Le bout du monde. La Pologne et son monde paysan vivent une rupture. La grand-mère se meurt et avec elle la ferme. Ce n’est plus possible de vivre de si peu (pour si peu). Son fils, l’homme du bout du rang, ne restera pas seul au milieu de cette forêt. Quel en est le sens ? Il se souvient de cette période où il travaillait « en ville », il y a quinze ans. Il n’arrive pas à regretter et pourtant il sait bien qu’il ne peut pas rester sur ce sable. À Varsovie, les bouleversements économiques sont ce qu’ils sont. On ressent un vide insupportable. Cette mort puissante devant laquelle on reste les bras ballants. Alors, il va partir, on ne voit pas ce qu’il peut faire d’autre. Nous ne savons pas ce qui l’attend.
Une photographie de l’instant. Un essai documentaire, à travers une simple histoire, sur les événements humains et économiques qui se déroulent en ce moment en Pologne.
Encore une image de la vie traditionnelle paysanne qui disparaît sous nos yeux, bouleversée par une évolution des sociétés qui, dans les pays occidentaux, a mis quarante ans à se réaliser.
Où la première fois que j’ai entendu parler d’Israël. Au début, il y avait… le plat de sardines. C’était chez ma tante, dans un quartier populaire de l’ancienne Beyrouth. Un jour de canicule de l’été 1950, j’avais six ans, et l’État d’Israël en avait à peine deux !
La guerre civile espagnole (1936-1939) fut aussi une tentative inédite de révolution libertaire. Diego Camacho est l’un des derniers témoins de cette expérience, qui a marqué toute sa vie. Je lui ai proposé de commenter une sélection de photos de l’époque, dont certaines s’attachent à des souvenirs directement vécus, tandis que d’autres renvoient aux scènes de son « roman familial », le film sera monté comme s’il s’agissait d’une seule nuit, et se déroulera entièrement dans un vieux café de Barcelone. C’est un film sur le travail de la mémoire, qui repose sur un double dispositif : il prend appui sur une iconographie originale de la guerre d’Espagne pour interroger la mémoire de l’un de ses derniers survivants et en même temps se sert de la mémoire vivante pour questionner la mémoire photographique.
La narratrice prépare un film de fiction, pendant l’été 1998, à Tokyo. En attendant l’argent, les acteurs, elle fait des images de « repérages » sans savoir si ces images feront partie ou non du film à venir. La ville réelle semble filmée comme un espace mental, inscrit sous le signe du « Passage » : passage d‘un pays à l’autre, d’une langue à l’autre, d’un film à l’autre, passage d’un visage à l’autre, de la veille au sommeil, de la vie à la mort, du singulier au pluriel, de la fiction au documentaire (ou vice versa…). Le sommeil collectif si léger et anodin, caractéristique du Japon et le mortel sommeil, évoqué par la catastrophe de 1995, (attentat au gaz sarin), servent de fil conducteur émotionnel à ces « repérages ».
À travers les attitudes ensommeillées des passagers du train de Tokyo, le film enregistre des détails infimes de vies quotidiennes jusqu’à ce que les visages deviennent des masques plus abstraits.
Sommeil ; à la fois métaphore de la distance qui nous sépare les uns des autres et de ce qui nous unit collectivement au « devenir humain » (Héraclite : Dormir, c’est participer au devenir humain) sans distinction de race et de culture.
Les Passagers pourrait être l’approche ethnographique d’un état intérieur fait d’associations sur les thèmes conjoints de l’intime, de la rencontre, du mystère de l’Autre, à l’intérieur et au-delà de toute menace de perte et de destruction.
Explore la tragédie de la guerre angolaise et ses conséquences. Fernando Alvim, artiste angolais, en invitant Carlos Garaicoa (Cuba) et Gavin Younge (Afrique du Sud), a créé un dialogue symbolique entre une jambe, une mine et une prothèse.
Ce film contient des images susceptibles de modifier « le poids de la conscience ».
« Être heureux, c’est être estimé pour ce qu’on est. », « Il faut rechercher le frisson, la beauté… », Alain, éboueur.
Utile, nécessaire, indispensable, c’est de loin le plus souvent, que nous le regardons, « protégé » de sa rencontre par l’heure tardive ou matinale durant laquelle, de préférence, il se déplace dans nos rues. L’éboueur est celui qui reste dans les coulisses, celui qu’on ne voit que peu ou pas du tout, celui qui, faisant table nette de notre quotidien fébrile, permet que la fête recommence au lever du jour. Notre gratitude à son égard est à la mesure de la « discrétion » avec laquelle il travaille. Rarement exprimée, elle repose sur une certitude tangible : nos restes et nos rebuts seront emportés, éliminés, oubliés quand le jour nouveau se lèvera. Il importe à notre inconscient collectif de savoir que, derrière le tour de magie qui s’opère dans le noir, un homme rythme et gagne durement sa vie.
Manuel Agujetas est un des plus grands chanteurs de Flamenco de tous les temps. Un des derniers de « l’école » de Jerez et du Cante Jondo dans ce qu’il a de plus ancien et de plus pur, farouche ennemi de la modernité, personnalité très libre et originale, mythique, pour le meilleur et pour le pire, à !’intérieur du monde gitan. Ne sachant ni lire ni écrire Agujetas vit « en flamenco » dans les environs de Jerez dans la maison qu’il a lui-même construite. C’est là que nous l’avons filmé, dans |’intimité de son environnement familier, avec sa femme japonaise qu’il fait danser, dans son jardin, et lans la forge que lui a léguée son père où il chante tout en martelant l’enclume. Il chante aussi en concert dans une « venta » du village voisin, accompagné par Moraito à la guitare. Des amis d’Agujetas, véritables aficionados, nous aident à comprendre son art en évoquant ses débuts, sa personnalité si particulière, son père, grand chanteur lui-même, dont il a tout appris et à qui il est resté fidèle.
« Ma sœur Joke, de deux ans et demi mon aînée, est morte d’un cancer le 8 août 1997. Huit jours avant sa mort, ma femme Noshka et moi avions eu une longue conversation avec elle que j’ai filmée avec une caméra vidéo digitale. Deux jours avant sa mort, j’ai filmé une deuxième conversation, courte cette fois-ci, avec elle. J’avais demandé à Joke, non sans une certaine timidité, la permission de la filmer. Le film s’est avéré être son dernier « projet », d’une très grande importance pour elle. Juste avant qu’elle ne meure en notre présence, elle me demanda encore si j’avais bien pu réaliser toutes les prises de vue dont j’avais besoin. Les conversations parlent du sens de la vie, de la métaphysique ou de son absence, de la vitalité, de la transmission des expériences et des consciences – pour elle peut-être la plus importante. Et aussi de notre relation au sein de la famille, de la lutte et des rapprochements à un âge plus avancé. J’ai aussi filmé sa maison, sa collection d’objets, le vent dans son jardin. Et aussi ses filles (mes nièces) et ma sœur plus âgée, des photos et les tableaux que Joke peignait. », Johan van der Keuken
Où il est question d’une carrière de pierre, qui change aussi brutalement que le monde qui nous entoure. Cette même pierre qui a servi à édifier l’église de la Trinité sert aujourd’hui à remblayer les autoroutes. Et ce sont les « travailleurs de la pierre » qui racontent le passé et le présent de la carrière. Les mouvements de la mémoire sont contradictoires, chargés à la fois d’amour et de haine pour ce lieu de travail et de souvenirs. La nostalgie reste, mais l’âge d’or se fissure en un passé moins idyllique qu’il n’y paraît. On peut alors aussi s’interroger sur ce sentiment mélancolique qui nous ferait regretter les églises ou palais d’autrefois au détriment d’une autoroute ou d’une piste d’avion.
En 1987, un jeune européen a vécu pendant plusieurs mois à Tokyo, dans une famille japonaise. Très vite, ces gens sont devenus pour lui une seconde famille. Quelques années plus tard, Otosan, le père, meurt d’un cancer. Trois ans après cette mort, ce jeune européen, devenu réalisateur, nous emmène à la rencontre de sa famille d’adoption. Ce regard privilégié nous dévoile un Japon inattendu, bien éloigné des idées reçues, un Japon vu de l’intérieur, dans l’intimité d’une famille qui, doucement, apprend à dire au revoir à l’absent. Ces peines et ces joies, vécues au quotidien font étonnamment écho à nos propres questions et aux réponses que chacun tente d’y apporter.