1973, dans l’Amérique de Nixon, se développe une longue grève de mineurs de l’Eastover Mining à Brookside dans le Kentucky. Au fil du conflit ils sont relayés par leurs femmes, sœurs et filles qui viennent en première ligne renforcer les piquets de grève et l’organisation. Elles proposent de nouvelles tactiques et posent le problème de la violence. La « caméra actrice » a clairement choisi son camp…
Mon travail c’est capital
Nous cherchions à faire un film sur le travail en usine. L’idée de départ était de mieux sentir la place que le travail occupe dans nos vies aujourd’hui. Polyvalence, annualisation, mobilité, flexibilité… Nous voulions essayer de comprendre au jour le jour quelles étaient les conséquences d’une situation que la société nous présente comme inéluctable. Contre le « on ne peut rien y faire » et sa batterie de prétextes mondialistes, les parcours et les paroles d’ouvriers appelaient une réflexion collective, d’où notre volonté d’être trois à la réalisation.
En mai 1997, nous apprenons par la presse la fermeture imminente de l’usine Moulinex de Mamers, dans la Sarthe. 411 employés pour 6000 habitants. Depuis 1960, tout le monde avait forcément un « Moulinex » dans la famille. Le travail des ouvriers y était bien sûr pénible, mais la permanence de l’emploi donnait des contreparties. Faire sortir une maison de terre pour y fonder une famille est important dans cette région de tradition paysanne… Et puis tout chavire. Du jour au lendemain, il faut faire face à un monde du travail qui a changé : mutation, chômage, reclassement.
Quel que soit le plan social mis en place, leur vie est bouleversée. C’est dans cette charnière entre une époque révolue et une époque à venir, inconnue de tous, que nous avons rencontré Dominique, Maurice, Josiane, Nicole et Pascale. C’était quelques jours à peine après la fermeture de l’usine. Pendant deux ans, nous avons placé notre caméra à leur côté (de leur côté). Nous avons accompagné ces cinq personnes qui n’avaient pas l’intention de laisser tomber, qui avaient leurs exigences et qui ne voulaient pas se plier aux nouvelles règles du travail. Leur innocence était leur force. Quand on débarque sur un continent inconnu, on remarque souvent des choses que les habitants ne voient plus depuis longtemps.
Agriculteurs, de père en fille
Au Sud de l’Aveyron, dans un hameau d’une trentaine d’habitants, cinq familles poursuivent l’exploitation de leurs fermes. La famille Tourettes compte trois enfants. L’un travaille la terre, la deuxième est dans le commerce, et la dernière souhaite prendre la relève de son père. Le père de famille a transmis à chacun d’eux une certaine philosophie de la vie, et une conception de son métier qui n’a pas manqué de susciter la vocation de Murielle, sa plus jeune fille, alors qu’il souhaitait qu’elle fasse de la comptabilité. Derrière le portrait familial, on retrouve des préoccupations qui dépassent largement le cadre de la cellule familiale. La vie économique, les nouvelles pratiques des consommateurs, le rapport à la terre, la formation des paysans, le célibat, les fêtes votives…
Vaincre ou périr
Sandrine, arrivée à Paris depuis seulement un an, galère. Elle décide de rentrer chez Médiations pour faire du porte à porte. À peine arrivée, elle décroche ses deux premières ventes…
La Candidate
Jeanine, directrice financière âgée de cinquante et un ans, vient de perdre son emploi. Comment accepter cette nouvelle situation et les conseils peu convaincants que lui donnent la consultante de son cabinet de placement…
Portraits (sélection)
L’auteur de Thérèse et La Rencontre, entreprend durant quatre ans d’« archiver le travail féminin ». En résulte une série de vingt-quatre portraits, attentifs aux mains, aux gestes, aux visages…
« Ce sont les mains de Madame Bouvrais… Les mains de Madame Bouvrais travaillent depuis l’âge de treize ans. Donc… la déformation du doigt, là, des deux doigts, tient à quoi ? »
« Les mains, je m’en suis occupé quand j’ai fait la série documentaire Portraits sur le travail féminin et je me suis aperçu qu’il y a trois choses qui m’intéressent : le visage, la main, un objet qui est manipulé et qui est l’âme de la personne. », Alain Cavalier
Alain Cavalier envisageait d’archiver le travail féminin en 100 Portraits. Avec pour chacun la même unité de durée : ils oscillent entre 11 et 13 minutes. Les mêmes règles de tournage : une seule journée en équipe réduite cadre-image-réalisation. La série en compte en fait 24 dont les trois que nous avons choisis… mais aussi l’archetière, la gaveuse, la dame-lavabo, la bistrote… Janséniste, voire mystique pour certains, le cinéma d’Alain Cavalier est au fil de sa filmographie devenu un cinéma de l’épure, de l’instant juste, d’une tentative de révélation d’« une certaine vérité humaine ».
- La Matelassière
- L’Orangère
- La Souffleuse de verre.
La Boucane
En 1972, Jean Gaumy, photographe de l’agence Magnum, réalise un reportage sur les filletières d’une fabrique de harengs fumés, une boucane de Fécamp. Dix ans plus tard, il revient filmer ces femmes qui vident le poisson et le découpent en filets : mains expertes, gestes répétés parfois depuis plus de vingt ans. Des ouvrières qui, par leur vitalité, leurs chansons et leurs rires, échappent au quotidien des poissons.
Leur dextérité, la précision de leurs gestes pourraient faire oublier la dureté du travail si leurs doigts rougis et écorchés ne la rappelaient constamment. Les unes face aux autres. Autour d’une grande table, elles combattent par leur gaieté et leur entrain l’environnement froid et obscur de l’atelier dans lequel elles ont introduit l’atmosphère chaleureuse de femmes entre elles. Lorsqu’elles réclament au réalisateur les photos prises il y a dix ans, les moqueries fusent, les souvenirs reviennent, l’émotion les étreint à revoir telle femme morte depuis, telle autre partie à la retraite, et elles s’étonnent que cette petite fille travaille aujourd’hui à la boucane… Une première expérience cinématographique pour elles comme pour le réalisateur, à la fois ludique et sensible.
Les Matinales
Comme des ombres furtives, elles sortent du métropolitain à l’aube, souvent âgées, portant le fichu qui leur donne des airs de babouchka, elles témoignent de la condition de « femmes de ménage » dans la France en pleine « modernisation » des années soixante…
Ce « reportage » (le documentariste savait se faire modeste à l’époque) de Jacques Krier fait partie de la série conçue par Eliane Victor, « Les femmes aussi » qui au mitan des années soixante, esquissait un portrait à facettes de la condition féminine. Au temps de l’ORTF, d’une télévision noir et blanc de service public, plutôt audacieuse dans la France des « Trente glorieuses » aux « valeurs » étriquées et confites.
« Une caméra de télévision » inspirée par le cinéma direct qui sait recueillir avec empathie les témoignages de ces septuagénaires, de ces immigrées espagnoles ou italiennes qui précédèrent nos modernes « techniciens et techniciennes de surface ».
La Guerre d’un seul homme
En 1940, Ernst Jünger, écrivain, aristocrate et officier allemand, est affecté au commandement militaire de Paris. La Guerre d’un seul homme conjugue les extraits de son journal intime (de 1940 à 1944) aux images d’archives de l’époque. Évocations de massacres, manifestations officielles, scènes de la vie quotidienne, spectacles culturels et mondains défilent au son claironnant de la propagande et se mêlent aux phrases douloureuses du narrateur.
Le Temps détruit, Lettres d’une guerre 1939-40
Pendant de longs mois d’attente de la « drôle de guerre », trois soldats ont écrit presque chaque jour à celles qu’ils aimaient. Maurice Jaubert était musicien, Paul Nizan, écrivain et Roger Beuchot – père de Pierre Beuchot – était ouvrier. Ils sont morts tous les trois dans les combats du printemps 1940. Le Temps détruit, c’est l’histoire de ce quotidien vécu par ces trois hommes, raconté à travers les lettres d’amour qu’ils envoient inlassablement à leurs femmes, avant d’être tués.
