Sélection long

Trop d’intentions, pas assez de désirs…

Se souvenir des mines consternées lors de la réunion de concertation du comité de sélection après les premiers visionnages. Une litanie de déceptions recuites, un brouet de revendications vengeresses sur l’intensité insupportable du formatage, qui atteint des sommets inégalés. La cinquantaine de films vus laissait augurer un été d’une morosité exemplaire. Et si l’un d’entre nous émettait quelque avis favorable, il était vite soupçonné soit d’un privilège intolérable dans la distribution des cassettes, soit d’un coupable intérêt pour le sujet abordé.
Car question thématique merci, nous étions servis, comme si nous avions reçu la visite d’un commis voyageur nous vantant l’Encyclopédie Universalis des misères du monde, des préventions sanitaires et sociales, du sujet social ou historique vu sous un angle nécessairement très inédit. Un petit zeste d’Irak par ici pardi, un peu de banlieue où parfois l’on rit… Ne donnez jamais d’alcool aux enfants dans le ventre de leur maman, nan. Délices et nirvanas de l’apprentissage. Des citoyens se mobilisent… La vie c’est gai, c’est triste mais avec une main tendue et un sourire…
Au passage, on a appris que SDF, homeless, ou laissés pour compte de Tokyo, Montréal ou Moscou, avaient la même méthode hyper efficace pour écraser les canettes et faire de la récup de survie. La mondialisation est en marche, Le dur labeur du passé et le formidable élan du présent nous préparent un avenir radieux.
A relire la liste des sélectionnés aujourd’hui, à repenser aux films que nous signalons en catalogue Repérages – nous n’allions pas faire croire que nous découvrions Rithy Pahn avec Les Gens d’Angkor quand même ! – le voyage s’est quand même révélé bien fructueux.
Une trentaine de films encore en débat en septembre, c’est un bon indicateur de l’intérêt de la moisson de l’année.
Nous avons trouvé ce qu’intuitivement et secrètement nous cherchions : une palette de films dans l’univers desquels il faut parfois faire l’effort de s’inviter, mais de « vraies propositions » de cinéma, qui méritent qu’on leur consacre un temps de notre vie pour les rencontrer.
En plus cette année, preuve que nous n’avons pas la berlue, les membres de l’Atelier « En quête d’autres regards », détenus à la Maison d’Arrêt de la Santé vous livreront en images – comment faire autrement ! – quelques réactions sur certains de ces films.
Reste néanmoins un constat. Pour la seconde année consécutive, notre sélection ne compte que quatre films français sur douze. Non pas parce que nous aurions instauré une politique de quotas. Certes, parce que nous recevons et recherchons de plus en plus des films d’horizons variés. Mais surtout parce qu’au delà des crises économiques, des problèmes de financement du documentaire, de la politique éditoriale des chaînes, de la « démocratisation » (prolifération ?) de moyens autarciques de production, le malaise est plus profond. Trop de films, trop de projets, se brident, se dévoient, se fossilisent à trop vouloir « penser le spectateur ». Pour bon nombre, c’est le commanditaire, la chaîne de télévision, la chambre de commerce, l’association, la municipalité, l’institut scientifique, l’ONG, qui imposent ce cadre, dans lequel l’auteur abandonne toute velléité de transgression. Mission difficile mais pas impossible comme le prouvent des exemples fameux ou même récents. On peut en parler d’autant plus aisément que nous ne l’avons pas reçu, Les Consultants de Laurent Salters réalisé pour La Cinquième, vu dans le cadre du Festival du film d’entreprise du Creusot en est un exemple réussi. Le spectacle étant aussi dans la salle remplie de « communicants » de toutes obédiences (pub, marketing, collectivités locales) médusés par cet humour au second degré du dispositif.
Plus grave, nombre de films quasi sans budget ni contraintes institutionnelles (c’en est une d’un autre ordre) ne s’autorisent aucune liberté formelle et restent dans des schémas narratifs extrêmement académiques. On en est d’autant plus triste quand les films traitant des « alternatives » (politiques, économiques, culturelles) croient encore bon d’utiliser le « langage de l’ennemi » pour se faire entendre. Si cette option engendrait des diffusions massives, chapeau bas, on s’inclinerait, mais cela reste à prouver…
Le malaise est plus profond, disions-nous, et pour deux dernières raisons au moins. Si vous n’écoutez plus tous les discours laudateurs sur la « pêche » du documentaire en France, serinés sur tous les tons, mais que vous vous rendez sur les sites des festivals étrangers, le constat est moins brillant. La proliférante production française (souvent de bric et de broc et sous-financée) s’y taille une portion très congrue. Pour un Denis Gheerbrant et une Claire Simon, « hommagés » à Montréal, un Alain Cavalier à Nyon, un Thomas Balmès sélectionné à Amsterdam, combien d’absents…
Les « bons » auteurs pourtant ne manquent pas Mais on attend de plus en plus longtemps pour avoir de leurs nouvelles cinématographiques, deux ans, trois ans, quatre ans, parfois jamais…

Didier Husson

Films


66 sezon

66 sezon

Peter Kerekes | 2003 | 86' | Slovaquie

Tourné au cours de trois étés, ce film raconte 66 saisons de la vieille piscine de Kosice, de 1936 à 2002, avec pour toile de fond l’histoire de l’Europe centrale et orientale, à travers les souvenirs de ses visiteurs. La piscine est un monde où les histoires privées se mêlent à l’histoire universelle (bombardement au cours de la Seconde Guerre mondiale, invasion russe en 1968). Des générations de nageurs se succèdent, et l’eau demeure, seule source de sécurité et d’égalité absolue.


Buenos Aires, Hora Zero

Buenos Aires, Hora Zero

José Barahona | 2004 | 69' | Portugal

Colònia do Sacramento est la seule ville fondée par des Portugais sur les rives du Rio de la Plata, en Uruguay. Le film suit, puis perd la trace du descendant de ces pionniers à Buenos Aires, où depuis décembre 2001, quand la population est descendue dans la rue pour destituer le président, c’est l’heure zéro, l’heure de recommencer comme on peut. Entre les histoires des vieux émigrants et les rêves d’avenir de la jeune génération orpheline, la ville révèle des cicatrices encore récentes.


Closed District

Closed District

Pierre-Yves Vandeweerd | 2004 | 55' | Belgique

« En 1996, je séjournai dans le village de Mankien, au sud-Soudan, pour y filmer la guerre. À l’époque, je pensais que réaliser un film sur une région en guerre constituait un acte d’engagement. Mais sur place, le conflit n’était pas si simple et l’écœurement, l’impuissance à mon retour en Belgique étaient tels que je n’ai jamais pu monter les images que j’avais tournées. J’ai appris il y a peu que le village de Mankien avait subi un massacre, et la plupart des gens que j’avais filmés ont perdu la vie. »


Dumnezeu la saxofon, dracu la vioara

Dumnezeu la saxofon, dracu la vioara

Alexandra Gulea | 2004 | 43' | Roumanie, Allemagne

Manger, dormir, avaler des pilules : ce sont les seules activités des trois cents personnes qui vivent dans l’asile psychiatrique de Gura Ocnitei, en Roumanie. La plupart vivent ici depuis plus de dix ans. Handicapés physiques, schizophrènes, dépressifs, malades mentaux et cas sociaux vivent tous ensemble, dans des dortoirs de douze, parfois à deux dans un lit. L’administration se contente de distribuer des neuroleptiques. L’individu et le temps se sont effacés. Seuls les chants permettent d’avoir un monde à soi, même s’il n’y a pas d’issue…


Guerra

Guerra

Pippo Delbono | 2004 | 61' | Italie

« Je crois, comme le dit Artaud, que le théâtre est comme la peste : il faut qu’il te prenne par les yeux, le nez, la bouche, par tous les sens, et par le cœur ». Pippo Delbono et sa troupe de théâtre atypique, des acteurs, sortis de la rue ou de l’asile, pour qui l’art n’est pas un métier mais un moyen de survie, partent en Israël et en Palestine pour jouer leur spectacle « Guerra », guerre des oubliés, voyage des trottoirs, de Sarajevo à Cuba en passant par l’Inde. Entre la scène et la rue, entre spectacle et réalité, à Jérusalem ou Ramallah, le film rassemble des histoires qui traversent les frontières, histoires d’Ulysses en marge qui voudraient exister.


Hans im Glück

Hans im Glück

Peter Liechti | 2003 | 90' | Suisse

C’est l’histoire de quelqu’un qui décide d’arrêter de fumer. C’est pourquoi il entreprend, à pied, un pèlerinage à travers la campagne qui le conduit de son domicile actuel (Zurich) à la ville où il a grandi et commencé à fumer (Saint-Gall). Il est prêt à recommencer ce voyage aussi souvent que nécessaire pour se libérer de ce vieux vice encombrant, en changeant d’itinéraire. Cette quête vers les sources de la dépendance devient de plus en plus la recherche d’un chez-soi et la tentative de renouer avec ses origines. Un road-movie pour piétons.


Kaya Poochhe Maya Se

Kaya Poochhe Maya Se

Arvind Sinha | 2003 | 88' | Inde

Howrah Station est une immense gare indienne, au bord du Gange et de ses eaux sales et saintes. Le film tente de capturer la vie fourmillante d’une société en plein mouvement, sans pour autant échapper à la fascination pour ce vieux fleuve indéchiffrable. En réalité, Howrah Station, son pont, son fleuve, sont un prétexte pour prendre le pouls de la condition humaine, et entamer une réflexion filmique sur les implications philosophiques, spirituelles et émotionnelles du voyage, entre réalisme et surréalisme.


Las Sabanas de Norberto

Las Sabanas de Norberto

Hernan Khourian | 2003 | 46' | Argentine

Norberto Butler vit enfermé depuis son enfance dans une chambre d’hôpital. La poliomyélite qui s’est emparée de lui à l’âge de trois ans l’a rendu aveugle et lui cause de graves difficultés respiratoires. Ce film, qui était conçu à l’origine comme une biographie est devenu avec le temps un voyage dans son imaginaire, à travers ses mots.


Scirocco

Scirocco

Cédric Putaggio | 2004 | 110' | France

Au départ de ce voyage, une étrange similitude de parcours entre un vent méditerranéen, le sirocco, et un père peu connu, qui quitte sa Sicile natale pour le Maroc avant d’arriver en France. Le sirocco naît dans le désert du Sahara, traverse tout le bassin méditerranéen, et continue son chemin vers la France, en passant par la Sicile. Le souffle entêtant du vent sert de guide dans ce voyage au cœur de la nature et de la mer, à la recherche d’une histoire : celle d’un homme qui s’est perdu dans des passages de frontières.


Secteur 545

Secteur 545

Pierre Creton | 2004 | 115' | France

Le « secteur 545 » désigne dans le pays de Caux les limites dans lesquelles Pierre Creton, peseur au contrôle laitier, exerce son activité auprès des éleveurs qui en font la demande. À la fois acteur et témoin, Pierre Creton filme une vie rurale bien éloignée de tous les clichés pittoresques, guidé par une question, qu’il pose explicitement aux éleveurs : entre l’homme et l’animal, quelle différence ? La familiarité que son métier lui procure lui permet de filmer au plus près la vie quotidienne du monde rural, avec humour, patience et respect.


La Terre de l’autre monde

La Terre de l’autre monde

Vincent Froehly | 2003 | 100' | France

En Roumanie, les montagnes ont préservé certaines régions de l’industrialisation. Mais à Làschia, un petit village du Maramures, depuis que Téofil, le vieux meunier, est mort, tout le monde semble avoir perdu ses repères. Les paysans rêvent de tracteurs pour remplacer leurs chevaux, les enfants veulent partir, et les anciens attendent de mourir paisiblement. C’est l’été, les hommes font les foins, moissonnent et récoltent. Une fois encore, la terre donne tout ce qu’elle peut, et même son point de vue. Mais dans le fracas de la modernité, qui s’en soucie ?


Un monde moderne

Un monde moderne

Sabrina Malek et Arnaud Soulier | 2004 | 84' | France

Depuis quelques années, les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire ont mis en place une nouvelle organisation du travail afin de réduire les coûts de production. Le principe est de faire massivement appel à la sous-traitance et à l’intérim. Parallèlement à la construction du plus grand paquebot du monde, le Queen Mary 2, les salariés de « la Navale » racontent comment ils vivent cette précarité organisée, ce qu’elle change dans leur rapport au travail, et dans leurs conditions de vie.


Séances

samedi 4 décembre 2004 à 15h00

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Scirocco
    Cédric Putaggio | 2004 | 110’ | France

samedi 4 décembre 2004 à 17h30

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 4 décembre 2004 à 20h30

Espace Jean Vilar - salle 2

dimanche 5 décembre 2004 à 16h00

Espace Jean Vilar - salle 2

dimanche 5 décembre 2004 à 18h30

Espace Jean Vilar - salle 2

vendredi 10 décembre 2004 à 20h00

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Closed District
    Pierre-Yves Vandeweerd | 2004 | 55’ | Belgique
  • Guerra
    Pippo Delbono | 2004 | 61’ | Italie

samedi 11 décembre 2004 à 14h30

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 11 décembre 2004 à 16h30

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 11 décembre 2004 à 18h30

Espace Jean Vilar - salle 2

samedi 11 décembre 2004 à 20h30

Espace Jean Vilar - salle 2
  • 66 sezon
    Peter Kerekes | 2003 | 86’ | Slovaquie