« Ces écrits sont le fruit de plus de quinze ans de travail et de voyages. Bornée d’abord à la vieille Europe, mon attention s’est tournée peu à peu vers le monde slave et la Russie plus particulièrement. Catholiques ou protestants, libéraux ou démocrates, il nous est malaisé de ne point laisser nos idées occidentales donner des couleurs fausses à nos peintures de cet Empire. Comment comprendre un pays qui, selon un de ses proverbes, a quitté une rive et n’a point atteint l’autre ? », Hélène Châtelain.
Ces lignes ont été écrites il y a plus d’un siècle, entre 1870 et 1880, entre Commune et Marxisme – par l’essayiste français Anatole Leroy-Beaulieu, qui avait mis la Russie, sa démesure, son mystère, son énigme – au centre de ses réflexions. Elles nous ont servi de guide et de référence pour ce voyage autour du mot Goulag – un des plus polémiques peut-être de tous ceux que le siècle ait inventé. C’est ce « pays entre deux rives » que nous avons cherché, cherchant l’ombre portée de ce qui ne fut ni une prison, ni un lieu géographiquement définissable : mais la forme administrative d’une pensée.
Le film s’est construit au fil d’un voyage, rythmé par l’immensité de la terre russe, perpétuellement en quête d’une ouverture sur une mer qui le sauverait de cette immensité. « L’Archipel du Goulag », « L’URSS est un Goulag » : une série d’affirmations qui souvent, plus que d’interroger ce mot, l’utilise pour maçonner ses propres convictions. Ce voyage fut une tentative d’échapper à de telles affirmations. Pour s’enfoncer dans une Russie différente, plus profonde, plus secrète – celle des silencieux qui n’ont écrit ni mémoires ni témoignages, le petit peuple des villages et des ateliers qui a constitué pendant près de quarante ans, la population majoritaire des camps et des régions entières que la Direction Centrale administrait.
Samy Gaber, « Samantha », palestinien, israélien originaire de la ville arabe de Jaffa et Michaël Shimon, « Chris », juif yéménite du village religieux Bneï-Darom, préparent ensemble un spectacle de drag queens à Tel-Aviv. Tous les deux sont venus s’installer à Tel-Aviv parce qu’étant homosexuels, ils ne se voyaient vivre nulle part ailleurs en Israël. Ils sont tous deux confrontés quotidiennement à des problèmes de racisme, pas seulement en tant qu’homo, mais aussi en tant qu’arabe et que séfarade. Ils croisent aussi du racisme au sein de la communauté gay, qui semble refléter précisément les tensions et les rejets entre les différents groupes nationaux et ethniques en Israël.
« Deux fois le hasard m’a fait entrer chez mes voisins. La visite était à chaque fois troublante : ces quarante mètres carrés, si semblables, habités par d’autres, ces étrangers. Ce film est le portrait de mon immeuble et ses habitants à Saint-Denis. L’espace “privé” se protège : les portes ne s’ouvrent pas toujours. L’espace intime se livre ou se refuse, tente de se définir. Si l’on n’échange qu’un bonjour dans l’escalier, des liens obscurs se sont pourtant tissés avec le temps : observations, désirs de rencontre, frustrations… Les bruits qui parviennent du dehors et les fenêtres sur la rue sont un appel à l’imaginaire et à la mélancolie. La mélancolie est aussi celle des solitudes et des départs. », Charlotte Tourrès
Radiographie d’un verre de bière, de l’homme qui le boit et du décor où celui-ci à décider de l’avaler.
Une trentaine de sans-abri endossent les costumes d’acteurs pour jouer dans la pièce de Maxime Gorki, Les Bas-Fonds, au Théâtre national de Chaillot.
Yamina Abbès est médecin et directrice de la Mapi, maison de retraite à Sarcelles. Elle est le cœur de la maison. Son travail quotidien : accompagner la fin de la vie au présent, sans état d’âme face à la déchéance du corps, à la sénilité, à la solitude de la mort ; écouter les enfants qui, parce qu’ils se sentent coupables, sont exigeants ; et surtout injecter de la vie et de l’humour au seuil de la mort.
À Lyon, dans le quartier ouvrier de Gerland, les usines ferment. La disparition de l’entreprise de fer à béton Mure est la plus marquante. Des habitants du quartier et d’anciens ouvriers de Mure livrent leurs souvenirs à des élèves de L’École Nationale Supérieure Lettres et Sciences humaines qui doit prendre la place de l’ancienne usine.
Une femme (Laura), un ordinateur, un interlocuteur invisible. À partir de ce dispositif conçu comme un jeu vidéo avec « ses niveaux » et navigations dans les archives et témoignages, le film resitue le rôle de la bataille d’Okinawa, épisode tragique de la seconde guerre mondiale pratiquement inconnu en Occident qui pourtant eut une influence considérable sur la façon dont elle s’acheva.
L’auteur de La vie RFA, et Vidéogramme d’une révolution, se met à sa table de mixage pour réaliser un panoramique sur ses films. Et disséquer à partir de fragments la composition des images et des sons.
« Dans une série télévisuelle dont la figure imposée est le plan séquence, Robert Kramer invente un dispositif qui multiplie la narration. Enfermé dans la salle de bains d’un hôtel de Berlin, face à un téléviseur qui projette des extraits d’actualités et des séquences tournées par lui-même, le cinéaste se livre au difficile exercice d’autofilmage tandis qu’il improvise sur le sens de sa présence dans la ville de ses origines. Travail doublement magnifique d’une performance servie par l’imagination filmique, les images renvoyées par l’écran font écho aux pensées du cinéaste, lui donnent cette méditation à voix haute sur sa propre errance. Réflexion métaphysique sur les cicatrices laissées par la guerre, la Shoah, l’exil de sa famille, où il s’interroge sur les traces de l’histoire. »
Source Documentaire sur grand écran