de terre. Ces hommes ont été les appelés, les militants du FLN ou les « harkis » d’une guerre coloniale menée par la République française.
Ce jardin est donc le lieu d’une mémoire multiple où se retrouvent des hommes qui auraient pu se rencontrer à la guerre ou à l’usine. C’est la culture d’un potager, activité universelle s’il en est, qui les rassemble ici. Contemporains à distance d’une histoire commune, parfois indifférents voire hostiles les uns aux autres pour des motifs culturels, sociaux ou politiques, ils travaillent côte à côte le même morceau de terrain.
La Nouvelle-Guinée est à la mode : « les dernières tribus de l’âge de pierre », « La vallée perdue », « L’ombre des missionnaires »… On met le sauvage dans son costume et on lui demande de ne pas bouger pendant la photo. On regarde le Papou comme on regarde un oiseau de paradis. On a oublié qu’il parlait et qu’il avait des mots choisis. Mais qui peut le comprendre ?
Le propos du film est d’inverser ce regard et de montrer comment la tribu sauvage voit celui qui la regarde. Il est étrange en effet cet ethnologue qui se donne tant de mal pour être à l’aise ; qui s’efforce d’apprendre une langue qu’il ne parlera pas chez lui ; qui perd parfois son calme quand on ne comprend pas ce qu’il dit : qui pose des questions indiscrètes et ne cesse d’écrire sur un carnet qui ne le quitte jamais. Que nous veut-il cet étranger ? Qu’est-ce qu’il cherche ? Est-ce un voleur, un chasseur de mots, un missionnaire ?
Il ne s’agit pas d’un documentaire sur une société exotique, très exotique, mais sur l’exotisme de celui qui l’observe, et sur l’art, peut être, d’échanger des regards.
Immigré dans la région parisienne depuis 1957, Kader est électricien. Avec sa famille (son épouse et ses enfants, Youcef, Amar, Myriam et Soraya âgés d’une trentaine d’années), il décide de passer les vacances d’été dans son village natal, proche d’Alger. Sa dernière visite remonte à 1998, à l’occasion du mariage de sa nièce. Les enfants eux, n’y sont pas retournés depuis environ une dizaine d’années. Au sein même de cette famille, entre ceux qui sont restés au pays et ceux qui ont émigré vers la France, comment perçoit-on la situation de l’Algérie ? Quels espoirs les uns et les autres nourrissent-ils pour leur pays ? Qu’en est-il de la relation franco-algérienne ? De l’immigration contemporaine ? De l’envie d’exil des algériens aujourd’hui ? Des discours différents des deux côtés de la Méditerranée ? Des envies des uns et des autres… En somme, de petites histoires de familles qui nous parlent simplement de l’histoire franco-algérienne.