En Iran, être femme est un combat au quotidien. Être peintre aussi. À travers cette « situation extrême », ce combat peut devenir la raison même de la création artistique… Car la société iranienne, malgré ses interdits et ses tabous islamistes, connaît depuis peu un véritable renouveau culturel où les femmes ont pris sans conteste une place prédominante. Le cinéaste rencontre à Téhéran quelques-unes des trois mille femmes peintres que compte la capitale de la République Islamique. Comment concilie-t-on préceptes islamiques et création ? Quelle liberté intérieure, quelles contradictions, s’immiscent sous le tchador. Quel miroir en retour, sur le regard occidental qui jauge, juge et interprète. Confessions à plusieurs voix, feutrées ou tranchantes, attendues ou elliptiques…
Zinat, une journée particulière
Zinat est la première femme de l’île de Qeshm, dans le sud de l’Iran (Golfe Persique), qui retira le voile traditionnel (borqué) porté dans cette région pour exercer sa profession d’infirmière. Il y a treize ans, elle devient responsable du dispensaire du village et s’implique dans des activités sociales et politiques.
Le 26 février 1999, elle se présente aux premières élections locales organisées en Iran sous l’impulsion du président Khatami. Son mari, lui aussi se présente aux suffrages… Comme il est interdit de filmer en public le jour même des élections, Ebrahim Mokhtari installe sa caméra dans la maison de Zinat et filme les réactions exprimées par les visiteurs, en particulier sur la place des femmes dans la société iranienne.
Nalan Turkeli, une femme des bidonvilles
Dans les « gecekondu » de la banlieue d’Istanbul, une femme écrit la nuit, en cachette de son mari et de ses enfants. Le jour, elle fait mille métiers pour nourrir sa famille, au gré des saisons et de l’embauche. Son premier livre, publié en 1994, l’a faite connaître dans tout le pays mais n’a rien changé à sa situation matérielle. Elle continue à écrire, parce que c’est la seule chose qui puisse donner un sens à sa vie et parce qu’elle veut témoigner. Ce film raconte l’histoire et le combat d’une femme singulière et émouvante et relève de l’intérieur la réalité quotidienne de ces quartiers, dominés par l’anarchie et la violence, où l’exode rural massif a entraîné la prolifération d’un habitat « spontané » totalement illégal. Sur fond de campagne électorale, il met en évidence les mécanismes mafieux et politiques qui régissent l’organisation et le développement des « gecekondu ». Plus qu’une chronique de la misère ordinaire ce film est aussi le portrait d’une femme en rupture, en quête d’un ailleurs immatériel qu’elle aperçoit dans les pages d’un cahier.
Algérie, la vie quand même
Abdenour et Sadek ont vingt-sept ans. Ils vivent dans une petite ville algérienne, à l’ombre de la guerre. Tous les deux sont « hitistes », c’est-à-dire que, selon la fameuse formule inspirée par l’humour du désespoir, ils calent les murs (« hit », en arabe). Touchés par la crise, ils ne vivent que de combines pour se procurer l’indispensable.
Comment se construire soi-même, élaborer des projets ? Ici, le quotidien ne laisse plus de place au rêve. Les copains d’Abdenour et Sadek sont tout aussi paumés. Pas de travail, pas de loisirs, pas d’espoir… L’humour et l’amitié sont les armes d’Abdenour et de Sadek, un refuge où s’épanouissent encore quelques rêves de jeunesse. Une errance sans fin, dans l’attente de l’improbable.
« Si l’Algérie occupe régulièrement la une de l’actualité, c’est plus souvent à travers les échos ensanglantés de la guerre qui la déchire. Parfois avec les petites et grandes manœuvres de ses dirigeants pour se maintenir au pouvoir. Rarement pour le quotidien de son peuple, qui tente de survivre malgré la crise et la guerre. », Djamila Sahraoui
Debout ! Une histoire du mouvement de libération des femmes (1970-1980)
La deuxième moitié du siècle a donné naissance à l’un des plus extraordinaires mouvements sociaux : le mouvement de libération des femmes. Dans le sillage de mai 68, en France et Suisse Romande comme dans de nombreux autres pays occidentaux puis du Tiers-Monde, elles sont d’abord deux ou trois femmes à se réunir, puis une petite poignée et très rapidement des centaines, de manière spontanée et non hiérarchisée. Mais ce mouvement, qui a profondément chamboulé notre société, n’est pourtant ni connu, ni reconnu. Blanc médiatique, histoire ignorée, peu revendiquée, ces militantes des années soixante-dix sont passées de la caricature à l’oubli. Traitées à l’époque de « toutes des mal baisées », on les considère aujourd’hui comme « ringardes ». C’est un hommage aux femmes qui ont créé et porté ce Mouvement. Une vingtaine de témoignages évoquant les acquis et leurs limites, sans donner de leçon, ni culpabiliser.
Debout ! parie sur la transmission et l’invention de nouvelles formes d’engagement, comme un appel aux jeunes générations.
Ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire
Une jeune cinéaste appartenant à la génération des quinze-vingt-cinq ans s’interroge sur la transmission de la mémoire entre les générations. Elle rencontre plusieurs intervenantes qui ont vécu la naissance des groupes de femmes au début des années soixante-dix en France. Ces femmes retracent les luttes concernant la contraception, l’avortement, l’égalité professionnelle, la législation contre le viol, les violences conjugales… et s’expriment sur le problème de la transmission de cette histoire aux jeunes générations.
Ça c’est vraiment toi
Le film conte le voyage du jeune Antoine au Parlement européen de Strasbourg. Il vient de finir Sciences-Po et cherche du travail. Il se verrait bien aussi renouer avec son ancienne amoureuse Cléo qui depuis quelque temps travaille au service audiovisuel du Parlement. Seulement Cléo n’a pas un très bon souvenir de lui et les députés pensent plus à la guerre au Kosovo qui fait rage et aux élections européennes qui s’annoncent, qu’à se trouver un nouvel assistant. Pendant cette semaine de session parlementaire, le jeune homme découvre le théâtre de la démocratie et de l’amour, il mesure les angoisses de l’engagement, qu’il soit politique ou amoureux.
Exil à domicile
Bakhta, Houria, Messaouda sont trois mères de familles venues d’Algérie au début des années soixante. Trente ans ont passé, la majeure partie de leur vie s’est déroulée à Grande Synthe, cité ouvrière du Nord de la France. C’est là que leurs maris ont trouvé du travail, c’est là qu’elles ont accompli leur rôle de mère et de grand-mère pour leurs enfants nés et éduqués en France. Loin du cliché de l’épouse soumise et ignorante, elles ont été les témoins d’une histoire de l’immigration au jour le jour. Le film privilégie les situation de dialogues entre mères et filles ainsi que les réunions de femmes, autant d’occasions de pénétrer au cœur des débats familiaux et de dépasser les discours simplistes et globalisants sur l’intégration ou l’Islam.
L’Une chante, l’autre pas
Deux jeunes filles à Paris en 1962. Pauline dite Pomme, dix-sept ans, étudiante (Valérie Mairesse) rêve de quitter sa famille pour devenir chanteuse. Suzanne, vingt-deux ans (Thérèse Liotard) s’occupe de ses deux enfants. Elles se séparent ; chacune vit son combat de femme. Elles se retrouvent dix ans plus tard au cours d’une manifestation. Suzanne travaille au planning familial et Pauline est devenue chanteuse. Le destin les réunira de nouveau en 1976. Elles ont expérimenté la phrase de Simone de Beauvoir qui termine le générique : « On ne naît pas femme, on le devient. »
Femmes du jazz
Au mois d’avril 1999, la percussionniste Susie Ibarra organisait à New York « Un mois des femmes du jazz » au Tonic Bar de Manhattan. Portraits croisés d’une vingtaine d’entre elles qui ont choisi d’affronter la jungle de New-York pour se faire un nom au panthéon du Jazz. Maria Scheider dirige un big band, Jane Ira Bloom a choisi le sax « parce qu’il brille ». La pianiste Marilyn Crispell, s’est longtemps crue trop romantique…
Film musical mais aussi témoignages d’une passion de femmes pour une musique dont les hommes ont voulu faire leur chasse gardée. Une passion qui s’exprime dans leurs paroles et leur musique, qui s’inscrit sur les visages et les corps. À la recherche d’une possible spécificité féminine du jazz, le saxophoniste J.I. Bloom répond : « Il n’y a pas un seul homme au monde qui peut “sonner” comme Billie Holiday. Et quand ça s’exprime non plus seulement par la voix humaine (c’est comme chanteuses que les femmes sont connues dans le jazz), quand ca passe chez une femme par un instrument, c’est alors quelque chose qu’on n’avait jamais entendu auparavant ! »
