Schéhérazade

Schéhérazade

Schéhérazade raconte la légende inaugurale des Mille et une Nuits.

Ayant découvert l’infidélité de ses épouses, le sultan Schahriar sombre dans la démence. Ni le massacre des amants dans les jardins du palais, ni la rencontre d’un génie plus infortuné que lui, ne comblent sa soif de vengeance. Il décide d’épouser chaque nuit une jeune fille et, pour qu’elle lui reste fidèle, de la tuer au matin. Seule Schéhérazade, aidée de sa petite sœur Dinarzade, saura apaiser cette folie destructrice.

Dans ce récit se mêlent des sentiments avec lesquels il ne fait pas bon vivre, la tyrannie, la jalousie et la fureur, mais aussi le désir, la jouissance et l’apaisement. La légende de Schéhérazade autorise toutes les lectures mais aucune interprétation ne l’épuise.

Schéhérazade n’est pas une courtisane, encore moins une victime. C’est une toute jeune fille déterminée à épouser le tyran pour sauver son pays du désastre. Son mariage est un défi, un acte de résistance. Armée de toutes les histoires qu’elle connaît, celles qu’elle a apprises et celles qu’elle invente, elle se moque de la mort. Elle la pulvérise. C’est cela la splendeur : une femme qui parle contre la mort.

Dans ce film, l’image mène le jeu. La peinture animée, au pastel sec sur papier, crée le rythme où viennent s’enchâsser la musique, le texte et la voix de la conteuse. Ces trois univers constituent les lignes d’une même partition. Chacun, dans son domaine, s’inscrit dans la matière et la couleur même de l’image, le mouvement qui se dessine, l’histoire qui se raconte. Schéhérazade est empreint de l’univers magique et troublant des contes orientaux. Florence Miailhe se laisse porter par cet Orient mythique qui nourrit depuis des siècles l’imaginaire des artistes occidentaux.

Hammam

Hammam

Un plongeon dans l’univers aquatique du hammam, doucement tracé et remodelé par l’artiste.

Deux jeunes filles se rendant pour la première fois au hammam vont nous guider et nous perdre dans un dédale de bains de vapeur, de douches, de bassins et de fontaines. On y distingue des corps moites enduits de boues et d’onguents, des cascades de cheveux, des visages masqués d’argile, des femmes nues ou drapées d’étoffes qui se délassent et se massent, se pétrissent et s’étirent dans un décor de mosaïques chatoyantes. Des plus pâles aux plus brunes, corps sveltes ou gras, jeunes ou vieux, toutes sont ici mollement alanguies sans souci de paraître… Les rites intimes et l’atmosphère chuchotée d’un lieu secret, strictement féminin, hors du temps et de la réalité.

“Dans la boîte de couleurs, il y a un peu de la poudre des teinturiers de Fez, quelques traits épais d’un Matisse et de ses pastels. Ces odalisques, elle ne les pose pas langoureusement sur une toile bariolée. Elle les anime, les déshabille, Ies caresse, les fait danser. Au rythme lent d’une paresseuse sudation”. Anne Peigné-Giuly, Libération, juin 1991

Campello Alto

Campello Alto

Le message des horizons, titre originel de la série, en restitue encore mieux l’esprit : interprétation savante et perspicace des traces, des activités humaines, des harmonies, des nécessités, qui modèlent et façonnent un paysage. Ici celui d’un village d’Ombrie, campé sur sa colline et clos dans ses remparts.

Le Détroit de Gibraltar

Essai, vidéopoème…

Depuis quelques années, je songeais à écrire un poème avec des matériaux autres que les mots. Et comme je suis persuadé que l’une des formes les mieux adaptées à l’expression poétique contemporaine est la vidéo, je viens d’en réaliser une à propos d’un site symbolisant de manière exemplaire le passage, l’entre-deux, l’échange, la rencontre de cultures : le Détroit de Gibraltar. Car, c’est sans doute dans les « zones de turbulence », les « points sensibles », que la plupart des choses passent, se passent, peuvent être comme « transportées »…

Il s’agit d’une vidéo entre le document et la fiction, l’essai et la fiction, l’essai et la poésie, l’Europe et l’Afrique, l’Atlantique et la Méditerranée, sur ce qui abolit plus ou moins la frontière, toutes les frontières : les flux, les réseaux, les hommes, les marchandises, le vent, les oiseaux migrateurs, les satellites, les langues, les livres, la musique, les images TV…

C’est également un film sur le passage entre la poésie orale et écrite, le chant et le texte, de celui-ci à l’image (bref, sur les constituants de la vidéo, sur ce qui fait qu’elle est de toute évidence un médium qui, à travers la simultanéité, les rapports d’opposition ou de convergence entre le son, le texte, la voix, l’image, l’écran permet ľémergence d’une intensité poétique). Un éloge de l’hybride, du mélange, du divers, du métissage : un vidéopoème.

Images

Elles sont celles du tournage, de photographies et de documents tirés des archives de la Bibliothèque Générale de Tétouan, au Maroc, et d’une séquence de Belle de jour de Luis Buñuel.

Pour le tournage, on distingue deux types d’images :

  • Les « volées », caméra à l’épaule ou à la main, sans recherche esthétique particulière si ce n’est leur urgence : le « trabendo » de Tétouan, la « route du kif », la frontière entre l’Espagne et le Maroc (Ceuta), les ordures à ciel ouvert près de l’Oued Martil.
  • Les travellings, les panoramiques ou les plans fixes proposant un point de vue plus esthétique.

Son

Toute la bande son est fragmentée, hybride. Elle se constitue des cing langues du Détroit de Gibraltar (espagnol, arabe, berbère, français, anglais) et de musiques liées à cette région : Orchestre Andalou de Tanger avec el Lebrijano, Brian Gysin (écrivain, peintre et compositeur de musique qui vécut à Tanger), les Jajouka (musique sacrée du Rif), Djamel Allam (algérien, chanteur engagé), Mohammed el Barrak (lecteur du Coran), Paco de Lucia (guitariste flamenco), Antonio Molina (chanteur de variété andalou) et llaggi Srifi (musique traditionnelle du Rif) ; du poème El paso de la siguiriya de Felerico Garcia Lorca (lu dans sa version originale) ; et des sons « réels » enregistrés lors du tournage (la rue, le bruit du port et de la mer, les amarres des bateaux, les différentes chaînes de télévision, les conversations à la Bibliothèque Générale de Tétouan…).

Écran, effets spéciaux

Toutes les séquences permettant la fabrication du film (le studio vidéo, les deux monitors utilisés pour le montage, les changements de cassette sonore, le bureau, la machine à écrire, la main qui écrit, la bouche, l’oreille), que l’on peut intituler les conditions de production,  sont en noir et blanc.

Toutes les séquences concernant la nature, le passage de la terre au ciel, de la loi à la grâce (montagnes, mer, vagues, palmiers, meutes de chiens, ciel), sont en surimpression bleue.

La lecture du manifeste sur la poésie dont je suis l’auteur se déroule sur un plan fixe pris de Balyounesh (le point d’Afrique le plus proche de l’Europe, 15 km).

À chaque changement de lieu, le trajet se faisant du nord au sud, et d’ouest en est (Algeciras, Tanger, Balyounesh, Ceuta, Marina Smir, M’Dicq, Martil, Tétouan), l’écran devient noir avec des flux de lumière.

Le passage de la frontière, à Ceuta, est fait d’une succession d’images floues et saccadées.

L’ensemble de ces diverses techniques sont utilisées de manière signifiante afin que le film rende compte d’un déplacement de frontières habituelles de la perception, de l’émotion, de la pensée et de la vision que j’intitule la poésie.

El paso de la siguiriya (le passage de la séguidille)
de Federico García Lorca :

Parmi des papillons noirs, va une fille brune à côté d’un blanc serpent de brouillard.
Terre de lumière, ciel de terre.
Elle est enchaînée au frémissement d’un rythme qui jamais n’arrive ; elle a un cœur d’argent et un poignard dans la main droite. Où vas-tu, séguidille, avec un rythme sans tête ? Quelle lune recueillera ta douleur de chaux et de laurier rose ?
Terre de lumière, ciel de terre.

Méditerranée

Méditerranée

Une leçon de regard, une immersion dans les mythes et l’histoire, et un beau texte du Sollers de la meilleure époque. Attention chef d’œuvre, inscrit, éblouissant dans la mémoire. Oui, mais ! Le montrer demande une démarche détective plus prosaïque pour trouver une copie de bonne qualité. Promis nous faisons tout notre possible – mais Pollet lui-même n’y croit guère. Si nous n’arrivons pas à le faire mentir, consolez-vous avec la sortie en janvier de Dieu sait quoi, son dernier opus nourri des textes du poète Francis Ponge.

Aqabat Jaber, paix sans retour ?

Aqabat Jaber, paix sans retour ?

À quelques kilomètres de Jéricho, paroles croisées recueillies dans les premiers mois de « l’autonomie palestinienne »…

« Tout ce que je sais de mon village, c’est son nom ». « Aucun peuple au monde n’accepte l’occupation », « Le vainqueur impose sa loi », « Dans ce camp, nous n’avons pas eu d’enfance, nous sommes dépendants ».

Derrière la « Question de la terre », se profile en ombre portée celle de l’identité, de l’autonomie personnelle, de l’impossibilité de « penser » le renoncement, de refuser l’humiliation. Comment à partir de ce nœud complexe donner un sens à la paix ? Peut-on envisager la paix israélo-palestinienne sans le retour des réfugiés palestiniens sur leur terre natale devenue Israël ? S’agit-il d’un retour physique ou d’un retour symbolique ondé sur la reconnaissance de l’injustice infligée au Peuple de Palestine en 1948, lors de la création de l’État d’Israël ? Après avoir tourné Aqabat Jaber, vie de passage à la veille de l’Intifada, Eyal Sivan revient dans ce camp de réfugiés au lendemain de l’évacuation de la région par l’armée israélienne. À quelques kilomètres de Jéricho, Aqabat Jaber, construit il y a cinquante ans, est un camp palestinien aujourd’hui sous autonomie palestinienne. Ses trois mille habitants n’ont pourtant pas changé de statut. Après les accords de paix, ils restent des réfugiés et ne peuvent rentrer dans les villages dont leurs parents ont été chassés. Au cœur du conflit israélo-palestinien, la question du retour des réfugiés déterminera l’avenir du Moyen-Orient. Ce film qui se veut analogique raconte l’histoire des réfugiés palestiniens comme celle de tous les réfugiés, populations déportées, personnes déplacées, qui sont au centre des grands conflits du XXe siècle…

Que sont mes amis devenus ?

Que sont mes amis devenus ?

« Au cœur de cette histoire, il y a lvana, ex-yougoslave de Belgrade. Et autour d’elle, disséminés dans le monde, ses amis. Certains sont restés à Belgrade et vivent l’exil sur leur propre sol, d’autres ont préféré partir. Il s’agit bien d’un documentaire sur l’exil, sur l’engagement, sur la dignité humaine. »

À l’instar de L’homme qui marche du même auteur, présenté à Gentilly dans la thématique Les Territoires de la Mémoire, ce film propose une complexité et différents niveaux de lecture et de décodage qu’une seule vision n’épuise pas.

Son dispositif singulier – caméras confiées aux différents protagonistes pour témoigner de « leur réalité » à leur guise et le montage-brassage de ce puzzle – navigue entre fiction et documentaire. Que sont mes amis devenus ? pose aussi les questions de l’engagement d’un auteur, du processus de réalisation et de ses « empêchements », de ses contradictions et paradoxes. Reste « l’objet-film » livré au spectateur et à ses interprétations. Il signale aussi de manière prémonitoire le deuil de l’espérance d’une Bosnie pluriculturelle et l’évidente non-résolution du problème des réfugiés…

Territoire(s)

Territoire(s)

Territoire(s) traite de « l’idée de territorialité ». À travers les grandes dates de l’histoire de l’Algérie, le film explore et questionne les espaces d’appartenance politique, religieuse et sociale. Mêlant et confrontant images d’archives, images actuelles et images fiction, ce document propose un regard personnel sur la violence des deux rives de la Méditerranée à travers trois séquences :

L’Algérie et sa violence « archaïque » : violence de la conquête, violence de la colonisation, violence de la décolonisation, violence de l’indépendance, violence politique. L’Occident et sa violence de « l’hypermodernité » : violence de la dissuasion, violence de pacification, violence du consensus, violence de la communication virtuelle. Le terrorisme et sa violence « médiatique » : violence « exportée » et surmédiatisée.

Un documentaire de création qui s’appuie sur un montage complexe et intense articulé par des proverbes populaires algériens et une bande son originale et hybride.

Jacques Berque (1910-1995), décédé le 27 juin 95, traducteur du Coran, professeur au Collège de France pendant un quart de siècle, est l’un des plus grands spécialistes du Monde Arabe et de l’Islam. II nous livrait une analyse fine et juste de l’actualité arabe et islamique. En dépit de la faillite tragique des rapports de l’Islam et l’Occident, Jacques Berque estimait que la reconstitution sur de nouvelles bases demeurait possible.

Contexte :

Il y a confrontation avec un monde marqué par la mondialisation des échanges, les islamistes expriment d’abord une révolte contre l’ordre établi dans les pays issus de l’indépendance. Toutes les idéologies de légitimation, en particulier celles importées par le Nord, comme le libéralisme ou le socialisme, sont révoquées, tenues par les islamistes et le peuple pour discours menteur.

En Algérie, le FIS entreprend une patiente conquête à partir de la société civile, son implantation sociale en profondeur, conjuguée à l’impopularité du pouvoir permet au mouvement islamiste de se constituer en « contre société ».

L’Islam « actuel » est en train de faire le vide autour du système occidental (pays de l’Est y compris) et de pratiquer de temps en temps, par un seul acte ou une seule parole, des brèches dans le système, où les valeurs occidentales s’engouffrent dans le vide. L’Islam n’exerce pas de pression révolutionnaire sur l’Occident mais il se contente simplement de le déstabiliser par cette « agression virale » au nom du principe du mal.

Le terrorisme est le miroir transpolitique du Mal. Les occidentaux n’ont plus la force de dire le mal. Il est dit ailleurs, face au monde entier, dans un rapport de force politique, militaire et économique, que seuls l’Ayatollah Khomeini, Saddam Hussein puis les islamistes en Égypte et en Algérie par exemple, disposent d’une seule arme, immatérielle : le principe du Mal. Ils incarnent la terreur, ce qui pour les occidentaux est inintelligible, puisque le moindre Mal se trouve asphyxié par le fameux « consensus virtuel ».

Le pouvoir n’existe que par cette puissance symbolique de désigner l’Autre, l’Ennemi, l’Enjeu, la Menace, le Mal. L’Occident, à force de laisser rayonner les valeurs positives, est devenu vulnérable à la moindre attaque virale.

L’Occident n’oppose à ce Mal que les « Droits de l’Homme ».

Le territoire est doublement mis au défi. Il y a adéquation entre l’imaginaire ethnique et l’espace, ce qui implique souffrances, génocides… violences, violence des discours, de la production, de la lecture et de la transformation des images médiatiques… Surabondance, confusion et amalgame engendrés par l’information et sa communication.

Parsha

À partir des coulisses du théâtre où s’est montée pour la première fois une création israélo-palestinienne, Roméo et Juliette de Shakespeare, fut produit par deux troupes de Jérusalem, Al-Kasaba, de l’Est arabe, et Khan, de l’Ouest juif.

Le film re-présente à travers interviews et répétitions, exercices et réflexions à chaud des metteurs en scène et des acteurs des deux bords, les difficultés, les espoirs, l’amour, la haine, les désespoirs aussi qui ont présidé à cette création. La vie quotidienne des acteurs de cette histoire, et en contrepoint, rythmée par Euronews, l’actualité du processus de paix et des explosions terroristes qui ont suivi la fameuse poignée de mains. À la lumière des événements actuels, on entend mieux les incertitudes et le tragique espoir de paix des acteurs, auquel ils n’osent pas croire. La lecture de Shakespeare s’en trouve curieusement éclairée, et la fin réconciliatrice des deux familles Montaigu et Capulet remise aux calendes.

Graines au vent

Graines au vent

Suivre la journée d’un « poulbot » marseillais, qui n’ira pas en classe, parti sur la route du soleil comme le plombier zingueur de la fête continue. Graines au vent raconte cette beauté terrible et rebelle, celle du cancre qui lance le cri d’anarchie, dont il n’a pas conscience.

Petit, dégourdi, l’enfant d’un après-midi croise au hasard tout son bonheur à venir, sur le pont des marchandises.

Les pétroliers, en cale sèche, les bateaux pleins de chevaux en partance pour les abattoirs, le jeu des ouvriers s’amusant à apprendre au garçon les gestes du travail des grands.

Dans le premier métier de Carpita, enseignant, ses collègues lui envoyaient les cancres, disant qu’il savait en faire quelque chose. Lui, rappelle que sur du béton, les graines poussent moins bien que sur un peu de terreau.