En Macédoine, ex-Yougoslavie, deux Cheikhs se disputent le pouvoir sur une confrérie de Derviches-hurleurs. Loin de Dieu et du soufisme traditionnel, dans cette société fragilisée et chancelante, leur querelle prend un caractère banal : qui a le droit de transpercer pendant la grande cérémonie de Nevruz ? À travers la rivalité entre les deux personnages, qui correspondent à deux archétypes opposés du leader religieux, le documentaire offre un aperçu vivant d’une spiritualité vécue, réelle et populaire, qui peut choquer nos habitudes, malgré l’humour des situations et l’insolite des images.
Dans la Macédoine exsangue subsiste des confréries soufies aux rituels d’extase « impressionnants » pour nos sensibilités détachées du spirituel. Évitant le piège exotique, Alexe Dan nous permet de « rencontrer » dans un dispositif d’anthropologie participative non dénué d’humour et de savoureuses mises en scène par ses personnages même les rituels et traditions des derviches Halvétis. Sans négliger en toile de fond discret, le contexte économique de la Macédoine ex-Yougoslave…
Un siècle plus tard, le voyage que Robert Louis Stevenson avait fait à la fin du XIXe siècle en bateau sur les rivières de Anvers (Belgique) à Pontoise (France). Un carnet de voyage et de rencontres filmées, au rythme des canaux et des rivières du nord.
Un étrange boat-movie sur les canaux du Nord. Jeux de cache-cache entre journées lumineuses et rencontres-confidences des nuits solitaires. Une caméra-conversation pour un temps documentaire sans contraintes.
Ulaanbaatar, capitale de la Mongolie compte près de 548 000 habitants parmi lesquels trois femmes, Imée, Biamba et Horolsaren, trois âges de la vie, vivant chacune différemment dans cette même ville. Imée, une grand-mère veuve venant de la campagne et qui s’est installée depuis peu dans un quartier de yourtes, n’arrive pas à s’habituer à un rythme de vie urbain et moderne. Biamba, une étudiante de vingt et un ans, citadine depuis toujours, reste partagée entre les coutumes traditionnelles et un rêve américain inspiré de la télévision russe et des magazines occidentaux périmés. Horolsaren, une enfant des rues parmi des milliers d’autres, qui erre dans cette ville, sans référence et sans identité. Un triptyque pour parler d’une ville et du malaise mongol en 1998.
Trois portraits croisés, trans générationnels et au féminin pour scruter les mutations de la société mongole, de la vie nomade des steppes aux illusions du libéralisme loves dans le béton de l’ex « socialisme réel ». Mémoire, espoirs et nostalgie. Le regard sensible d’un premier film…
Silvina Landsmann a suivi pendant cinq semaines la vie du Collège Paul Vaillant Couturier, à Champigny-sur-Marne, qui a la particularité d’être doté d’une SEGPA3 (section générale professionnelle adaptée) et d’une classe pour non francophones. Vingt-sept nationalités étaient représentées à l’époque du tournage. Elle a ramené un témoignage unique sur ce qui s’enseigne aujourd’hui au collège : « de la gamme opératoire du repassage du pantalon d’homme avec pli » au cours d’anglais des cinquième elle nous fait saisir l’incroyable pression économique qui s’exerce sur les élèves et les enseignants, l’obsession du chômage, la vision implicite du modèle social dont le collège semble se faire le propagandiste. Un premier film qui révèle également le talent d’une jeune réalisatrice.
Le parcours de trois jeunes femmes roumaines en quête d’un mari occidental, sur fonds de conflits familiaux, de boulots précaires, de rêves inaboutis. Pour trouver cet homme, elles ont recours aux petites annonces et aux agences matrimoniales. Autour d’une photo ou d’une lettre d’Italie ou d’ailleurs… Elles brodent le feuilleton du bonheur, dont elles incarnent les tristes héroïnes.
Il était une fois un pays, Roumanie, orphelin de son « Conducatore » et de sa « révolution », embourbé entre ancien et nouveau monde. Mais le feuilleton des rêves jamais ne s’arrête. Marta Bergman entre en confidences avec Mihaela, Liliana et Maria en quête d’un mari occidental…
Février 1997. Aéroport de Zaventem. Le jeune footballeur nigérien Indi N’Dbuisi débarque en compagnie de son manager Bart De Bruyne. Il a six mois devant lui pour signer un contrat professionnel avec le club de Alost, ce qui devrait lui permettre d’obtenir un visa pour la Belgique et un permis de travail. Cette aventure finira par une déception pour le jeune african. Après une longue dépression, le club décide d’engager Indi. Il lui paye mille dollars pour la famille en Afrique. Il devra retourner en Belgique au mois de juillet. Mais immédiatement après le départ de De Bruyne et Indi pour le Nigeria, la presse annonce que le manager aurait essayé d’acheter un match en faveur du club de Alost. Au mois de juillet, Indi ne peut pas revenir car le club n’a pas renvoyé les papiers nécessaires. Selon les toutes dernières nouvelles, Indi ira jouer en France. Bart De Bruyne ne s’occupe plus de ses affaires.
Fabien Barthez aime les hamburgers à crâne rond et lisse. Le « mondial » est un lointain souvenir, fermez le banc. C’est l’heure de tirer les cadavres des placards du foot anthropophage. Grâce à Manu Riche on rentre dans les coulisses de la « nouvelle traite » en suivant Indy, jeune espoir nigérian de dix-sept ans et son « recruteur » matois et patelin. Sec, précis, percutant, le meilleur de l’investigation ironiquement froide « à la belge ».
Nouville dans la baie de Nouméa, Nouvelle Calédonie, Pacifique Sud. Là, on avait cerné d’eau, le bagne des français et l’asile de fous. Aujourd’hui Nouville enferme toujours la prison et l’hôpital psychiatrique, qui côtoient maintenant un complexe touristique et un squat d’océaniens kanak ou immigrés. Cet hôpital porte le nom d’Albert Bousquet, le grand-père de la réalisatrice, qui fut médecin-chef dans les années cinquante et se suicida sur une petite plage toute proche. Sur les traces de cette histoire singulière d’exil, la réalisatrice interroge le passé complexe et déchiré de cette île, à l’heure où Kanak indépendantistes et Caldoches choisissent de se construire un avenir politique commun. Derrière les destins de chacun, sous la mémoire blanche des déportations françaises, ou même Kabyles, surgit la mémoire noire de cette terre portant l’identité kanak. Cette terre à laquelle sont rendus les morts, si belle en Calédonie-Kanaky.
Comment dire l’histoire « noire » Kanaky, Nouvelle Calédonie des autres, puisqu elle n’est dans aucun livre. Comment « raconter » cette « parole retenue ». Mathilde Mignon s’y emploie avec élégance, justesse et retenue en retournant à Nouville dans l’hôpital où son grand-père exerça et sur la plage où il se suicida. Seul du croisement complexe des mémoires et des perceptions de l’histoire peut sourdre l’écriture d’un autre avenir…
Un camping, la plage, les blés qui mûrissent, le tour : juillet… Rien d’extraordinaire et pourtant au détour d’une pêche à la crevette, les mots et les visages disent l’essentiel : les riches, les pauvres, le bon dieu, l’amitié, les années de travail, la guerre, la chance, l’avenir des gosses… Au rythme des journées qui passent, la bagarre de la vie traverse doucement la plage des vacances.
À Quiberville, c’est l’été. Le temps qui passe, la vacance, les vacances. Didier Nion suit et partage ces mille petits bonheurs, la cueillette des coquillages, la baignade, le petit bal, la venue du cirque… « Les gens de peu » chers à Pierre Sansot s’y enivrent un laps, « Du bon usage de la lenteur ». Un film de connivence chaleureuse…
Au début des années cinquante, Pia a dix ans quand elle voit s’éloigner pour la dernière fois, ses petits frères et sœurs, (quatre, sept, et neuf ans) juchés sur l’âne qui les emporte vers leur destin. Des frères et sœurs « cédés » par leur père à une filière d’adoption italo-américaine dans laquelle le Vatican et l’Église sont impliqués…
L’Italie et plus encore l’Italie méridionale de l’après-guerre souffre des tourments de la faim.
Pendant des dizaines d’années, Pia, n’a aucun signe d’eux : sont-ils toujours vivants, que sont-ils devenus en Amérique, sont-ils ensemble au même endroit ? Bien qu’elle ne soit en rien responsable de leur séparation, une espèce de remords la tenaille.
Pia veut mettre un terme à toutes ces questions qui résonnent dans sa tête comme autant de reproches. Comment retrouver l’apaisement sinon en refaisant le même chemin qu’eux, quarante-cinq ans après, et tenter l’impossible pour vaincre les méandres de l’oubli. Ses démarches en Italie et aux États-Unis permettent à Pia de retrouver son frère et sa sœur et de les ramener au village.
À travers des images d’archives et des témoignages, l’histoire personnelle de Pia, nous fait découvrir le sort de dizaines de milliers d’enfants italiens qui firent, entre 1945 et 1965, l’objet de ce terrible trafic.
Près de quinze ans après Du verbe aimer, la réalisatrice retourne filmer dans le pays de ses origines, le Pérou à la rencontre de son père…
Philippe Elhem écrivait dans « Une encyclopédie des cinémas de Belgique » en 1990 à propos Du verbe aimer : « plongée autobiographique sans filet où dans son propre rôle, elle (la réalisatrice) enquête sur elle-même, à la recherche de l’enfant puis de la jeune femme qu’elle fut, esclave de « l’image du désir de sa mère » au point d’en devenir une autre. Mélangeant le noir et blanc et la couleur, le « cinéma direct » et la réalité mise en scène, Du verbe aimer, porté par la voix bouleversante de son auteur, offrait au cinéma de « l’autobiographie » l’une de ses œuvres majeures. Et à l’auteur, l’admiration de ses pairs, telle celle de Wim Wenders, terriblement ému à l’issue de la projection du film au Festival de Berlin. »